페이지 이미지
PDF

demande au fujec de ce repas, Arle4 quin veut lui faire la defcripdon du feftin , & ne (cachant comment fe faire entendre ; pour le figurer, il prend les papiers que fon maître lui a confiés & les déchire par morceaux pour marquer les plats qui doivent compofer le premier fervice; puis fans s'arrêter, il renverfe d'une maniere plaifante tout ce qu'il a déchiré, & trace un fecond fervice, & enfuite le deflert avec d'autres >papiers qu'il déchire encore. Fréderic arrive dans ce défordre qu'il ne peut arrêter; car Arlequin eft fi fort enthoufiafmé de la defcription des mets, qu'il ne connaît plus perfonne; & Fréderic eft obligé de l'aflommer pour lui 'faire entendre raifon; il lui donne fon congé.

Arlequin refté feul & bien mortifié de voir la moitié de fes repas perdus,' fe lamente fur cette difgrace : Lelio lui demande la caufe de fon chagrin; fuc l'aveu fincere qu'il lui en fait, il lui promet de le faire rentrer en grace avec fon maître Mario., ( c'eil le nom qu'a pris Dorante, pour n'être point reconnu;) mais Arlequin s'appercevani de fa fottife & craignant d'être chafle par Mario, s'il vient à fçavoir qu'il

avait

avait pris-un autre maître .prie Lelio {le ne lut parler de rien : dans l'inftant de cette perplexité, arrive un Marchand avec des étoffes que Fréderic avait envoyé chercher par Arlequin , parce que prévoyant bien qu'elle n'aurait bien-tôt plus befoin de le déguifer, elle voulait fe faire faire des habits convenables à fon fexe. Lelio demande à Arlequin à quoi fon Maître deftine ces étoffes ; celui-ci ne fçachant que répondre , lui dit que fon Maître va fe marier , & qu'elles font achetées pour faire des habits à la Mariée. Lelio eft étonné que fon ami foit fi proche de fe marier, fans lui en avoirrien communiqué; le voyant arriver , il commence par vouloir excufer Arlequin au fujet des papiers déchirés ; il lui parle enfuite des coups de bâton que ce pauvre garçon a reçus & qui fufrifem pour le punir.... Mario ne comprend rien à ce difcours, dit à fon ami qu'il ne fçait ce que tout cela veut dire; il conclut que fon Valet eft ivre, & Arlequin en convient, pour fe tirer d'embarras : Mario lui ordonne de lui aller chercher fon habit noir qui était, dans /fa malle; Arlequin l'apporte i Mario le met; mais il eft fort étonné de trouver dans fes poches Tome I, L

fon portrait qu'il avait donné à ï^laminia dans fon premier voyage à Turim Il interroge Arlequin fur un événement fi fingulier : Arlequin après bien des façons, lui dit qu'un Cavalier qui avait féjourné quelque temps dans cette Ville & qu'il avait fervi, le lui avait donné pour fon falaire. '' 1

Il n'en faut pas davantage à Mario pour croire que fa MaîtrefTe eft une infidelle, qui a facrifié fon portrait à un autre; il fort, dans le deflein de chercher la perfide, de l'accabler de reproches , & de l'abandonner pour jamais.

Fréderic paraît tenant à la main le billet de deux cent mille livres qu'il avait gardé, en donnant les autres papiers à Arlequin ; elle lui demande fon porte-feuille pour y enfermer ce billet; Arlequin lui en apporte un qu'elle ne reconnaît pas pour le fien; elle l'ouvre cependant pour s'éclaircir , & y trouve des lettres qu'elle avait écrites à Dorante fon arnant; étonnée &inquiette, elle demande à Arlequin à qui eft ce porte-feuille? celui-ci qui s'eft bien trouvé du menfonge qu'il a fait à Mario', dit pareillement que c'eft à lui, & qu'il l'a acheté à l'inventaire d'un Cavalier qui mourut en cette Ville , & dont on vendit les meubles pour payer l'Hôte chez qui il demeurait. Fréderic demande s'il était Français; Français? dit Arlequin.... oui.... H était Français. De Montpellier, ajoute Fréderic? de Montpellier? oui.de Montpellier, continue Arlequin ; à ces mots, elle ne doute plus de la mort de fon cher Dorante ; la douleur & le défefpoir s'emparent de fon ame : dans l'excès de fon trouble , elle découvre, en termes ambigus , même devant Pantalon, le fecret qu'elle avait caché jufqu'alors , & enfin elle s'évanouit.

Trivelin accoure au bruit, s'informe de ce qui en eft la caufe, & rappelle Flaminia à la vie , en l'arTurant que Dorante n'eft point mort, & qu'il eft toujours confiant & plus amoureux que jamais; fur ces aflurances, elle acheve de fe déclarer : Dorante arrive avec Lelio j l'on s'explique , & les deux amans fe donnent la main, en fe jurant une fidélité éternelle.

Lelio qui voit fon ami content, fe hazarde à demander à Pantanlon fa fille Silviapour époufe; Dorante & Flaminia joignent leurs inftances. Pantalon voyant fes efpérances perdues du côtéde Fréderic, & fçachant d'ailleurs que fa

fille aime Lelio , il confent à la lui

donner.

Arlequin qui, par ce moyen., refte fans Maître, entre au fervice de Lelio, à la condition de ne fervir que lui, parce que, dit-il, il eft trop difficile Se même impoflîble de fervir deux Maîtres à la fois. Ce Canevas eft de M. de Mandajors, de l'Académie des BellesLettres, & fut traduit en Italien par Riccoboni le pere.

[graphic]
« 이전계속 »