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Marton , en l'accusant, voulait qu'on lui fit grâce. Qui ne la ferait point à ce preux chevalier ? Jeunesse est une excuse ; on doit tout oublier.

ROBERT. Que ne vous dois-je pas, ma bonne et chère amie?

BERTHE.
Apprenez-moi par quel moyen
Elle a pu du péril garantir votre vie ?

LA VIEILLE.
Je vais vous dire tout et sans supercherie ;

J'aime à parler , c'est tout mon bien,

Quand j'ai su l'affreuse disgrâce Qui de ce chevalier causait le désespoir, Je m'en suis approchée exprès pour le mieux voir. C'est le profit de ceux dont la vue est trop basse. Mon ame fut toujours facile à s'émouvoir ; Son trouble , son air doux et son gentil langage M'ont fait sentir que ce serait dommage

De laisser mourir sans secours

Un beau chevalier dont les jours
Pour ceux d'autrui seraient un avantage.
Jurant de déférer à ce qu'il me plairait ,
(Serment de chevalier ne peut être frivole,

Il a tiré de moi notre secret ,
Et je viens le sommer ici de sa parole.

BERTHE.
Qu'avez-vous à répondre à ce beau plaidoyer?

Parlez , illustre chevalier.

ROBERT

La vieille en cet instant vient de dire à la lettre

L'exacte et simple vérité;
Quand je saurai quelle est sa volonté,
Ma gloire et mon devoir seront de m'y soumettre.

LA VIEILLE.
Eh bien donc! réjouissez-vous,
Mon doux ami, vous serez mon époux.

ROBERT.

Quelle horreur !

LA VIEILLE. .

Cette épithalame
N'est pas fade, mais vous verrez

Qu'avec le tems vous m'aimerez.
· Prenez donc par la main votre petite femme.

ROBERT

Sur cet affreux objet jeter un seul regard !
Ah! j'aime mieux subir ma première sentence.

BERTHE.
Bonne mère , å vos droits la cour ayant égard,
Vous adjuge la récréance.

ROBERT, en sortant.
O ciel! à quel malheur me trouvé-je réduit !

LA VIEILLE, en le suivant.
Tu n'échapperas pas; va , ta vieille te suit.

BERTHE.
C'en est assez , terminons la séance,
Et de nos Provençaux que la fête commence.

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DIVERTISSEMENT DES PROVENÇAUX.

(Pendant le divertissement, on voit Robert traverser le

théâtre comme un homme troublé. Un groupe de jeunes filles l'entoure pour le dérober aux yeux de la vieille , qui parait en même tems , et interrompt la fêle par la romance qui suit. )

L'AVEZ-VOUS vu, mon bien-aimé,

Il a ravi mon ame.
Mon tendre cour s'est ranimé,

D'amour je sens la flamme,
Gentils objets, charmans et doux,
Il est peut-être parmi vous.

Rendez-le moi,

Il a ma foi;
C'est moi qui suis sa femme ;

Rendez-le moi,

Il a ma foi,
Je suis sa noble dame.
Sans doute vous le charmerez;
Mais toutes tant que vous serez ,

Vous ne saurez,

Vous ne pourrez
L'aimer , l'aimer d'amour extrême ;

Et tout ainsi que je l'aime.

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Pourquoi ces ris
Et ces mépris?
Eh bien! eh bien !
Ce n'est pas bien
Mais j'ai l'espoir

De le revoir,
C'est ce qui me console ;

Oui, je m'en vais;

Il est Français,

Il tiendra sa parole. (A ce mot, Robert s'avance vers la vieille, lui présente

la main, et se retire avec elle.)

La fête continue.

FIN DU TROISIÈME ACTE.

Le théâtre représente l'intérieur d'une pauvre chaumière.

On voit, d'un côté, une vieille table à demi rompue, quelques escabeaux délabrés, et, dans le fond, un grabat entouré d'un mauvais rideau.

SCÈNE I.

ROBERT, LA HIRE,

(Robert est au bout de la table, la tête appuyée sur ses

deux mains.)

LAHIRE.
Cette maison n'est ni riche ni vaste,

Et notre vieille ne doit pas
Redouter le soupçon de donner dans le faste.

ROBERT.
Quelle est ma destinée , hélas ! .

LA HIRE.
Je ne vous trouve point å plaindre.
N'êtes vous pas heureux, ayant eu tout à craindre?

Allons, montrez un esprit fort;
Beaucoup de jeunes gens envîraient votre sort.

Pour qui n'a rien, une chaumière

Devient la demeure d'un roi ;
Une lampe est un lastre éclatant de lumière :
Ne trouve pas qui veut des vieilles.

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