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1303.

Nogaret qu'il regardoit comme le
premier auteur de son malheur; & it
s'emporta de paroles contre le Roi de
France, qu'il maudit jusqu'à la qua-
criéme generation. Nogaret piqué au
vif de ce que Boniface ne lui sçavoit
aucun gré de l'avoir fauvé des mains
de ceux qui avoient déja voulu l'al-
salliner, & d'ayoir enipêché qu'on
achevât de piller le reste de ses tré-
fors, lui dit avec beaucoup de fierté :-
„Chetif Pape que tu es, regarde &
si considere la bonté de mon Seigneur
„ le Roi de France, qui bien que son
„Royaume foit fort éloigné de toi,
„ te garde par moi, & te défend de
„tes ennemis, ainsi que les Prédecel-
„ seurs ont toujours gardé les tiens,

Le Pape qui prenoit pour des indi-
gnitez & des mauvais traitemens ces
services prétendus que Nogaret lui
faisoit tant valoir , & qui ne pouvoir
souffrir qu'il lui réiterât les menaces
qu'il lui avoit faites de le conduire en
France, & de lui faire faire le procès
par le Concile qui s'y devoit tenir, lai
répondit: ,, Je me consolerai aisément
„ de me voir condamné par des Pa-
„ tariens pour la cause de l'Eglise. No..
garet entendit plus qu'à demi mot ce

qu'il vouloit dire. Cela le fit souvenir du supplice de son grand pere, qui 1303. avoit été condamné & brûlé vif par ordre des Inquisiteurs comme Patarien ou Albigeois ; & ce reproche que lui en fit Boniface, comme d'une tache pour sa famille & pour sa personne , le rendit confus, & l'obligea de se taire. Mais Sciarra Colonna, qui n'avoit ni la pudeur ni la moderation de Nogaret, s'emporta contre le Pape, qu'il chargea d'injures. Il osa même lui donner de son ganteler sur le visa- Vvalsin

gham, Hist. ge, selon quelques Auteurs, qui ajoû- Pistor. chez tent qu'il l'auroit tué, si Nogaret ne Dupuy, p. l'en eût empêché : mais d'autres assu- Anton. Florent que Dieu ne permit pas que per

rentinus,

Raynaldus, sonne le touchât.

Spondanus, Pendant que le Palais Pontifical étoit

bri Felix. Olus;

p. 161. tout en trouble, la Ville jouissoit d'un assez grand calme. La plûpart des Cardinaux, dont quelques - uns étoient d'intelligence avec les François & les Colonnes, se tinrent enfermez chez eux, François Gaëtan, neveu du Pape, homme robuste de corps,& fort entreprenant, dont Boniface s'étoit servi pour faire ses extorsions, & amalser les richesses qu'on venoit de piller, se setira dans une place près d'Anagnie, .

24.

Ks

od Nogarer empêcha qu'on n'allat le 1303, forcer. Ceux des Cardinaux qui ne

voulurent prendre parti pour person. ne , se retirerent à Perouse.

Nogaret ayant pris la perfonne du Pape & celle de ses neveux sous sa protection particuliere contre les insultes des soldats de Sciarra, mit Boniface en la garde de Renaud de Suppino, Capitaine des Florentins, avec ordre de lui laisser une honnête liberté, & de lui faire donner à manger. Mais la crainte d’être empoisonné par ses ennemis, la fuite de ses gens, & l'indifference de Renaud, firent que ce dernier point fur fort mal executé; de sorte qu'il se vit en danger

de mourir de faim au bout de trois Vvallingham, H Noria. jours qu'on l'avoit laissé à jeun, s'il

Sii, ne se fût trouvé une pauvre femme pag. 162. col. 1

qui lui apporta un peu de pain & qua. tre æufs, dont il mangea d'autant plus volontiers, qu'il savoit qu'on ne pouvoit les rendre susceptibles de poison dans leur coque.

Cette extréinité de misère ou se trouvoit réduit le souverain Pontife de l'Eglise , toucha enfin les habia tans d'Anagnie de compassion, de bonte & de repentir. Etant fâchez

Felix Onus.

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sur la défen des Ecrans lle. Ils

d'avoir si lâchement abandonné leur Compatriote , & de s'être joints à ses 13°3• ennemis pour travailler à la perte , ils s'afsemblerent & prirent les armes pour la défense, criant que c'étoit à eux & non à des Etrangers à garder leur Citoyen dans leur Ville. Ils entrerent dans le Palais au nombre de près de dix mille hommes , forcerent & tuerent les Gardes & les Soldats qui voulurent leur résister, chasserent les François , & mirent en fuite le reste des conjurez avec leurs Chefs. Nogaret & Sciarra Colonna voyant toute la Ville changée en si peu de tems, & animée contre eux, furent, obligez de se retirer, sans avoir mê. me le loisir de sauver la Banniere de France qu'ils avoient arborée sur le Pavillon du Palais. Ainsi c'est contre toute apparence de verité qu'un Hi-, Vvalling

hain. storien Anglois à écrit que ces deux Chefs firent monter Boniface sur un cheval lans bride & sans felle , le dos tourné vers la tête du cheval, & qu'ils le contraignirent de courir de la sorte jusqu'à perdre haleine'; circonstance qu'aucun Ecrivain n'a rapportée , & dont il ne fur fait aucune mention dans le procès que les Défenseurs de

14. Nicol

Boniface firent depuis à Nogaret. Les 1303, Auteurs les plus passionnez pour le

Pape contre la France, n'étoient pas" non plus dans cette creance, puisqu'ils ont attribué à une protection visible: de Dieu sur le Vicaire de J ES U'SCHRIST, la retenue de Nogaret & de Sciarra, aussi bien que le changement subit & inespere de ceux d'Ana

gnie en sa faveur. Voallin. : Le Pape se voyant en liberté avec gham, Hifto fes neveux, & délivré, de la crain· Piftoria. 'Dupuy, p. te de la mort dont les gens de SciarGilles ra l'avoient menacé à toute heure,

se fic porter dans la Place publique de la Ville. Il y représenta devant le peuple sa misere & ses besoins extrêmes d'une manière fort pathetique. Il fit entendre qu'on l'a. voit laissé trois jours sans manger ; & se recommandant aux charitez des Particuliers , il promit l'absolution de tous les pechez à ceux qui lui donneroient du pain & du vin. Ce qui fit qu'on lui en apporta de toute part, & qu'on alla en foule au Palais recevoir sa benediction. Il déclara ensuite , qu'il pardonnoit à tous ceux des Habitans de la Ville qui avoient pris les armes contre lui; mais qu'il

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