SCENE III.
ALCESTE feule.
JL,'Attente accroît l'horreur où mon ame eft plongée :
Par la crainte & l'efpoir, je me fens partagée : Et fi près de fçavoir l'Oracle prononcé, Mon cœur.. .. Je vois Irca?. Son front embarrafle, Et fes yeux incertains font d'un funefte augure. Ah I le Ciel, de nos maux a comblé la meiure.
Ì ■
S CENE I V.
ALCESTE, IRCAS. A L C E S T E.
C^) U'ont répondu les Dieux ?
I R C A S.
Suspendez votre effroi ; Leur réponse , Madame , est favorable au Roi.
A L C ESTE.
Quoi ! le Ciel est sensible ? II me rendroit Admete? Satisfais au plutôt ma tendresse inquiette : Parle, acheve un récit qui flatte mes souhaits.
IRCAS.
Par votre ordre , Madame, en quittant ce Palais , Je vole vers le Temple, où je vois tous nos Prêtres, Implorant, pour le Roi, les Dieux nos premiers Maîtres,
Présenter de concert, leur encens & leurs vœux, Et des Vieillards plus loin, qui prioient avec eux. D'un pas respectueux , perçant le Sanctuaire , ^'approche de l'Autel, j'interromps leur priere.
Le Grand-Prêtre me voit, & lisant dans mes yeu* Se prosterne, se tait, & consulte }es Cieux ; Tandis qu'avec ardeur , à genoux, je les prie De sauver votre Epoux aux dépens de ma vie. Cependant d'un feu saint le Pontife est pressé ; Jl se leve , & voici ce qu'il a prononcé :
» S'il se trouve un ami fidèle f » Qui, nédanscesclimats, & pouffé d'un beau zèle » A mourir fur l'Autel ose engager sa foi,
î? Des Dieux la puissance immortelle » Va consoler Alceste, & délivrer le Roi.
ALCESTE.
Je respire, Grands Dieux ! & sur votre parole, Déja pleine d'espoir, Alceste se console.
I R C A S.
Je voudrois être né dans la Grèce aujourd'hui, Et Sujet de mon Roi, pour expirer pour lui. Le privilège heureux de lui sauver la vie , Madame, à votre Peuple est tout ce que j'envie.
ALCESTE.
Mille se sont déja sans doute présentés ?
I R Ç A S.
Ils l'auroient dû, Madame, après tant de bontés 3
Mais ils ont gardé tous un coupable silence, Et de ceux que j'ai vus, le plus ferme balance : II craint de se résoudre , & ne mérite pas Le bonheur de subir un si noble trépas.
A L C E S T E.
Ai-je bien entendu ? Quelle reconnoisiance ! O Ciel ! de tant d'amour est ce la récompense? Un Peuple si cruel, si plein de lâcheté , Qu'un Esclave surmonte en générosité, Au jour qu'il craint de perdre indigne de paroître, Avec la liberté méritoit-il de naître ?
,rr I R C A.S.
Reine, tel est souvent le destin des Etats : : Pour Sujets, un Roi juste a des Peuples ingrats ; Et des Peuples zélés ont un Tyran pour Maître. Quant au Thessalien , vous devez le connoître : II n'est pas fans valeur , mais il manque de foi; Son intérêt le touche , & non celui du Roi... '. , Mais Cléonerevient. Dieux) quel troublel'inspire!
SCENE V.
ALCESTE, IRCAS, CLÉONE. C L É O N E.
U
Ne terreur soudaine
ALCESTE.
tt . Ah ! mors Epoux expire
CLÉONE.
jNon ; mais tout fuit fa vue, en ce moment fatal, Et je ne sçais d'où naît cet effroi général. Surpris & consterné , le Courtisan s'écoule ; Et chaque instant, Madame, en éclaircit la foule. Les cœurs & les esprits font changés en ce jour, Et vos Esclaves seuls vont remplir votre Cour. On lit dans tous les yeux , l'effroi, l'incertitude ; Et bien-tôt ce Palais n'est qu'une solitude.
ALCESTE.
Les lâches, les ingrats, qui craignent de s'offrir , Abandonnent leur Maître, & le laissent périr. L'Oracle les effraye , & la mort les étonne. Voilà, voilà quel est le faux éclat du Trône.
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