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1303.

rent le Château malgré les remontrances de Nogarer, qui leur avoit recommandé de ne point commettre de defordres ni de violences, & qui avoit défendu sur-tout à ceux d’Anagnie, qui étoient les plus animez, de toucher à la personne du Pape, ni au trésor de l'Eglise.

Boniface qui n'avoit pas voulu ajoum ter foi au premier bruit de l'arrivée de ses ennemis, fut surpris & abandonné d'une partie des Officiers de fa maison, & de la plûpart des Cardinaux, dont les uns prirent la fuite , & fe sauverent hors de la Ville, dégui. fez en Laïcs, les autres se cacherene à la réserve de deux, sçavoir Nicolas Boccassini, Cardinal, Evêque d'Ostie, & Pierre d'Espagne, Cardinal Evêque de Sabine, qui lui demeurerent fideles, & s'attacherene inviolablement à la personne. Les ennemis ne lui donnerent pas le tems de se reconnoître, de forte que malgré son courage, ou plutôt sa fierté naturelle, il fut contraint de demander à Sciarra Colonna une trêve qui ne lui fur accordée que juso neuf heures, c'est à dire jusqu'à trois heures après midi, il employa ce teins à solliciter le

qu'à

peuple d'Anagnie en sa faveur , & il 1303. lui fit promettre que s'il lui sauvoit la

vie & la liberté, il lui donneroit des récompenses beaucoup plus grandes que toutes celles qu'il pourroit espe. rer des François pour la prise. Mais voyant que ceux qu'il avoit fait agir dans cette négociation ne pouvoient rien obtenir d'un peuple animé par son Capitaine , il pria Sciarra de lui donner par écrit ce qu'il défiroit de lui. Sciarra sensible au plaisir de la vengeance, lui fit dire, qu'il ne lui accorderoit la vie qu'à deux conditions, donc la premiere étoit, Qu'il rétabliroit les deux Cardinaux Colonnes, Jacques & Pierre, son oncle & son frere, & tous ceux de sa famille ; la seconde, Qu'il renonceroit à la Papayré, Boniface fut entierement consterné de ces

deux demandes, & jettant un profond Hei me ! durus soupir, il dit : „ Ah, que ces condioff hic fermo. in tions sont dures ! & il ne fit point

alfing- d'autres réponses ; la colere & l'indiham, Tpod. Nevfir. & His gnation lui ayant tellement serré le ftoria. Dupuy, p.

cæur , qu'il parut avoir perdu la pa.

role pendant un long espace de tems. Preuves, La trêve finie, Sciarra fit avancer pag. 195.

les soldats, & poursuivit son entrepri. here he fe, Irritez de la résistance qu'ils trou

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verent, ils mirent le feu à l'Eglise de Notre-Dame, qui étoit la Cathedrale, 1303. & fe firent un passage pour entrer dans le Palais du Pape. Le Marquis Gaëtan, neveu de Sa Sainteré, après s'être défendu pendant quelque tems, fur obligé de se rendre à Sciarra & au Capitaine Arnulfi avec tous ses gens, ausquels on ne laissa que la vie. Ce spectacle joint au danger personnel que couroit Boniface, fit pleurer amerement ce vieillard. Mais soit par saisifsement de cæur, soit par le retour de sa constance, il essuya fes larinës lorsqu'il entendit briser les portes & les: fenêtres de son appartement, & qu'il: y vit mettre le feu, il se laissa prendre par les soldats de Sciarra, qui lui fi-: rent toutes les insultes & toutes le menaces que la brutalité pur leur suggerer. Ils pillerent malgré Nogaret ses coffres & sa trésorerie, où ils trouverent tant d'argent, tant de pierreries, & tant de meubles précieux, que si l'on en croit quelques Auteurs, tous les Rois Th. Vval

singham de ce tems-là joignant leurs richesses ensemble, n'auroient pas pû en fournir autant en un an, qu'il en fut pris en un jour dans le Palais du Pape, dans celui du Marquis Gaëtan son neveu,

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lettre le feu partement, é

Déméles trois Caiers les

1303,

222 Démêlez de Boniface
& dans ceux des trois Cardinaux qui
avoient été faits prisonniers le matin.

Boniface se voyant abandonné de ses gens, & des Citoyens de la Ville, qui pour les bienfaits dont il les avoit comblez, & l'honneur qu'ils avoient d'être ses compatriotes, sembloient devoir s'interesser plus particulierement à la défense, crur qu'il ne devoit attendre que la mort. Ce fut alors que se surmontant lui-même, il rappella ses forces & sa fierté qu'une difgrace si imprévûe, non plus que son grand âge n'avoient pû abatre :,, Puif», que je suis pris en trahison , dit-il, » & que je suis indignement livré en

tre les inains de mes ennemis com,,me te Sauveur du monde, pour „être mis à mort, il faut au moins

que je meure en Pape. Ausfi-tôt il se fit revêtir du manteau de S. Pierre, & des autres orneniens. Pontificaux, se fit mettre la Couronne de Constancin sur la tête , & prenant les Clefs & la Croix à la main, il s'assit sur fon Trône. .

Cette majestueuse posture recint la Soldatesque dans le respect pendant quelque tems; mais elle n'empêcha pas Nogaret & Sciarra de s'approcher du Pape. Nogarer lui déclara de nouveau la commission, lui fignifia tout 1303, ce qui s'étoit fait en France contre ses entreprises de ses prétencions , & le somma de faire assembler le Concile. La contenance & le silence de Boniface firent juger qu'il n'acquiesceroit pas volontiers à cette demande. Ce qui porta Nogaret à le faire descendre du Trône, en le menaçant de le faire conduire lié & garoté à Lyon pour y êrre. jugé & déposé par le Concile general que le Roi son Maître devoit y afsembler. Il lui donna pourtant une sauvegarde, & l'assura de la vie ; ajoûtant qu'il faloit qu'il y eût contre lui un Jugement canonique de l'Eglise avant. qu'on entreprît rien sur sa personne.

Sciarra prit alors la parole, & demanda au Pape, s'il ne vouloit pas ceder la Papauté, ajoûtant que ce fcroit le moyen d'appaifer les troubles, & de faire la paix avec tout le monde: gj Non, répondit Boniface, j'y per „drai plutôt la vie. Puis s'avançant vers les Chefs du parti Colonne, il Vvallin. dit en fa langue vulgaire : „ Voilà 5 ., mon coû, voilà ma tête ; mais j'au. Ecco il collo,

e Ecco il capo. , rai la sarifaction de mourir Pape.. I fit ensuite de sanglants reproches à

P. 160.

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