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expiatoire; et après avoir développé cette idée, voici ce qu'il ajoute : « Trouvera-i-on que je n'ai pas suffisamment prouvé mes assertions archéologiques ? Dans ce cas, j'en appellerai de l'histoire à la réalité, du passé au présent. Les temps des Assyriens, des Cappadoces et des Romains coexistent juxtaposés sur le sol slave. Il y a tel soldat russe qui offrirait un modèle parfait du Rémouleur, et qui en ferait le pendant. On rencontre sur les grands chemins du Nord des convois de Polonais et de Lithuaniens, violemment enrôlés dans l'armée russe et conduits en Asie : ils ressemblent on ne peut mieux aux basreliefs de la colonne Trajane. Que l'on descende dans les mines de Sibérie, on y trouvera des cariatides. Je ne pousserai pas plus loin les analogies; il m'en coûterait de reparler du gladiateur mourant. »

Tel est le mysticisme étrange et grandiose qui règne dans tout l'ouvrage de M. Mickiewickz. La Pologne lui apparait comme une sorte de peuple-Christ, immolé sur le calvaire du monde pour la rédemption des siècles à venir. La révélation esi le principe et la base de son système. Il admet celte idée, émise par M. de Maistre lui-même, qu'un nouveau développement de la pensée divine est sur le point de s'incarner dans l'humanité. Or, il admet, avec toutes les écoles mystiques, que la pureté morale et le sacrifice sont les premières conditions nécessaires pour recevoir une révélation : aussi les nations qui sont spécialement appelées à recevoir, à réaliser les vérités révélées ou à révéler, sont-elles celles qui agissent, qui souffrent pour la vérité. « Voilà pourquoi, ajoute-t-il, nous regardons la France comme une nation beaucoup plus philosophique que l'Allemagne, qui est remplie de chaires de philosophie et qui produit un nombre si monstrueux d'ouvrages philosophiques. Et voilà aussi pourquoi la nation polonaise est plus près de la vérité qu'aucun autre peuple slave, parce que la révélation de Jésus-Christ sera toujours la mesure de celles qui lui doivent succéder, parce qu'il n'y aura qu'un seul chemin vers la vérité, ce sera toujours celui de la croix. »

Cette croyance à une série de révélations successives constitue ce que M. Mickiewickz appelle le messianisme (1). Elle ne lui est pas particulière, et si elle n'est pas encore bien formulée dans la pensée des peuples slaves, il est certain qu'il y a chez eux une fermentation dans ce sens-là. Il n'est pas douteux, pour nous du moins, que M. Mickiewickz ne pense être parfaitement orthodoxe, de même que Spinosa se croyait de bonne foi catholique lorsqu'il ne respectait dans l'Écriture que le sens moral. Peut-être aussi les partisans de ce qu'on est convenu d'appeler christianisme développé trouveront la doctrine du messianisme plus profondément chrétienne que celle qui emprisonne le dogme dans la lettre; mais quoique l'idée d'une révélation pro

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(1) Quant à la première partie du titre de l'ouvrage : l'Église officielle , nous n'avons pu en saisir le sens : peut-être sera-t-il expliqué dans le second volume. (Note de l'auteur.) — Par église officielle, l'auteur veut sans doute indiquer le clergé cathoique et les fidèles : par messianisme, il veut indiquer le génie du progrés qui s'est constamment manifesté en dehors de l'Eglise oslicielle depuis le Xile siècle; car c'est malgré le pape et le clergé catholique que le 'progrès s'est effectué dans les idées et les institutions depuis cette époque. (Note des editeurs de la Phalange.)

chaine appartienne à M. de Maistre, il nous semble très-douteux qu'une orthodoxie sévère voulůt s'en rendre garaut.

Au reste les Slaves ont toujours eu besoin de se faire un christianisme spécial : tout le monde sait que les hussites étaient sortis de la Bohème.

Le caractère le plus frappant du messianisme, comme aussi de la secie des hussites, disons-le à la louange de la race slave, c'est l'importance accordée au principe moral. Nous avons dit que la pureté de l'âme était pour le poëte polonais la première condition pour recevoir une révélation; elle est également indispensable, suivant lui, pour la transmettre. La tradition, qui est la vérité mise en circulation, se perpétue comme une sorte d'initiation ou de sacerdoce. « Comment communiquons-nous la vérité à notre prochain ? Est-ce en la racontant, en la démontrant seulement ? Non, c'est en lui communiquant le bonheur que l'on éprouve à posséder la vérité, c'est en lui communiquant la chaleur que donne à l'homme le sentiment du vrai, c'est en lui communiquant ce que le soleil communique à la nature. Le sacrifice chrétien s'appelle communion. Une telle tradition ne peut être propagée que par des hommes pleins de vie, de force et de vertu active. — C'est dans ce sens que l'on devrait entendre la tradition même dans le langage artistique. » Ces idées ont conduit M. Nork, auteur d'un ouvrage que M. Mickiewickz analyse en étudiant la mythologie slave, à des conséquences qui sembleraient bien étranges à la plupart des philosophes modernes. Nork accepte l'Indostan comme la source des idées religieuses de l'Europe. Les livres des Indous portent, suivant lui, le caractère d'une véritable inspiration. Il trouve l'explication de leurs riles, de leurs symboles et même de leur langage religieux dans les manifestations du magnétisme animal et du somnambulisme, et c'est ainsi qu'il explique l'institut des brahmanes, des hommes destinés uniquement à vivre de manière à pouvoir rester constamment en communication avec Dieu, Il n'y a pas eu dans le monde antique de règle aussi sévère et aussi savamment combinée. D'après ces preuves, Nork regarde la religion des Indous comme la plus rapprochée de la vérité. Comme les prêtres des religions suivantes n'ont plus rempli les conditions nécessaires pour arriver à l'intuition de la vérité, à l'inspiration, les religions ont été en s'amoindrissant de plus en plus, et le genre humain suit une marche descendante.

M. Mickiewickz est trop attaché au principe catholique pour accorder au culte de l'Inde cette supériorité sur les autres religions; il regarde mème cette opinion de Nork comme incompatible avec le progrès. Il nous semble pourtant que, pour lui enlever ce qu'elle a de paradoxal, il suffirait de la compléter. Dans un de ses contes fantastiques, intitulé Princesse Brambilla , Hoffmann énonce et développe cette idée que la Pensée, fille de l'Intuition, après avoir détrôné sa mère dans l'origine, finira par la rétablir dans ses droits. Ce conte pourrait fournir aux chrétiens rationalistes une explicat on de la chute originelle : l'humanité reviendrait à la science intuitive de son berceau, mais de la même manière que les artistes d'une époque très-avancée reviennent à la naïveté d'un art dans l'enfance, c'est-à-dire qu'elle aurait conscience d'elle-même, et, pour employer des expressions de Leibnitz , il y aurait presque entre le paradis terrestre et la science à venir la différence de la perception à l'aperception.

Mais tout en rejetant la suprématie des Indous, M. Mickiewickz admet avec Nork la nécessité de l'ascétisme pour entrer en communication avec la Vérité. Il reconnaît que l'art et la poésie faussent à la longue l'idée religieuse, parce que l'artiste inspiré qui a une fois créé une forme divine, crée plus tard des dieux à tête reposée et sans attendre une nouvelle inspiration, et s'amuse ainsi à produire des formes sans vie.

« Or, nous autres, Slaves, ajoute M. Mickiewickz, nous n'avons pas eu le malheur de commettre ce péché. Nous n'avons pas singé les merveilles de Dieu; nous n'avons pas créé des chefs-d’æuvre privés d'inspiration. »

Il en résulte suivant lui ce grand avantage que les Slaves n'ont pas de traditions fausses. L'auteur montre ensuite le lien de la mythologie slave avec les religions de l'Inde, et cette étude l'amène à parler d'une explication très-originale donnée par Nork du culte de tous les peuples pour le soleil. « On sait que, dans les crises magnétiques ou somnambuliques, dans ces états où l'âme acquiert un degré plus haut de puissance et de clairvoyance, l'influence du soleil et de la lune est décisive. Nork rapproche cette observation des traditions des Indous, qui attribuaient aussi au soleil et à la lune une influence immédiate sur l'âme. Il s'ensuivrait que les cérémonies et les rites de l'héliolâtrie n'étaient que des méthodes et des manipulations à l'aide desquelles l'homme pouvait s'attirer la faveur de ces astres, c'est-à-dire profiter de leur influence. » Rappelons en passant que Voltaire n'était pas éloigné de croire aux influences planétaires.

On conçoit qu'avec des tendances mystiques aussi décidées, M. Mickicwickz ne puisse rendre justice au rationalisme allemand. La philosophie de Hegel n'est, suivant lui, qu’une scolastique élevée à une seconde impuissance. Il ne peut pardonner à l'Allemagne son apothéose de l'homme, et pourtant, lorsqu’on admet comme M. Mickiewickz que Dieu ne se révèle que dans l'homme et par l'homme, est-on bien éloigné de croire avec Hegel que Dieu n'arrive à la conscience de lui-même que dans l'homme, ou, en d'autres termes, que la pensée de l'homme est le seul dieu qui existe? Mais la pensée, la raison est odieuse à M. Mickiewickz comme à tous les mystiques; il cite volontiers Emerson, philosophe américain , qui range l'intelligence parmi les facultés inférieures de l'âme. L'auteur anonyme de la Comédie infernale , poëme polonais du plus haut mérite, si l'on en juge par les extraits que M. Mickiewickz en donne, représente aussi l'intelligence, reine du monde à venir, sous les couleurs les plus défavorables. Le poëte a saisi ce qu'il y avait de négatif dans les tendances révolutionnaires de la société européenne. Il représente toutes ces tendances réunies dans un seul individu : cet individu est appelé à détruire tout. Il ne possède que l'intelligence. On sait que toutes les réformes de ce dernier siècle partirent du camp des philosophes. Cet homme intelligent parvient à s'emparer de la puissance; il est, d'après le poete, étranger à tout sentiment humain. Dans la préface de ce poëme, l'auteur regarde la poésie en parole comme un malheur pour l'âme qui s'est trahie ainsi : la parole écrite montre l'impuissance d'agir. La poésie, en grec, signifie l'action. On conçoit qu'un peuple dirigé par de telles idées éprouve plus de sympathie pour la France que pour l'Allemagne : l'esprit allemand est trop théorique pour plaire aux Slaves ; d'ailleurs, l'Allemagne personnifie pour eux de temps immémorial l'oppression étrangère.

Nous nous rappelons une épopée bohème citée par M. Edgar Quinet, ou les Slaves s'excitent entre eux à la guerre contre ce peuple impie qui a dé. vasté les forêts, chassé les éperviers sacrés et coupé les dieux, c'est-à-dire les chênes prophétiques. En Autriche, six millions d'Allemands gouvernent un empire de trente millions de Slaves. La population de la Prusse est en grande partie slave. M. Mickiewickz confond Hegel et la Prusse dans une haine commune, et reproche à l'Allemagne jusqu'à l'influence qu'elle a exercée sur les philosophes polonais Trentowski, Cieszkowski et Krolikowski. C'est par l'Allemagne, en effet, que les idées européennes envahissent le territoire des peuples slaves, et leur ôtent les caractères distinctifs qui protègent leur nationalité, en dépit des combinaisous diplomatiques.

La plus désastreuse de toutes les importations étrangères est l'idée de propriété dans le sens du Code civil. Il paraît que les idées des Polonais sur la propriété étaient plus simples et plus grandes du temps de l'existence des terres communales et se rapprochaient des réformes que demandent aujourd'hui plusieurs économistes. C'est, d'ailleurs, le seul reproche que M. Mickiewickz fasse à la France. La France a toujours représenté pour les Slaves la résistance à l'Allemagne. Napoléon personnifié est pour eux l'invasion des idées de liberté et de progrès sur le sol slave.

La Pologne, en particulier, quoique trompée une fois dans ses espérances, a toujours les yeux tournés sur nous. M. Mickiewickz termine le premier volume de son livre en s'adressant au génie de la France , au génie de tous les hommes qui n'ont ni douté ni désespéré de l'avenir. « Nous leur promettons, s'écrie-t-il, nous leur promettons, sans crainte d’ètre démentis par nos compatriotes, qu'ils trouveront dans la race slave l'appui, l'encouragement et l'instrument : cette race qu'ils la regardent comme l'armée future de ce Verbe qui vient aujourd'hui pour créer l'époque nouvelle ! »

L. MÉNARD.

V. CONSIDERANT,

PUBLICATION DES MANUSCRITS DE FOURIER.

Dans la prochaine livraison nous publierons le cahier des cing PASSIONS SENSUELLES, dont suit le sommaire.

Notice 1'e. - Du luxe externe. CHAP. I. L'arbre passionnel, sa dualité et ses 'subdivisions en séries nuan

cées et puissancielles. CHAP. II. Des passions en échelle puissancielle. Chap. III. Classement des sens en actif, passif et neutre, en simple, composé

et ambigu, et en mode majeur et mineur. CHAP. IV. Des cinq anti-luxes, ou essor subversif des sens. CHAP. V. De la pauvreté composée subversive.

Notice 26. – Du luxe interne. CHAP. I. De la dépravation des sens, ou échelle subversive de nos facultés

matérielles. Chap. II. État subversif de la vue en accord de 0, fre, 2e puissances. CHAP. III. État subversif de la vue en accords cardinaux de 3o, 4o, 5e, 6e

puissances.

Intramède. De la progression en accords libres et mesurés.
Chap. VI. Des accords visuels de septième, ou somnambulismo.
Chap. V. Appendice sur l'exception et l'obscurantisme.

Notice 36, - Complément sur le luxe interne en sens de la vue.

CHAP. I. Accord visuel d'octave en unité directe ou positive.
CHAP. II. Accord visuel d'octave en unité inverse ou négative.
CHAP. III. Éclaircissement sur deux problèmes d'unité visuelle.
Chap. IV. Complément sur l'analyse du sens de la vue.

Appendice.
CHAP. V. Application à tous les sens en parallèle de goût et tact.
CHAP. VI. Accords transcendants du tact.
CHAP. VII. Conclusions sur les gammes passionnelles.

Citerlogue. — Récréation de correspondance sidérale.
Postienne. — Perspective du sort des âmes. Rôle de la matière

dans le système de l'univers. Nécessité du bonheur matériel en
harmonie générale.

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