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Amitié, Amour, pour ne pas hérisser de ronces un traité élémentaire. L'étudiant se perdrait dans ces distinctions. Il est prudent de les négliger; il suffit de les faire entrevoir pour les gens exigeants qui se plaignent toujours du défaut de méthode. Je ne veux pas sacrifier les convenances à la méthode. C'est ici une théorie qui intéresse tout le monde, puisque chacun désire la richesse et le bonheur; il faut donc mettre le traité à portée du vulgaire et négliger les détails de méthode qui, bons pour les savants, seraient une entrave pour le commun des lecteurs.

J'ai confondu , dans ce fer chapitre, diverses notions préliminaires qu'il faudra exposer en détail dans les chapitres suivants, où je prouverai que les passions n'ont rien de la simplicité que nos sophistes attribuent au système de la nature. Loin d'être simples, elles sont composées et bicomposées, se développent en essor direct et inverse, majeur et mineur, actif et passif; enfin, elles n'ont rien de ce qui peut tendre à la simplicité et aux idées philosophiques sur l'amour de la simple nature. Lorsqu'on voit un siècle assez sot pour aimer la simple nature, les simples crapauds et les simples vipères, peut-on s'étonner qu'il ait poussé la niaiserie jusqu'à croire que les passions étaient compatibles avec la simplicité, ou simplesse, ou simplisme, comme on voudra.

Désabusons-nous de ces prestiges moraux qui, depuis 3,000 ans, obscurcissent le problème du mécanisme des passions. Tout est composé et non pas simple dans leur essence ; mais, pour en traiter régulièrement, il faut revenir sur les préjugés pbilosophiques et moraux qui avilissent les sens. Quelle serait l'inconséquence de Dieu , si, sur les 12 passions, il voulait en avilir 5; et pourquoi nous aurait-il donné, dans les 5 passions sensitives, 5, ressorts vicieux ? Si vous écoutez les moralistes, ils ne manqueront pas d'avilir aussi les 7 passions animiques, l'Ambition, l'Amour, etc., de sorte qu'à les en croire il ne restera qu’une passion de bonne, celle du Philosophisme , qui pousserait un homme à dépenser un million (s'il les possède) pour acheter 400,000 volumes de philosophie et s'exposer à la risée, en se ruinant pour acquérir une sagesse dont les auteurs ne se comprennent pas eux-mêmes.

En réponse à leurs galeries de volumes , je vais prouver que toutes les passions sont bonnes telles que Dieu les a créées, et que les 5 passions sensitives sont utiles comme les 7 animiques, mais elles sont bonnes conditionnellement, et dans le cas d'essor sociétaire ; elles sont vicieuses, toutes les 12, dans le cas d'essor incohérent. 12 papillons bien variés en couleurs ornent bien un tableau , mais, si on les peint sous la forme de chenille qu'ils avaient un mois auparavant , leur ensemble ne formera qu'un tableau très-répugnant. Il en est ainsi de nos passions, qui sont ou toutes bonnes ou toutes mauvaises, selon que leur essor s'opère en état sociétaire qui conduit à la richesse par la vérité, ou état incohérent, qui conduit à la richesse par la fausseté.

Si l'en en croit la philosophie, les sens ne doivent pas nous diriger ; il faut résister à leur impulsion et n'écouter que l'impulsion des 400,000 volumes qu'on n'a ni le moyen d'acheter, ni le temps de lire. Dieu est donc bien trompeur, s'il nous a donné pour guides 400,000 tomes qui n'existaient pas aux premiers åges du monde, et qui, depuis leur existence, ont été inconnus des 99/100 des humains, et incompréhensibles pour ceux de qui ils sont connus.

Voulez-vous donc, diront les philosophes, que l'homme se livre, comme une bête brute, à toutes ses passions, ses impulsions sensuelles, sans consulter les décisions de Platon , Aristote , Mirabeau et Robespierre ? Je veux qu'il étudie, sur le jeu des passions, les règles établies par Dieu, et non pas les règles établies par les philosophes. Or, pour connaitre les volontés de Dieu, le væu de la nature, il faut avant tout procéder au calcul analytique et synthétique de l’Attraction passionnelle.

Tant que ce calcul est inconnu, tant que nous ignorons le mécanisme d'Association domestique et industrielle auquel Dieu a destiné nos passions, il arrive que nous sommes dirigés par celles mêmes que proscrivent nos savantas. Ils déclament contre les sens, et pourtant la Civilisation tout entière est esclave des sens, quoiqu'elle nie leur influence. Les Barbares sont plus francs : 500 millions de Barbares confessent qu'ils sont adonnés sans réserve aux plaisirs des sens, qu'ils veulent changer de femme à volonté et s'enivrer toute la nuit, en dormant par bienséance pendant les journées de carême.

On ne trouve pas cette franchise chez les Civilisés, qui veulent ravaler les 5 passions sensuelles et prétendre qu'ils sont tout adonnés aux 7 passions animiques. Je prouverai dans ce traité que les Civilisés, ainsi que les Barbares, sont purement esclaves des sens, quoiqu'il y ait, du côté des Civilisés, plus de dissimulation. J'examinerai ce problème sur les points les plus importants, comme l'Ambition et l'Amour, et on verra que les 5 ressorts sensuels gouvernent exclusivement la civilisation, en dépit du respect qu'elle affecte pour les affections sentimentales ou animiques dont on sait prendre le masque pour cacher l'influence des sensitives.

(( Si donc nous voulons étudier régulièrement les passions, appliquonsnous d'abord à l'étude des sens qui gouvernent tout en Civilisation ; quand nous saurons analyser les 5 passions sensuelles, il nous deviendra facile d'analyser les 7 animiques, la théorie étant la même pour les unes et les autres. ))

Et, pour preuve, choisissez 100 épouses des plus renommées par leur fidélité, faites subir à leurs 100 maris l'opération que subit Abailard, et

dites-nous combien il restera d'épouses fidèles six mois après cette soustraction. Pas un dixième sans doute, et peut-être pas un centième de celles qui auront pu trouver un suppléant. Il est donc évident que le matériel gouverne tout et jouit d'une influence colossale.

Objectera-t-on que cette hypothèse détruit la qualité d'homme ? Je vais argumenter sur le cas contraire. Supposons un homme de bon aloi, qui s'attache à une femme céladoniquement et sans chercher à en o!)tenir rien de plus que de l'Amitié; et qui , pendant 6 mois, confirme l'intention de ne jamais tenter aucun autre rôle que celui d'ami, lors même qu'il en verra d'autres obtenir davantage. Ne sera-t-il pas berné et par la dame qu'il courtise et par les hommes et femmes qui connaitront cette relation d'amour simple ou céladonie?

C'est donc le ressort sensuel qui exerce, en Amour, la principale influence ; il sera aisé de prouver que sur toutes les autres passions le ressort sensuel prédomine chez les Civilisés, toujours fardés de prétentions sentimentales dont on ne trouve qu'une ombre dans leur conduite quand on en fait la stricte analyse.

Je ne veux pas dire qu'ils soient étrangers aux affections de l'âme; elles ont sans doute un degré d'influence dans leurs actions; mais pour discerner exactement le pouvoir de l'âme et des sens, analysons d'abord ce qui touche à l'empire des sens et commençons, par leur étude régulière, à nous convaincre que les civilisés étant fortement esclaves des sens, ils ne peuvent s'initier à la théorie des passions que par une étude régulière des sens, étude à laquelle nous allons procéder.

Et pour tirer parti de ce 1er chapitre, il faudra se rappeler sans cesse que toute passion est un être dualisé, sujet, comme le papillon et la chenille, à se contremouler selon les circonstances, à se développer à contresens de sa destination, opérer en marche et contremarche selon les voies que lui ouvre l'état social, employer indifféremment la vérité ou la fausseté pour arriver à ses 3 buts ou foyers d'attraction, qui sont :

1° le Luxe; – 2° les Groupes; – 3° les Séries ; buts auxquels la passion tend dans tous les cas, employant indifféremment la vérité ou la fausseté. Ce caractère ambigu, cette dualité ou ((amphibéité)) hermaphroditisme des passions, n'est-elle pas l'opposé de la simple nature que nos philosophes veulent nous donner pour fanal ? C'est donc la nature composée que nous allons étudier en distinguant 5 passions qui naissent des sens, et 7 qui naissent de l'âme.

Étudions avee soin les sensuelles. Nos charlatans de vertu nommés moralistes ont diffamé les plaisirs des sens, qui deviendront respectables quand ils seront transformés en sources de vertu. D'ailleurs d'autres savants, hommes idéologues, nous vantent sans cesse la perfectibi

lité des sensations, tandis que des compagnies considérées prônent la gastronomie et par suite les sens. Laissons les sophistes se contredire et détruire les uns par les autres, et considérons que Dieu n'a pas créé nos 5 sens pour les exposer à nos mépris.

S'il fallait les mépriser, notre âme serait donc en discorde systématique avec le corps, qui est son ministre. Comment peut-on attribuer un plan si absurde à un Dieu qu'on suppose ami de l'unité ? Ces sophistes se fondent sur ce qu'on ignore le jeu harmonique des sens, l'état de choses, où le plaisir sensuel deviendrait gage de vérité, de justice, de richesse et d'unité sociale. C'est ce que va nous enseigner la synthèse de l'attraction passionnelle. Mais pour entreprendre cette étude avec succès, ne craignons pas de descendre aux menus détails sur les sens tant diffamés. Quand nous connaitrons les 5 passions des sens ou seulement une des 5, en gamme complète, on connaitra par analogie celles de l’åme; car, s'il y a unité dans le système de l'univers, les corps doivent être organisés comme les âmes; aussi l'anatomie humaine est-elle une image parfaite du jeu des passions dans tous leurs degrés (figurés par 3 pièces au sternum, 12 aux côtes et vertèbres qui, peignent le jeu majeur et le jeu mineur, et ainsi de suite jusqu'aux muscles, qui, au nombre de 403, sont emblèmes de se degré fixe à 405 touches.))

Le côté important de cette etude est qu'en nous apprenant à connaitre les besoins et facultés de nos sens, elle nous donnera les richesses nécessaires à les satisfaire; et ce qui n'est pas moins précieux, l'art de s'élever à la richesse par la vertu , l'art de satisfaire l'âme et les sens à la fois. Si l'étude de l'attraction ne nous dévoilait pas ce grand mystère, comment oserais-je dire qu'elle est l'étude de la nature, et qu'elle seule peut nous démontrer l'unité de l'Univers dont nos philosophes nous entretiennent chaque jour, sans en pouvoir donner la moindre preuve ?

Doctrine odieuse, diront les hypocrites ; prétendre que la vertu si noble, si séduisante par elle-même, doive se subordonner aux convenances d'un vil intérêt!... Mais si la cupidité est un mobile à mépriser, dites-nous, Civilisés, gens que Jésus-Christ a si bien nommés race de vipères, dites-nous pourquoi vous n'avez pas d'autre boussole que la cupidité !...

Terminons ce fer chapitre par un avis auquel il faudra souvent renvoyer, c'est que celui qui ne voudrait pas prendre la peine très-médiocre d'étudier par gamme les passions et les caractères, d'apprendre à les décomposer en gammes de nuance et de puissances, imiterait l'homme qui, voulant étudier une langue, refuserait d'apprendre à décliner et conjuguer.

Au reste, cette grammaire passionnelle que je vais donner sera infiniment moins difficile que celle du langage le plus aisé, comme l'italien ou l'espagnol. S'il faut 3 mois pour savoir la grammaire italienne, il ne faut pas 3 semaines pour la gamme passionnelle. Pourrait-on exiger plus de facilités dans la science qui va décider du sort de l'Humanité et de son avènement aux richesses, au bonheur?

D'ailleurs les notions élémentaires, si insipides dans une grammaire, seront souvent intéressantes dans cet ouvrage, et je puis, sur ce sujet, donner un défi au lecteur. Nous allons commencer par deux gammes, celles de la vue et des passions affectives. Je suis persuadé qu'aucun lecteur n'arrivera à la fin de la fre gamme sans dire que plusieurs chapitres ont été amusants pour lui. En dirait-il autant de ceux d'une grammaire où tout n'est que ronces ? Or, si la gamme de la vue est amusante à étudier, celle de l'amour le sera davantage. Pourrait-on exiger moins d'épines dans la science qui va nous combler de richesses et de plaisirs ?

[fer rose vif piqueté ; 22e, cote 10.) 1

CHAPITRE II.

DES PASSIONS EN ÉCHELLE PUISSANCIELLE.

Tous les enfants savent que nous avons 5 sens, la Vue, l'Ouïe, l'Odorat, le Goût et le Tact : il n'y a point de 6e sens, et ceux qui ont voulu en imaginer un se sont montrés bien maladroits. Marmontel parlant des ètres qui habitent le soleil, et voulant leur supposer quelque perfection refusée à notre chétive race , présume qu'ils pourraient avoir un sens pour entendre couler le temps; beau présent qu'il leur fait ! C'est leur attribuer la faculté la plus fâcheuse que puissent avoir les créatures ; car on sait qu'elles ne sont heureuses qu'autant qu'elles ne s'aperçoivent pas de la fuite du temps. Les moments les plus tristes pour un homme ne sont-ils pas ceux où il distingue l'écoulement de chaque seconde et chaque tierce, comme il arrive à celui qui subit une opération chirurgicale , et pour qui une minute crée 60 douleurs ? Cette hypothèse de Marmontel sur un 6e sens présente 3 absurdités:

1° Perfection illusoire et fondée sur un nouveau sens qui serait pour les malheureux le gage d'un supplice perpétuel ;

2° Addition d'un sens qui serait aussi superflu, aussi gênant dans l’octave passionnelle qu’un 13e son dans l’octave musicale;

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