페이지 이미지
PDF

L'AMOUR MAITRE DE LANGUE.

Comédie en trois actes , 18 Septembre 1718.

Le Prologue eft une peinture du pouvoir abfolu de la mode que l'Auteur a perfonnifiée & logée dans la grande Salle du Palais. Là, différentes perfonnes viennent implorer fon fecours, & lui demander cette réputation brillante qui dépend de (on caprice & que le h a lard donne plus fouvent que le mérite. Les Comédiens Italiens vont à leur tour fuppiier la Mode de leur accorder fa protection, qu'elle leur promet.

La Piéce eft tirée du Roman de Zaïde.

La Marquife de Floras, aimable & jaune veuve, Provençale , qu'une fucceflion confidérable avait attirée à Strasbourg, y voit à la promenade un jeune étranger qui lui plaît; elle fait la même impreflion fur fon cœur; l'Amour les deftine l'un pour l'autre; mais le fort les fépare dès qu'ils fe font vus.

La Marquife eft rappellée en France par fes affaires, fans avoir pu découvrir le nom de fon cher Etranger, elle a feulement appris qu'il eft Italien & de Florence. L'Etranger n'a pas été plus heureux; il retourne en Italie plein d'une tendrefTe qui lui infpire d'apprendre bientôt la langue Françaife, dans l'intention de revenir en France chercher l'objet qui l'a charmé.

La Marquife forme en même-temps le projet de s'inftruire dans la langue Italienne; elle y fait des progrès rapides : l'Amour abrége fes leçons, & la met bien-tôt en état d'exprimer en cette langue tout ce qu'il lui fait éprouver; impatiente de revoir fon aimable Etranger, elle part d'Aix & fe rend à Toulon, pour paner à Livourne ( i ). Lelio, Marquis de Rofetti, qui eft fon cher Inconnu, y eft arrivé depuis huit jours, & a retenu une barque pour aller chercher à Màrfeille, celle qu'il n'a pu trouver à Toulon.

Le Chevalier d'Egrefignac , Gafcon, attentif aux démarches de la veuve & amant fecret de fon Marquifat, %

( i ) Ceft ici que l'action commence*

pénétré à Aix une partie de Ces deffeins , & s'eft rendu incognito à Toulon pour empêcher la Marquife deFIoras d'aller en Italie. Il lâche de gagner Zerbine fa Suivante, qui entre aifc'ment dans fes intérêts, parce qu'ils font unis aux fiens. Elle eft devenue amoureufe d'Arlequin, valet de Lelio, qu'elle a vu fe promener fur le Port de Toulon: Arlequin a reflenti en la voyant ., la paflion qu'il faifait naître chez elle; la même étoile domine les Maîtres & les .Valets.

Arlequin Italien, & Zerbine Françaife , ne s'entendent pas; & par la fourberie de Trivelin, valet de Leiio & rival d'Arlequin, ils fe croyent beaucoup plus à plaindre qu'ils ne font : enfin Zerbine, pour arrêter fa Maîtrefle à Toulon, lui confeille d'aller voir une Devinerefle, dont elle vante la capacité, pour fçavoir des nouvelles de fon cher Italien, dont elle eft plus proche qu'elle ne penfe. La Marquife s'en dérend d'abord faiblement, & fe réfoud d'y aller, fans en rien dire à Zerbine, qui, charmée du fuccès de fon impofture, va s'habiller en DevinerefTe, & par un feint enchantement, annonce à la Marquife qu'elle apprendra fur le Port de Toulon même, la deftinée de celui qu'elle aime. Cette réponfe a été concerté avec le Marquis d'Egrefignac, qui a aufli préparé une petite fable , pour faire croire à la Marquife que fon amant eft mort de la pefte.

Il rencontre fur le Port Lelio, prêt à s'embarquer pour Marfeille; neleconnaiflant pas pour fon rival, il l'aborde, lie converfation avec lui, &le prie d'attefter à une Dame qu'il a intérêt de retenir en France, que lâ pefte eft à Livourne. Lelio le lui promet, après avoir longtemps réfifté à fes inftances; & enfin, conduit par Scapin , valet du Chevalier d'Egrefignac, il aborde la Marquife qu'il reconnaît & dont il eft reconnu. Ces amans en s'abordant, fe fervent des Langues que l'Amour leur a fait apprendre, & prefles de s'unir par leur penchant & par Zerbine, qui tourne cafaque au Gafcon, dès qu'elle apprend qu'Arlequin quelle aime, eft valet de Lelio , ils conviennent de s'unir enfemble. .'. \>

Le Chevalier d'Egrefignac arrive dans cet inftant, & fe trouve bien confus , quand il voit qu'il eft feul la dupe de fes artifices; il s'en tire par cette gafconade : fandis, il n'y avait que l'Amour qui pût duper un Gafcon.

La Piéce qui eft de Fuzellier, quoi

?[ue joliement intriguée , eut peu de uccès, parce qu'elle était écrite d'un ftyle froid & précieux.

Les Comédiens avaient été obligés de fermer leur théâtre le 2.1 Août, ainfi que les Français, à caufe de l'exceflîve chaleur qu'il fit alors, & ils ne le rouvrirent que le 2 8 après qu'elle fut paflee, encore les Spectateurs montrerent fort peu d'empreflement à y revenir; ce qui engagea Lelio & Dominique à compofer la petite Piéce intitulée la Défolation des deux Comédies * qui eut beaucoup de fuccès.

[graphic]
« 이전계속 »