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SEC. PARTIE. _
Sic T. I. ~

CHAPITRE XL

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Liqueurs , dont on a ufé pour écrire.

t. T 'encre des anciens n avoit de commun avec la nôtre, I / que la gomme & la couleur. On l'apelloit atramentum feriptorium (a) ou Ubrarium, pour la diftinguer de Xatramentum futorium ou calchantum. Au lieu que l'encre d'aujourdui eft compofée de vitriol, de noix de galle & de gomme ; le (b) noir de fumée ou la fuie de la réfine ,dc la poix , des torches & des fourneaux étoit comme la bafe de celle des anciens. A la fuie on fubftituoit le tartre ou la lie de vin, l'ivoire brûlée , les charbons pilés. L'encre, dont on fe fêrvoit pour écrire; quelles que fufTent les. drogues , dont elle étoit compofée t fe faifoit toujours au foleil , & peutêtre jamais au feu. Telle étoit l'encre du tems de {c) Diofcoride & de [d). Pline le Naturalifte. Elle n'étoit pas encore diférente au VII. fiècle, conv me le prouvent les* origines (e) de S. Ifidore de Séville.

Les Juifs & leurs Rois mêmes, {/) s'il en faut croire leurs Rabins, ne pouvoient tranferire les livres faints, qu'avec de l'encre , compofée de noir de fumée , d'huile de poix ou de fuif , mêlée avec du charbon & du miel j. le tout diiïbus. dans l'infufion de noix de galle. Toute autre couleur leur éroit interdice. Mais comme cette prétention ne s'acorde pas avec Jofeph,elle peut conftater l'ufage moderne des luifs , mais non pas celui de leurs ancêtres.

Les peuples feptentrionaux préparent leur encre avec la fé» che &: l'alun. Les orientaux y emploient aulfi la féchc. Parmi les anciens, les Africains faifoient entrer dans la compofîtioo. de leur encre la ( g ) lèche ou le pavot. Les autres n'y admettoient guère, que le fang ou la liqueur de la feche ou du calemar. Allatius (h) dit avoir vu de l'encre compofée de poil de chèvre brûlé. Cette encré cft un peu rougeâtre , luifante, & s'unit fi bien au parchemin i qu'elle n'en fàuroit êrxc détachée & qu'elle ne change point de couleur.

II. L'encre de la Chineeft, comme on fait, très-noire: &: Sec. Partie. il eft plus aiféde s'en ferviravec le pinceau,qu'avec la plume. Seci. I Aufli les Chinois ne conoiffoient-ils que l'ufage du premier. £ "/de la^cn' « L'encre (i) dont ils fe fervent, fe fait du noir de fumée , ne & de* Indes.» qu'ils tirent de diverfes matières, & principalement des pins diférenceentre »ou de l'huile qu'ils brûlent. Ils y mêlent des parfums, qui ^^JS! » corigent l'odeur forte & défagréable de l'huile. « On peut nés. voir, dans l'endroit cité du P. du Halde, diverfes recettes pour JJ u ^u*. faire l'encre de la Chine, les préparations par lefquelles elle *' doit pafleç, les moyens d'éprouver fes diférens degrés de bonté &c.

L'ufage de l'encre de la Chine eft fi ancien, félon l'auteur Chinois, pris pour garant par le P. du Halde ; qu'elle (k) remonte plus de uzo. ans avant l'ère Chrétienne. Mais on ne s'en fervoit alors, que pour noircir les httres gravées. La décoction d'un bois nommé Arandranto fournit aux Indiens l'encre , dont ils font ufage.

Quant à la compoiition de la nôtre; elle étoit inconue aux anciens, ou du moins n'en ufoient-ils, que pour teindre en noir leurs cuirs. Avec quelques-unes de nos encres on n'écrit pas commodément fur l'ivoire : on le faifoit fans peine avec celle des anciens. Ils avoient des tablettes & des livres, non feulement couverts d'ivoire, mais dont tous les feuillets n'étoient pas d'une matière diférente. Scaliger a été relevé par Vofltus, ( l) pour avoir nié, qu'on pût écrire fur l'ivoire : corn- (/) Dtane me s'il étoit permis d'argumenter de nôtre encre à celle des an- Gramm- u ciens. On peut donc faiiir des diférences cara&érifées entre ces 3 deux encres ; quoiqu'après tout on ne laifTe pas d'écrire avec de l'encre commune fur l'ivoire : pourvu qu'elle foit un peu forte.

Des chartes, dont on feroit remonter l'âge fort haut: S. elles fe trouvoient écrites d'une encre entièrement femblable à celle , dont on fait maintenant ufage; pouroient par-là devenir fufpe&es. Mais il n'apartient qu'à des antiquaires trèshabiles & très-exercés, de porter des jugemens fi délicats. Car quoique bien des encres antiques fe terniftent s'éfacent , que quelques-unes deviennent rougeâtres, jaunâtres ou pâles? ces défauts font rares dans les diplômes antérieurs au X. fiècle. On en trouve (m) des exemples plus fréquens dans les Mff. ^^F^z"m' Sec Partie* Cependant Cafley, qui en 1734. a publié le catalogue de ceux S Ec r. 1. du Roi d'Angleterre, atefte que les couleurs des encres font Chap. Xi. auffi vives fur des Mfl*. de mille ans ; que fi elles avoient été apliquées depuis un fiècle. II infifte à la vérité particulièrement fur les lettres en or. Mais on peut porter le même jugement, fur l'encre d'un nombre confidérable d'anciens Mfl". Latins. Ceux des Grecs en écriture courante tirent fouvent un peu fur le rouge , quand ils apartiennent au IX. ou X. fiècle. A l'égard de l'antiquité de l'encre , nous ne citerons {n)Cap. 18. que ces paroles (») de Baruc dans Jérémie : Ego fc%fbebam in •volumiae, alramento.

Quand les livres étoient décorés de lettres initiales, formées défigures de poiffons , d'oifeaux , de quadrupèdes,de fleurs & autres ornemens ; l'enlumineur étoit dilHngué pour l'ordinaire de l'écrivain. De-là tant de MAT. fur-tout depuis le XIII. fiècle, dépourvus de ces lettres lailfées en blanc. Avec quelles pré- III. La qualité de l'encre encore plus que le tems , & dicautions on peut vers accidens, auxquels les chartes & les M{T. font expoles, les lCD" rendent quelquefois indéchirables. Il ne refte alors point d'autre reffourec , que de faire revivre les écritures, dont les traits échapent aux yeux les plus perçans. Quand on prend cette réfolution; il ne faut jamais employer des fecrets de nature, à fournir prétexte à la mauvaife foi. Et fi l'on en veut faire ufage: furtout par raport à des chofes, qui peuvent erre de quelque conféquence ; on doit toujours obferver les précaurions prefcrites par les loix. Par-là, non feulement on fatisfait à fa confeience; mais on ne court pas les rifques de voir les a&es, qu'on produit, rejetés par la Juftice, pour avoir été ablués fans le concours de l'autorité publique. Au refte les perfbnes fans honneur & fans religion ne doivent pas fe flater, d'en impofer aux tribunaux. Si l'on n'y fait pas toujours les fecrets, qu'on aura employés, pour faire revivre l'encre 5 on s'apercevra du moins aifément, qu'on en a employé quelqu'un. D'un autre côté l'on auroit tort d'interdire des fecrets utiles : pourvu qu'on en farte un ufage légitime , & avec fubordination, dans tout ce qui eft de la compétence de la Juftice. ■

Outre l'encre noire 5 les encres d'or, d'argent, de pourpre, les encres rouges, vertes & bleues parohTent fouvent dans lec MIT. mais rarement dans les chartes.

IV. Ces lettres d'ivoire (0) &c de buis (p). qu'on livroit ancien- ■ " ~

r* \ « . SEC PART IE

nement aux ènfans, pour leur aprcndre à lire, en paroiflant Sect. I. fe prêter à leur ardeur pour le jeu , pouvoient être en relief Chap. Xi. ou gravées, ou même écrites avec l'encre ou toute autre li- e &&' queur. Mais les lettre s de fer [q) infcrites fur une petite ftatue dans les Ma* &

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auroicnt-elles déjà commencé à s cfacer ; Cicéron, dans fa VI.

Oraifon contre Verres, parle d'une ftatue , où le nom de My- '* ' g'ca ~7'

ron fe lifoit en lettres d'argent. Selon Macrobe , cité par le P.

Hugue, (r) les honneurs, décernés par le Sénat à Céfar Di&a- ^ Befrimâ

teur, furent écrits fur des colones d'argent en lettres d'or. fcrib.mgi».f. 104..

Mais, fans nous arêter, à une infinité de monumens antiques en lettres d'or te d'argent, célébrés par divers auteurs; obfervons en caftant, qu'il exifte encore un très-grand nombre de MIT. ou elles fe confervent fans altération. Les uns font entièrement écrits en caractères d'or, & les autres en caractères d'argent, d'autres les emploient tour à tour. Nous n'apercevons les derniers, que fur du vélin prefque toujours teint en pourpre , dont la couleur en général tire beaucoup plus fur le violet que fur le rouge. Tel eft le Pfautier de S. Germain Evéque de Paris, confervé dans l'Abbaïe de ce nom. Les lettres d'or au contraire , d'ailleurs beaucoup plus communes, ne fe montrent pas moins fur le vélin non coloré, que fur celui qui l'eft. Elles ne rempliflent quelquefois, que les premières pages des anciens MIT. furtout de ceux, dont on eft redevable au travail des Grecs. Rien de plus fréquent, que d'y rencontrer des titres &: des lettres initiales en or , de quelque contrée qu'ils foient venus. Il n'eft pas rare , que l'or foit apliqué fur le vermillon , uniquement deftiné à lui donner un nouvel éclat. Il ne faut point chercher d'autre raifon, pourquoi l'or* afettoit de mettre l'écriture d'or ou d'argent fur cju vélin teint" en pourpre. On portoit à cet égard la magnificence fi loin ^ qu'il n'eft pas extraordinaire, de voir une feule lettre d'or remplir une page entière. C'cft aparament ce qui indifpofiv S. Jérôme (s) contre ces maffes énormes de livres ,, où (1) h» MPrrf*-*»M*

(i) L'auteur du Dialogue entre un Clunifie nommé Iringus , qui écrivoic vers l'an un Ciflercien , que D. Bernard Pez dit 1160. s'élève contre un abus- beaucoup1 n'être autre qu'un- Ciftercien Allcman , moins confidérable^ que-celui dont-faint:

Sec. Partie. PourPre > l'or & l'argent étoicnt prodigués. Aufli donnoit-il s E c T. i. fur eux la préférence à fes cayers, dont la {Implicite étoit Chap. XI. relevée par une correction plus exacte du texte facré.

Ce feroit un détail immenfe, que de donner le catalogue des Mlf. qui fe trouvent actuellement , dans les tréfors des Eglifes & dans les plus célèbres Bibliothèques -, à defTein de conftater le goût, qu'avoit l'antiquité pour ces fortes d'écritu(t)Der*Hflom. res> Les Evangiles & les canons de la MciTe (t) les plus anf.43.44. ciens font fouvent en vélin couleur de pourpre, & plus fou

vent encore en lettres d'or. Il en eft prefque de même des autres (z) livres de l'Ecriture , de quelques faints Pères , des Pontificaux, des livres de prières àl'ufage des Rois, des préfens en M(T. qu'ils faifoient à d'aucres Princes, ou dont ils ornoient leurs («) Pag. 1. e. 7. Bibliothèques. On peut voir dans la Paléographie (u) de Dom Bernard de Montfaucon pluficurs anciennes manières de pré(x)Chron. God- parer l'encre d'or ,fecrets dont M. l'Abbé de Godvvic (x) fem«*. p. 1 s. déplorer la perte.

Les caractères d'or ne fe montrent pas feulement dans les MIT. Grecs 6c Latins , on les trouve encore dans ceux de presque tous les Orientaux. Il y en a d'Hébreux en lettres d'or, (y) Viagi vie- Pierre de la Vallée {y) raconte , que le Patriarche des Jacobites'

^Lttttrti^vsl ^C vo*r * ^eP un ^vre Syriaque des Evangiles pris par les Turcs en Chipre, & de-là tranfporté à Conftantinople, dont toutes les lettres étoient d'or & d'argent : de forte qu'il ne pouvoit fe voir rien de plus beau &c de plus riche, ni du côté des caractères, ni du côté des miniatures. Ufagedel'or V. Beaucoup de diplômes font qualifiés chryfobulles ou

dans les diplômes. buUes d'or; non parce l'or entre dans les caractères , dont ils font écrits, mais pareequ'ils font munis de fceaux de ce métal.

Jérôme éteit choqué. Il ne s'agilfoit
que de lettres initiales ou capitales en or.
Cependant le Ciftcrcicn porte fi loin fon
zèle pour la fimplicité & la pauvreté;
qu'il blâme comme un travail inutile, de
faire de l'or moulu , pour en peindre de
grandes lettres capitales : aurum mettre
& cum illo mtllito magnas capitales Hue-
ras pingere ; quid cft , niji inutile ey> otio-
fum opus t Nous devons cette obfervation
à O. Maurice Poncet, qui a beaucoup
contribué à pluficurs excellens ouvrages;
le furtout à celui de l'Hiiloire littéraire

de la France, auquel il continue de travailler depuis la mort de D. Rivet avec le même fuccès.

(1 ) Les PP. Martène & Durand, dans leur fécond voyage littéraire , p. 17. il. patient d'un texte des Evangiles d'une beauté parfaite, & dont l'Empereur Louis le Débonairc fît préfent à l'Abbaie de faint Mcdard de Soilfons. » Ce texte , difent» ils, cft écrit en lettres d'or oncialcs: » toutes les pages font en deux colones, » mais ttavaillées avec tant de foin, qu'il » n'y en a pas deux de femblables.

Cependant

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