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SCÈNE IV.

LES PRÉCÉDENTS, BRUNHILD, suivie d'une troupe de gardes.

HILDERICK. Nons avons été trahis.
BRUNIILD. Serait-il vrai, mon fils, qu'on eût attenté à les jours?
THÉODORIC. Voici le coupable.
BRUNHILD. Léocadius !
LÉOCADIUS. On a trompé ton fils.
THÉODORIC. Tu oses te défendre !
LÉOCADICS. Je suis innocent.
BRUNHILD. On a accusé Edwige.
THÉODORIC. C'est lui qui l'a soudoyée.

BRUNHIILD. C'est devant le comte ou l'évèque qu'il doit être jugé. Garde-loi d'un crime.

MARCOMIR. Ton assassin reprend espoir.
HIILDERICK. La crainte qui se peignait sur son visage a disparu.
SUÉNON. Il va te braver.
SIGIVALD. Tu as juré par la cendre de les pères...
BRUNHILD. Conduisez Léocadius dans les prisons du palais.
THÉODORIC. Ma mère.
BRUNHILD. Personne ici n'est au dessus des lois.
SIGIVALD. Ne cède pas à celte femme, qui veut notre ruine.

HILDERICK (à Brunhild). Ton règne est passé. Les guerriers et ton fils doivent seuls conduire le royaume. Léocadius mourra; nous l'avons dit, il mourra.

(Hilderick s'élance le glaive à la main.) BRUNHILD (se met devant lui et saisit son épée). Tu en as menti , assassin !

HILDERICK (se relire el dit à part) : L'heure n'est pas venue. (Brunhild, que ses gardes ont entourée, s'avance vers le fond de la scène avec Léoca

dius. Elle reste quelques instants avec le Gallo-Romain, qu'elle confie à une partie
de ses guerriers. Théodoric est au milieu de la scène, abattu et sans résolution.)
MARCOMIR (avec ironie). A qui devons-nous obéir ?
SIGIVALD (avec expression). Ta mère a-t-elle reçu notre serment?
HILDERICK. Tu te rends indigne de les aïeux.
Suénon. Nous ne pouvons rester avec toi.
BRUNHILD. Ils te menacent.
THÉODORIC. Ils vont m'abandonner !

BRUNHILD. O jour heureux !
THÉODORIC. Que deviendrai-je ?
BRUNHILD (fièrement). Je te reste.
Théodoric. Que pouvons-nous seuls ?

BRUNHILD. As-tu donc oublié ce que fut ta mère ? Cependant, si tu doutes de moi, et si je suis un obstacle à ton bonheur; si tes guerriers veulent enfin comprendre comment on élève un empire et comment on en assure la durée, cède à leur haine et hâte-toi de m'envoyer en exil; car, pourquoi ai-je combattu toute ma vie, sinon pour ta grandeur et la civilisation de lon peuple? Continuez mon puvre, et mes veux seront réalisés.

(Les Francs écoutent sans comprendre : ils ont une espression farouche; Théodoric

lui-même est absorbé.)

Vous restez muets ! Eh bien ! parlez... ma résolution vous est favorable; la vieille femme, chassée par vous, bénira votre ingratitude, si vous vous montrez dignes de lui succéder. Nous sommes les maîtres d'une riche contrée, attachons-nous à la terre conquise, devenons un grand peuple. Assez longtemps poussés par une main invisible, nous avons tout détruit. Arrêtonsnous. Vous avez vaincu Rome, jouissez de ses dépouilles immortelles, de son génie et de ses lois.

SIGIVALD, Mort aux Romains !

BRUNHILD. O désespoir ! ces hommes ne peuvent être que des instruments de destruction ! (A son fils). Mais toi ! mes paroles ont-elles éveillé dans ton cæur une généreuse ambition ? Serait-il possible que l'héritier des Clodowigs restât sourd aux conseils de la gloire? Tu ne réponds rien... Les yeux à terre, tu sembles ne pas entendre. Mon fils, le sang versé sans un grand but devient un crime; car, si parfois, dans les combats désespérés, on est inexorable, toujours être sourds aux maux des peuples, toujours passer sur eux au grand galop des coursiers, c'est se précipiter dans l'abime. Dieu laisse bien la tempête porter un juste effroi dans le cœur des hommes, mais il cède aux prières de l'innocence. Nous fùmes une tempête, et ceux qu'elle devait atteindre sont dans la tombe ; leurs enfants nous supplient, écoutez la pitié. (Avec accablemeni.) Suis-je donc seule à voir et à comprendre ! Seigneur, ah ! que ton sous le vivifie ces statues, que l'un d'eux puisse me suivre, que l'un d'eux aperçoive le but vers lequel je marche, afin qu'aux heures de l'épreuve, je trouve une masse qui me soulienne, un ami qui me rende ce désert moins aride. Tu le sais ! fille des barbares, je me suis émue en voyant Rome égorgée sur l'autel qu'elle élevait à la Victoire. Avec un pieux respect et un noble orgueil , j'ai relevé ses chefs-d'æuvre; je les ai replacés dans leurs temples; j'ai accueilli la gloire et le génie. Me serais-je trompée ? et ceux-là vont-ils vers le jour ? Non... Tout me dit que je sème pour l'avenir. Puisque vous êtes aveugles, quittez la Bourgogne ou soumettez-vous. Je n'ai plus désormais à vous rendre compte de mes acles.

MARCCMIR. Tu veux nous asservir.

BRUNHILD. Je veux mettre un frein à vos passions, qui, tôt ou tard, vous dévoreraient; car, partout où je n'ai pu vous contenir, les ruines, les flammes, les morts, les villes abandonnées crient contre vous, et votre folie tend à faire des Gaules un immense désert.

SCÈNE V.

LES PRÉCÉDENTS, LEUDOLF.

LEUDOLF. Edwige échappe à nos poursuites.
RILDERICK (avec ironie). Léocadius la protége.
BRUNAILD. Tu te trompes, ce sont Ermenberge et Colombanus.
LEUDOLF. Elle se sera réfugiée à Luxeuil.
THÉODORIC. Au lever du soleil, je cours l'en arracher.
BRUNHILD. Je t'y suivrai.

THÉODORIC (aux Francs). A demain pour connaitre les coupables. Je vous attends.

(n sort avec Brunhild ct Leudolf.)

SCÈNE VI.

HILDERICK, MARCOMIR, SIGIVALD, SUÉNON

BILDERICK. Que décidez-vous ?
MARCONIR. Théodoric nous trahit.
SGIVALD. Les dieux l'abandonnent.
SUÉNON. Les Francs sont réunis à la fontaine sacrée.
MARCOMIR. Allons les y joindre.

(Ils sortent avec ordre.)

FIN DU PREMIER ACTE

ACTE DEUXIÈME.

Première partie.

La scène représente une petite cabane adossée à de grands rochers qui l'entourent,

sauf un petit détroit qui laisse apercevoir le lac et la cime de la montagne où est situé le monastère de Colombanus. Il est nuit. De temps en temps de sourds roulements de tonnerre annoncent l'orage. Mélanie, Clotilde et Paulin sont assis dans la cabane. La porte est brisée, la partie supérieure est ouverte, et quelquefois les rayons de la lune viennent effacer la pâle lumière qui tremblolte dans le foyer. Cà et là des instruments de pèche. Porte au fond.

SCÈNE PREMIÈRE.

MÉLANIE, PAULIN, CLOTILDE.

il était en prière; de la mer ; une bare étaii affreus

MÉLANIE. Oui, mes enfants, lorsque le saint de Dieu arriva dans nos montagnes, nous étions bien malheureux.

CLOTILDE (en embrassant sa mère). Raconte-nous encore ses miracles.

MÉLANIE. Une nuit qu'il était en prière, l'ange du Seigneur lui apparut et lui dit : Quitte ta retraite, va sur le bord de la mer; une barque t'y attend, montes-y sans crainte. Le saint obéit. Cependant, la tempête élait affreuse; les cieux, cachés sous d'épais nuages, s'ouvraient parfois aux éclats du tonnerre, et les démons, sous des formes horribles, menaçaient le serviteur de Dieu; mais, ferme dans sa foi, le saint marchait dans l'ombre, chassant les anges damnés et commandant aux flots de lui livrer passage.

CLOTILDE. O prodige! Paulin. Mon père ne craint pas la tempête... MÉLANIE. Ton père sait conduire une barque... Qu'est-ce que le lac comparé à la mer, sur laquelle le bienheureux voguait, lisant les saintes Ecritures, sans songer à l'abime qui pouvait l'engloutir.

CLOTILDE. Sans doute les anges du Seigneur veillaient sur lui.

MÉLANIE. Oui, ma fille, car il vint aborder en Gaule, et ce fut pour notre bonheur.

PAULIN (allant vers la porte et regardant le ciel). Sais-tu que mon père tarde à venir ?... MÉLANIE. Il y a long-temps que je suis inquiète.

(Un sourd roulement de tonnerre se fait entendre.)

PAULIN. Le lac mugit et la forêt s'agite.
CLOTILDE (avec effroi). Et mon père qui ne vient pas !
MÉLANIE. Ne t'effraie pas, ma fille, Dieu est bon !
CLOTILDE. Et le saint nous aime.
PAULIN (revient se placer auprès de sa mère). Continue, ma mère.

MÉLANie. Les anciens voulurent d'abord nier ses miracles; il les confondit en détruisant leurs idoles, et en attirant sur nous les bénédictions du ciel; car vos pères, qui , avant d'être chrétiens , nous traitaient avec dureté, devinrent meilleurs. Ils méprisaient la terre, le saint les y attacha en leur apprenant à la cultiver. Partout enfin sa présence fut un bienfait. Nous lui avons dù une vie plus heureuse ; son courage nous protégea encore contre les Francs, et sans lui, mes bien-aimés, vous seriez esclaves.

(Elle embrasse ses deux enfants. Paulin prète l'oreille et court à la porte.) PAULIN. Voici mon père !

SCÈNE II.

LES PRÉCÉDENTS, JACQUES, un panier au bras et un filet sur le dos, EDWIGE,

ERMENBERGE.

EDWIC

MÉLANIE (courant embrasser son époux). Le ciel soit béni !
JACQUES. La pêche a été bonne : vite, un bon feu.
MÉLANIE. Je craignais l'orage.

JACQUES. L'air est chaud, mais la nuit est calme (s'adressant à Edwige el à Ermenberge), et derrière ces rochers vous n'avez point à redouter les Francs.

MÉLANIE (avec intérel). Vous fuyez vos maitres ?
Edwige (fièremenl). Nous suyons la honte !

JACQUES. Ce petit coin de terre est ignoré, et si vous n'avez pas d'amis, que ma famille soit votre famille.

ERMENBERGE. Merci , et que le ciel vous soit toujours propice.
MÉLANIE. Nous le remercions chaque jour de ses bienfaits.
ERMENBERGE (avec tristesse). Vous êtes donc heureux !... :
MÉLANIE. Jacques m'aime, et mes enfants sont joyeux.

JACQUES. Femme, comment peux-tu dire : « Nous sommes heureux ! » Je suis avec toi; mais combien de mères pleurent leurs fils, qui s'en vont en exil pour ne plus revenir !

MÉLANIE. Pardonne-moi ! et vous aussi qui souffrez , pardonnez-moi ! j'aurais dû songer à vos maux. Mais, en altendant des jours propices, restez avec nous.

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