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ARLEQUIN SAUVAGE,

Comedie Françoife en trois actes,
ij Juin i yzi.

On oppofe dans cette Piece la fîtnple. nature à nos mœurs civilifés, & l'on y fait voir combien, nous fommes éloignés du vrai , mais fans blefler aucune des idées que l'on doit refpedber. Le Sauvage eft amené en France , & n'y apporte que les lumières de la raifon naturelle. Comme il eft fans préjugé,. il eft auffi fans erreur; il examine fans, prévention ,. & juge fans partialité; il. s'etonne que les hommes ayent befoin, de loix pour etre bons; il condamne la faufleté de la politefTe, & rit des cenfidérations empruntées que.nous tirons, de nos richefTes, mais il s'afflige férieufément lorfqu'il apprend qu'il y a des; pauvres & des riches: s'il eft du nombre des premiers » fa. pauvreté l'oblige à dépendre des derniers , ce que fes, idées de juftije & de. liberté lui font

regarder comme le comble de l'inhumanité.

Comme l'intrigue de cette Pièce ne roule que fur un feul événement imaginé , pour développer le caractère du Sauvage, je n'en ferai point d'analife, & je me contenterai de rapporter les fcênes les plus faillantes , dont je rapprocherai les traits les plus ingénieux

ARLEQUIN.

Les fottes gens que ceux de ce païsci! Les uns ont de beaux habits qui les rendent fiers; ils lèvent la têre comma des Autruches; on les traîne dans des cages; on leur donne à boire & à manger; on les met au lit; on les en retire: enfin, l'on dirait qu'ils n'ont ni bras ni jambes pour s'en fervir

Lelio lui apprend le? raifons qui font fe conduire ainfi parmi les Nations cir vilifées.

ARLEQUIN.

Qu'eft-ce que cela, les Nations civir lifées?

L E L I Cv

Ce font des hommes qui .vivent fout des loix.

ARLEQUIN.

Sous des loix! & quels Sauvages font jfces gens- là; des loix ï

L E L I O.

Ce ne font point des Sauvages, mais Un ordre puifé dans la raifon, pour nous retenir dans nos devoirs, & rendre les hommes fages & honnêtes gens.

ARLEQUIN.

'Vous naifTez donc fous ou coquins: Sans ce pays-ci?

L E L I O.

Pourquoi le penfes-tu?

ARLEQUIN.

Il n'eft pas bien difficile de le deviner ; fi vous avez befoin de loix pour être fages & honnêtes gens , vous êtes fous & coquins naturellement» cela eft clair.

L E L I O.

Nous naifTons avec nos défauts, comme tous les hommes; la raifon feule ,, foutenue d'une bonae éducation peut les réformer»

ARLEQUIN.

Vous avez donc de la raifon ? Gomment eft-elle faitef

LELIO.

C'eft une lumière naturelle qui nous fait connaître le bien & le mal, & qui nous apprend à faire l'un & à fuir l'autre.

ARLEQUIN.

Eh ! mort-non de ma vie, votre ration eft faite comme la nôtre. Pourquoi avez-vous befoin de loix? car fi la raifon apprend à faire le bien & à fuir le mal, cela fuffit, il n'en faut pas davantage?

Lelio lui apprend, dans un plus grand détail, les avantages qu'on peut tirer de l'éducation; ce que c'eft que la po» litefTe, & la manière dont on doit tourner un compliment ; ce qu'Arlequi» n'approuve point du tout.

Dans une autre fcêne Arlequin voit Violette & en devient amoureux; mais il eft fort embarrafle de le lui faire connaître à la manière d'Europe, ainfi qu'elle l'exige : comme toutes ces chofes l'embarraflent beaucoup, il lui propofe de faire l'amour à fa manière Sauva,-: ge, en attendant qu'il ait appris la fîenne ; & après lui avoir fait fourrier une allumette, félon l'ufage de fon pays, il veut l'emmener avec lui ; Violette fe défend, & Flarainia l'en empêche, & lui apprend que cela n'eft point permis. Arlequin répond que c'eft une grande folie de défendre ce qui fait plaifir , & ne fait de tort à perlbnne:Violetfe & Flaminia fortent,. & il arrive un Marchand porte-balle qui offre fa marehandife à Arlequin»

ARLEQUIN.

Pourquoi me fais-tu voir cela?"

Le MARCHAND.

Afin que vous voyez s'il y a quelque chofe qui vous fane plaifir.

ARLEQUIN.

Et tu me le donneras?

Le MARCHAND

Avec joie; je ne demande pas mieux.

ARLEQUIN, * part.

Le Gapitaine a raifon-, il m'a die qu'il y avait des gens qui faifaient leur métier de prévenir les befoins des aur trèsi il ne ment pas, (anMarchand)

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