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Et j'en respecte les trésors :
Aucun plaisir ne peut en compenser la perte.

DOLIVAL.
Tout en courant la poste , observant le pays

(C'est à quoi je prends toujours garde),
Je n'ai pas découvert une seule perdrix :
Il ne s'est pas offert à mes yeux un seul garde.

CANDOR.
Mes gardes sont mes habitans.

DOLIVAL.
Ah! mon pauvre oncle , je parie
Qu'à braconner la terre, ils passent tout leur tems.

CANDOR.
Cela se peut; mais ma table est servie.

D.OLIVAL.
Mais vous n'avez donc pas le plaisir de tuer?

CANDOR

Quel est ce plaisir-là ?

DOLIVAL,

C'est le seul dans la vie Pour un chasseur adroit qui sait l'effectuer.

ARIETTE.

Je vais toujours en plaine.
Avec une douzaine
De beaux et bons fusils ;
Pour que mes faits éclatent,
Vingt valets me rabattent
Le gibier du pays.
En l'air, sur votre tête ;

A vous le coup du roi ;
Opéras-Com. en vers. 2.

Pan, pan , le coup du roi.
Il court Arrête, arrête !
Brillant, Diane, à moi !
Une caille, elle est morte;
Un levreau, pan, à bas;
Un faisan, pan, apporte ;
Pan, pan, à chaque pas.
Apporte , apporte , apporte.

Pendant un jour entier
(Quel plaisir que la chasse !)
J'abats et je terrasse
Cent pièces de gibier;
Un faisan , vingt perdereaux,

Six lapreaux,

Dix levrauts. "
Une caille, elle est morte.
Apporte, apporte , apporte.
Pendant un jour entier, etc.

CANDOR.
Mon cher neveu, je te plains et je t'aime į

Mais j'ai pitié de tes plaisirs.
Plus délicat que toi, je jouis de moi-même.
Le calme de mes jours vaut mieux que tes désirs,

DOLIVAL.

Mais, mais enfin quand on s'ennuie.... Mon cher oncle, avez-vous de la société ?

CANDOR, montrant ses moissonneurs. Mon ami, la voilà.

DOLIVAL.

Mais, mais, en vérité, -
Cela fait bonne compagnie.

CANDOR.
Oui, très-bonne , et j'en fais grand cas.
Nous devons notre vie aux efforts de leurs bras.

Cette espèce que tu méprises,
Est victime des gens qui ne servent à rien.
Quand vous avez au jeu perdu tout votre bien,
Vous les pressurez tous pour payer vos sottises.

Les excès où vous vous plongez

Ferment vos coeurs, les endurcissent.
Les oisifs sont heureux, les travailleurs gémissent.
Ils font valoir vos biens, et vous les engagez :
Vous les ruinez tous quand vous vous dérangez,

Vos dépenses les appauvrissent :
Ils cultivent la terre, et vous la surchargez,

DOLIVAL, à part.
Mon oncle a de vieux préjugés.

(Haut.)
Comme vous voilà fait, mon oncle ! La décence
Veut un habillement conforme à la naissance :
On vous prendrait pour un fermier.

CANDOR.
J'ai l'honneur d'en être un : je fais valoir ma ferme ,

Et je me livre tout entier
Aux détails infinis que cet emploi renferme :
Je tire vadité de l'habit du métier.

DOLIVAL
Mais l'étoffe pourrait en être moins grossière.

CANDOR.
C'est bon pour le soleil, la pluie et la poussière.

DOLIVAL.
Vous êtes presque mis comme vos habitans.

CANDO R.
Eh! mais, sans doute. Il n'est pas nécessaire

Qu'un seigneur qui n'est qu'un bon père,
Soit plus paré que ses enfans.

DOLIVAL.
Votre maison a l'air d'une caserne :
Comment ! depuis un an vous n'avez rien changé!
Je vous l'ai dit cent fois, vous êtes mal logé.

Oh! c'est un soin qui me concerne.
Je veux vous amener l'architecte que j'ai :
Il saura lui donner un petit air moderne.

CANDOR.
Un architecte fait aux anciens bâtimens

Ce qu’un docteur en médecine

Fait aux faibles tempéramens :
A force d'y toucher, il hâte leur ruine.
Si j'avais avec moi grand nombre de valets,
Si j'étais grand seigneur, ou si j'étais né prince,
On me saurait bon gré d'élever des palais,
Pour faire circuler l'argent dans ma province.
Mon cher neveu , je veux que ma maison

De simple et modeste apparence

Annonce, aux yeux de la raison, Plus de commodité que de magnificence. Pour y bien recevoir mes amis, mes égaux, Je veux, comme mon coeur, qu'elle soit à l'antique. La gaité, le bonheur sont sous un toit rustique. Ils s'égarent dans des châteaux.

DOLIVAL.
Mon oncle, cependant si vous vouliez comprendre....

CANDOR.
Mon tems est précieux ; je le perds à t'entendre;
Et mes momens seront mieux employés ailleurs.

Prends mes furets : je te ferai conduire ,

Sur tous les terriers les meilleurs.
Les lapins mangent tout, tâche de les détruire ;
Moi, je vais retourner avec nos moissonneurs.

DOLIVAL, apercevant Rosine qui glane.
La voilà, la voilà ; c'est elle....

Je suis dans un ravissement....
Plus que jamais....

CANDOR.
Hem! que dis-tu ? Comment ?

DOLIVAL.
La chasse....

CANDOR
Cours où le plaisir t'appelle.

DOLIVAL.
Vous êtes à présent dans de grands embarras;
Je vais de mon côté.....

CANDOR.
Soit. Comme tu voudras.

DOLIVAL. Abordons-la , tandis que rien ne m'en empêche. ( Il joint Rosine, et ramasse des épis qu'il lui présente , Ro

sine s'éloigne de lui avec précipitation ; Dolival la suit. )

SCÈNE VI.

CANDOR, LE VIEILLARD, RUSTAUT.

CANDOR, à part.

Il ne s'occupera que de frivolités...

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