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THÉRÈSE.

J'aurais mieux été dans mes habits de Payfanne pour affilier à la fête du Mai.

TRI VELIN.

Mais, coufine, me prenez-vous poiu un imbécile ? Oubliez-vous que j'ai de l'érudition, & que j'ai été le Magifter de ce Village avant que d'être le Maître-d'Hôtel du Seigneur î Allez couiîne, je fais-quand il me plaît, retourner du latin comme une aumelette.

T:H ÈRE S K

t Soie ; mais .*. (,

:. TRI VELIN.

Croyez-vous qu'H n'y ait pas du deffein dans le déguifement que je vous .ai confeillé?

THÉRÈSE..

Et quel eft-il ce beau deflein?

T RI V E LI N.

.N'êtes-vous pas amoureufe de Colin, fils unique de Madame Simone , la plus .riche veuve de ces cantons?

THÉRÈSE».
Oui.

TRIVELlft.''

Madame Simone n'eft-elle pas une folle de Payfanne , qui prétend être aufîî jeune à quarante ans qu'une Bourgeoife coquette à cinquante f

THÉRÈSE.

On le dit ainfi.

TRI VELIN.

Cette Madame Simone qui veut être moins âgée que fon fils Colin, ne l'empéche-t-elle pas de fe montrer, de crainte qu'on ne s'imagine le contraire?

THÉRÈSE.

C'eft ce qui fait que je vois fi rarement mon cher Colin.

TRIVELIN.

Colin n'eft-il pas un fot?

THÉRÈSE.
Ho ! non, non.

TRIVELIN. ..

• Ho ! fi, fi; attendez & vous en contiendrez j Colin n'eft-il pas un fot qui obéit trop exactement aux ordres de fa mere, & qui n'ofe vous voir autant que vous le fouhaiteriez. tous deux?

. v.-. THÉRÈSE.,'

Hélas, oui! >;' ;- . :.

. TRIVELIN.

N'eft-il pas vrai que Madame Simone ne vous connaît pas, puifque vous êtes d'un hameau voifin ou elle ne va gueres, & que de plus, cette- digne veuve avant que d etre Fermiere en Picardie ,. a été Femme de chambre à Paris, d'où elle a rapporté fes bons principes de coquetterie ? Madame Simone n'apperÇoit jamais les femmes que quand il n'y a pas d'hommes à regarder*'

THÉRÈSE. '."

Sur ce pied-là elle ne m'a pas vue les deux fois qu'elle a pafle dans nos cantons ; il était Fête , les hommes jouaient à la boule hors du Village' •Madame Simone n'y fera pas entrée.

TRIVELIN,

Eh bien coufine, ai-je eu tort d« vous déguifer en Payfan?

THÉRÈSE.

Qu'a de commun ce que vous vener de dire avec mon déguifement?

TRI VELIN.

Voilà une fille bien neuve! Quoi T vous ne comprenez pas que fous cet habit & fous le nom de Grégoire dont Je vous ai fait préfent ; primo^ je vous fouftrais aux Fleurettes libertines des petits Maîtres Picards, qui viendront s'enyvrer à la Fête d'aujourd'hui ? Enfuite comme on vous a toujours enfermée auffi-bien que Colin, vous n'êtes. gueres connue; ainfi vous pourrez profiter de la cérémonie du Mai pour babiller tendrement avec votre cher Colin.

THÉRÈSE.

Ah ! mon cher coufin vous avez raifon ; tenez fans favoir votre projet, je l'ai déja exécuté, je viens de parler à Colin.

T RIV E LIN.

Vous venez de parler à Colin?
THÉRÈSE.

Oui., dans l'inftant que vous m'avex

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quittée pour aller chez le Boulanger; j'ai trouvé Colin à deux pas d'ici, je lui ai parlé, & fans une Payfannefort parée qui nous regardait, je lui parlerais encore ; mais dès que Colin l'a apperçue, il s'en eft enfui... Eh ! tenez la voila là-bas.

TRI VELIN.

Fuyez-la aufli, c'eft Madame Simone.

THÉRÈSE.
La mere de Colin?

TRIVELIN.

Oui, laifTez-moi avec elle, je fuis foin, confident, aufli-bien que le vôtre.

Madame Simone arrive en rêvant, Trivelin l'aborde; & lui nomme tous ceux qui lui. font la cour pour découvrir le fujet de fa rêverie ; elle en fait la fatire à mefure qu'il les pafle en revue, & elle le queftionne fur celui qu'elle a vu s'entretenir avec fon fils : Trivelin veut changer de converfation, mais elle en revient toujours à ce jeune Payfan: Trivelin lui dit qu'il s'appelle Grégoire, & qu'il eft fon coufin ; il découvre aifément l'intérêt qu'elle y prend, n'ignorant pas qu'elle eft fujette à de pareils

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