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emploie contr'eux. Ainfi tombe-c-on dans une contradiction manireite. On détruit d'une main le principe, qu'on établie de l'autre. On opofoit tantôt à ces modèles , comme des diférences eflentielles de cara&ére, quelques variations dans les (beaux ou dans les fignatures, & dans plufieurs autres menues formalités. Maintenant on foutient, qu'un même caractère règne par tout. Que de chicanes retranchées par cet aveu, fi l'on ne le perdoit auflitôt de vue!

Prétendra -1 - on borner ce caractère à la feule écriture? Mais outre qu'il en faudroit encore diftinguer plufieurs, parmi les modèles de la Diplomatique; on verra dans la fuite , que les écritures Mérovigiennes , Lombardiques , Carlovingienncs & autres, dont le P. Mabillon nous a donné des exemples, font certainement les mêmes , qui furent en ufage pendant les premiers fiècles de la Monarchie Françoife. Il feroit donc impoflible de prouver, que ces écritures ne conviennent pas refpeclivement à tous ces modèles : tant s'en faut qu'on pût démontrer, qu'elles ne conviennent à nul d'entr'eux, ou que convenant feparément à quelqu'un, elles conviennent généralement à tous.

Au refte ne doit-il point paroitre un peu fingulier, qu'on ofe, fans aucune infpe&ion de pièces, non feulement fufpecter; mais encore taxer de faux des originaux, examinés avec foin par les plus habiles antiquaires , qu'il- y ait jamais eu au monde ? Tels furent les d'Herouval, (g) les du Cange, les Cotelier, les Baluze. Tous reconurent de concert l'authenticité des originaux, fur lefquels furent pris les modèles de la Diplomatique. De quel poids ne font pas de li grands fufrages ? Mis en balance avec les minuties , qu'on leur opofe; de combien ne doivent-ils donc pas l'emporter?

11. Cependant voyons ce que les cenfeurs de D. Mabillon ont à lui reprocher. D'abord ils font forcés de reconoitre, que pour établir l'art de la Diplomatique , il a recueilli, avec autant de travail que de fagacité , beaucoup d obfervations importantes fur les anciens diplômes, & qu'il les a acompagnees d'un grand nombre de règles, pour difeerner les vraies & faufTes chartes. Mais ils prétendent que les fources, où il a puife fes règles , ne font pas sûres: pareeque, difent - ils, il n'en a point eu d'autres, que les pièces raportées dans le V, & VI. livres de h Diplomatique. Un art, ajoutent- ils, ne

peut pas être plus certain , que les principes, fur lefquels il PR|^"c cft fondé. Les règles tirent toute leur force des modèles ci- Chap. Il tés, & ces modèles eux mêmes ne font pas certains. Du moins leur certitude n'cft-elle pas démontrée. Donc la Diplomatique , à proprement parler , n'effc pas un art.

Nous voulons bien ne pas nous récrier davantage , fur ce qu'on fait dépendre toutes les règles de la Diplomatique des feuls modèles, publiés par D. Mabillon: tandis qu'il les apuic encore fur une infinité d'autres exemples, tirés des monumens mis au jour par divers compilateurs, ou puifés dans les anciennes hiftoires les plus univerfellement eftimées. Nous n'infifterons pas non plus, fur ce que les modèles de la Diplomatique furent reconus dans leurs originaux pour indubitables , par tout ce qu'il y eut au dernier fiècle de plus grands antiquaires. Nous ne nous arêterons pas à ces réponfes, toutes décifives qu'elles foient. Mais eft-il quelqu'un qui ne fâche, que les titres font faits pour prouver, & non pas pour être prouvés î Exiger qu'on démontre la vérité des tittes originaux; c'eft exiger qu'on démontre la vérité des principes. Un axiome eft reçu comme la fource & la règle de plufieurs autres vérités: mais on ne demande point qu'on prouve, qu'il n'eft pas faux. Si quelqu'un prétend le révoquer en doute, c'eft à iui à fournir fes preuves. Il fufit de les détruire, pour que le principe ne perde rien du droit, qu'il a efTentiellement, de foumettre tous les efprits. Il en eft de même des titres originaux : La Jurifprudence ne connoît point de preuves plus fortes, que les littérales. Et parmi celles-ci, il n'en eft point, qui méritent plus de croyance, que les a£tes les plus folennels?

Mais s'il eft néceflaire , de prouver la vérité des titres originaux ; quelles en feront les preuves ? Montrer qu'ils ne contredifent en rien les faits conftatés par l'hiftoire , qu'ils ne répugnent point aux formules ni aux ufages, foit généraux, foit particuliers, du tems auquel ils font atribués , &c que leur écriture eft conforme à celle, dont ils portent la date; c'eft fans doute démontrer invinciblement leur vérité. Or il n'eft aucun des modèles de M. Mabillon, qui ne réunifie tous ces caractères. Donc il n'en eft aucun, qui puifle être déclaréi>nien, d'une chofe extraordinaire arivée en Arménie. Un » Contrat d'échange ayant été produit en Juftice, comparaifon •* faite des écritures, elles furent jugées diflemblables. Tou» tefois comme dans la fuite on retrouva les témoins du con» trat, & que ceux qui l'avoient ligné reconurent leurs fouf» criptions ; le Contrat fit foi en Juftice. Ce qu'il y a ici de » plus étrange & de plus étonant ; c'eft que d'une part les » écritures font regardées comme indignes de toute créance: » Se cela après l'examen des experts, Se que de l'autre les fi» gnatures reconues par les témoins font admifes comme vé» ritables : quoiqu'il puiffe paroitre en quelque forte dange» reux, d'ajouter toujours foi aux témoins. Mais nous voyons, «l qu'il eft fouvent nécelTaire, de faire beaucoup d'attention «aux diférentes difpolitions, atachées à notre nature. Quels « changemens dans les écritures l'âge ne caufe-t-il pas ? Au» très font l'es traits, qui partent de la main ferme & hardie » d'un jeune homme, autres ceux qu'il forme, lorfque fa main » eft afoiblic par la vieilleflc , & peut-être devenue tremblante. »> Il n'eft pas même rare, qu'une maladie opère ces fortes d'al» térations dans l'écriture. Mais pourquoi tant infifter fur »> tout cela; puifqu'il ne faut qu'un fimple changement de »» plume ou d'encre , pour faire perdre entièrement aux écritu» res la naïveté de leur reflemblance ? «

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faux ou fufpecT:. Tout ce qu'on leur opofe n'efl: fonde , que fur des faits avancés par quelques hiftoriens, bien ou mal entendus ; mais qui ne peuvent égaler l'autorité des monumens contemporains : ou fur des formules un peu extraordinaires; mais dont le fiècle auquel apartient le diplôme, qu'on fufpeo te, ne manque pas d'exemples : ou fur des variétés dans les ufages; mais dont il n'eft aucun tems, qui ne fournilfe beaucoup de preuves; ou fur de légères diférences d'écriture; mais qui ne pouvant jamais palfer pour des moyens légitimes de faux , le peuvent d'autant moins ici, que les modèles imprimés de D. Mabilion ne font pas les originaux mêmes, ni les copies immédiates des originaux , mais tout au plus les copies de leurs copies. La plupart de ces originaux font renfermes dans les archives de Saint Denis. D Michel Germain en tira des copies figurées , aidé des lumières de D. Loifeau Religieux de la même Abbaïe , lequel fe chargea du pénible travail , de déchifrer les autographes , fans vouloir partager la gloire du fuccès avec fes favans confrères. Le P. Germqn, de fon propre aveu, ne vit jamais ni les (h) originaux , ni les copies, mais les fculs modèles, tirés fur les planches gravées. Or quoiqu'en général on ait repréfenté les écritures avec alfez d'exa&itude, pour qu'on y reconoilTe le fiècl e auquel elles apartiennent: il ell bien dificile , que tout y foit rendu fi fcrupuleufement trait pour trait ; que la même main y foit entièrement reconoilîable ; quelque refTemblante qu'elle foit dans les originaux.

III. Quel fond d'ailleurs peut-on faire fur certaines variations dans l'écriture de la même perfonelors furtout qu'elles ne font pas abfolument incompatibles , & que les écritures font de diférens tems ? Un des plus grands Légiflateurs qui fut jamais , va nous l'aprendrc par le récit d'un événement, dans lequel furpris de trouver en défaut les maximes les plus communes de la Jurifprudence, il fentit la néceffité, d'aporter des modifications, à la preuve fondée fur la vérification des écritures. » On (3,) a fait raport devant nous, dit l'Empereur Jufti

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De û judicieufes réfléxions font évanouir l'acufation de faux, intentée contre certains modèles de D. Mabillon, fous prétexte que des experts (i) écrivains, après avoir comparé quelques fignatures du Roi Thierri, les jugèrentde mains diférentes, ainfi. que celles du Référendaire Wulfolaecus. Mais de plus i°i ces fortes d'examens , par raport à des écritures antiques , font fort au deflus de la portée des Maitres écrivains. Ils s'expoîcnt même à des bévues inévitables; quand ils ofent porter leur jugement fur des matières , que les antiquaires font en droit de révendiquer, & dont ils font feuls juges compétens.

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Tome I,

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jetions.

nrw n<r,^T i°. Les écrivains experts du P. Germon font bien voir ea

PREM. PARTIE. , . r rr » , - ,., . — , A

s E c T. i. eftet leur miuhlance; lorlqu ils ne reconoment pas la même Chap. Il main dans les fouferiptions de Thierri, ni dans celles de (k) Difcfft.i. Wulfolaecus. (k) Car la diférence efl fi légère, qu'un limple fs-isf.&ftq. changement de plume auroit pu la produire. j°. Il y a un intervalle de douze ans entre les deux Signatures du Roi, &: de quatre entre celles du Référendaire. Cela fupofe aufli , changement de plume & d'encre. C'cfl: plus qu'il n'en faut, pour opérer une li mince diflemblance. 40. Il efl: encore à remarquer, que la prétendue vérification , fi vantée par l'Ab(i)mfl.descon- bé Raguet, {/) n'efl: point faite fur les originaux, ni même "^ifiT 145?'fltm' ^ur *es coP^es figurées d'après ces pièces , mais fur les planches imprimées. Il n'efl: donc pas furprenant, qu'il s'y rencontre quelque difparité: mais il l'efi: fort, qu'elle ne foit pas plus grande : quand même on fupoferoit les fignatures des originaux parfaitement fembjab'es. Rdponfesàriuel- IV. Les adverfaires de la Diplomatique ont encore un derquesnouvellesob- niereffort \ fau-e contre fes modèles. Selon eux > les caractères des pièces, qui peuvent paflfer pour la régie des autres font i°. qu'elles paroiflTent exemtes de tout deraut, &c qu'elles foient autorifees par les archives publiques. i°. Que pluSieurs diplômes fouferits par le même Prince ou le même Référendaire ; quoique gardés en des lieux éloignés, repréfentent la même main, le même fceau , la même écriture , le même ftyle, les mêmes formules. 50. Que comparés avec des chartes faufles, ils en foient diférens. A ces conditions , ils veulent bien admettre des diplômes, qui fervent de règlesaux autres.

Mais, i°. de la manière que ces règles font propofëes; il paroit qu'on n'a eu pour but d'une part, que d'en rendre la pratique impoffible, 6c de l'autre de faire entendre que Dora Mabillon reduifoit tous les principes de la Diplomatique à des modèles, qu'il ne penfà peut-être jamais à donner pour règles^ Supofons néanmoins .qu'il eût prétendu les élever à ce de^ré d'autorité ; il s'agit ici de modèles des chartes de la première & féconde race : & l'on exige qu'ils foient autorifés par de femblablcs monumens , tirés des dépôts publics : comme fi ces dépôts n'étoient pas poflêrieurs de quelques fiècles à l'extinction de la féconde race ! Au lieu de demander le fufrage des

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