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CHAPITRE II.

Hiéroglyphes , écriture facrée des Egyptiens.

M. Renaudot , quoique prévenu, que les caractères de la Chine &c les hiéroglyphes n'apartenoient point à un même genre d'écriture ; trouvoit néanmoins , comme on l'a vu , aflcz de raport entre les plus anciens caractères des Chinois , &c ceux qu'on découvre fur les obélifques & les momies des Egyptiens. On peut prendre acte de cet aveu, s'en tenir à l'opinion de la plupart des favans fur une certaine conformité générale entre les hiéroglyphes d'Egypte & les caractères de la Chine. Nous ne la faifons pas confifter dans une relTemblance ni parfaite ni aprochante entre les figures, qui défignent ou les mêmes mots ou les mêmes chofes ou les mêmes penfées ; mais en ce que l'une & l'autre écriture étoit également une écriture de penfées. Nous reconoitrons même , tant qu'on voudra, dans l'écriture Chinoife, des caractères arbitraires & dans les hiéroglyphes d'Egypte,des images repréfentatives & des figures fymboliques : pourvu qu'on nous acorde, que de part &: d'autre tout fe raporte à une écriture, qui parle aux yeux , & par les yeux à l'efprit; qui n'a point befoin de paroles, & qui ne les exclut pas ; enfin qui peut exprimer des mots ,. fans le fecours des fons. Si cependant on veut s'en reporter au Père du Halde ; on ne trouvera pas une fi grande diverfité entre les (i) hiéroglyphes & les caractères Chinois.

SEC. PARTIE.
Sec T. 11. -

(i) sa Comme Clément d'Alexandrie » atribue aux Egyptiens trois fortes de ca»> raéléres , les premiers qu'il nomme épif» tolographiqucs , c'eft-à-dire propres à *> écrire des lettres , comme font ceux de x> notre alphabet, les autres facerdotaux, » propres feulement à des Prêtres, pour 33 écrire les chofes facrées, de même qu'il » y a des notes pour la Mufiquc; & les 33 derniers hiéroglyphiques,propres à être as gravés fur les monumens publics; ce sa qui fc faifoit en deux manières ; l'une par des images propres,ou quiapro

» choient des chofes , que Ton vouloir
» repréfenter , comme quand ils expri-
u moient la lune par un croùTant ; l'autre
» par des images énigmatiques & fymbe-
» tiques, comme ferait un ferpent, qui:
» fe mord la queue , & qui eft plié on
» rond , pour lignifier l'année ou l'éter-
u nité : les Chinois ont eu de tout tems
» une femblable diverfïté de caractères.
» Des le commencement de leur monar-
» chic , ils communiquoient leurs idées „
» en formant fur le papier les image»'
» naturelles des chofes, qu'ils vouloicnt

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I. M. Renaudot paroit avoir voulu contefter dans le texte; qu'on en a raporté plus haut, cette qualité aux caractères Chinois. Mais fa prétention ne paroit apuyée , que fur une méprife. M. Shucxford , auteur d'ailleurs aufli profond dans fes recherches, que judicieux dans l'ufage, qu'il en fait faire, refiife nettement aux hiéroglyphes d'Egypte la prérogative , d'être une écriture (2) de penfees, pour la réduire à celle des fons. •

Mais, en montrant la fragilité des fondemens , fur lefquels le docteur Anglois bâtit ; nous nous conferverons dans la poffeflion , de penfer fur les hiéroglyphes, comme on a toujours penfé. Les Egyptiens avoient certainement diverfes eipèces

Jj exprimer : ils peignoient par exemple ,
» un oifeau , des montagnes, des arbres ,
» des lignes ondoyantes, pour exprimer
« des oifeaux , des monragnes , une fb-
» rêt , des rivières « Defcriftion de la
Chine, tom. r.ptg. 117.Le Père du Halde
va plus loin & foutient, que les carailéres
plus modernes des Chinois ne laijfent pas
d'être encore de -vrais hiéroglyphes: I °. pat-
cequ'ils font compofés de lettres Am-
ples , qui retiennent la lignification des
caractères primitifs, Jj Autrefois , par
Jj exemple , ils repréfentoient ainfi le
>j foleil * & l'apelloient ge : ils le repré-
» Tentent maintenant par cette figure $
« qu'ils nomment pareillement^*. i°.par-
>j ceque l'inftitution des hommes a ataché
» à ces figures la même idée , que ces
>j premiers fymbolcs préfentoient natu-
x Tellement, & qu'il n'y a aucune lettre
» Chinoife , qui n'ait fa propre (îgnifica-
9j tion , & qui ne la conferve , lorfqu'on

Jj la joint avec d'autres. Tfai, par exem

Jj pic, qui veut dire malheur , calamité ,

>j cft compofé de la lettre mien, qui figni

» fie maifon , & de la lettre ho , qui iî

Jj gnific feu : parce que le plus grand mal

Jj heur cft de voir fa maifon en feu. On

•j peut juger par ce feul exemple , que

M les caractères Chinois n'érant pas des

» lettres fïmples , comme les nôtres , qui

« féparément ne lignifient rien , & n'ont

» de fens , que qaand elles font jointes

» cnfcmblc; ce font autant d'hiérogly

»j phes , qui forment des images , &

» qui expriment des penfées. Ibidem.

(t) Jj On ne (a) voit, dit-il, cher les anciens auteurs pas la moindre chofe, qui puifle nous faire foupeoner , que cette manière d'écrire des Chinois ait été en ufage chez quelqu'un des peuples _ venus de Sinhar. Nous ne trouvons en » deçà des Indes point de lettres verira» blement anciennes qui n'aient été emJj ployées à épelct des mots. <*

Il s'objecte enfuite , fut le témoignage de divers auteurs , que les Babyloniens avoient un caractère facré , diférent de . leurs lettres ordinaires , que les Egyptiens avoient aufli trois fortes de lettres, les communes , les factées Se les hiéroglyphiques. C'eft fur quoi les auteurs font partagés. Les uns femblent atribuer aux Egyptiens rrois fortes d'écritures : les antres ne mertent nulle diférence entre lenr écriture facréc & leurs hiéroglyphes.

Porphyre, dans fa vie de Pythaçore, distingue à la vériré deux fortes d'tiéroglyphes: ceux qui par des figures repréièntoient les chofes énoncées en langage commun & les fymboliques, qui par leurs énigmes expiimoient des difeours métaphoriques. Cela peut bien établir une difuaction entre deux fottes d'hiéroglyphes, mais non pas entte les hiéroglyphes & les lettres facrées , comme le prétend M. Shuckford , faute d'avoir entendu le fens des paroles de Porphyre : ..$:•> AiQiy.à xeu:,\c7 vuaa. xara umr;.» ,& ei'uf-Aix-a à\K»ytfJv/Mt*. *<XTa Titàt au.". d'hiéroglyphes. Nous en avons pour garans les Anciens, qui s£c Part^* ont écrit fur cette matière. Parmi ces hiéroglyphes , les uns sECT. Ij; étoient naturels ou parlans ; les autres imitoient la chofe qu'ils Chap. Ii. fignifioient. Un cercle , par exemple , repréfentoit le foleiL D'autres s'expliquoient par des raports de convenance. Ainfi Thippotamc marquoit l'impudence & la cruauté. Plufieurs étoient purement énigmatiques. Tout cela quadre aflez avec le texte de Porphyre cité dans la note.

Qu'il y ait eu en Egypte des lettres ordinaires , des lettres facrées & des hiéroglyphes ; ce fait eft plus propre , à établir au moins deux genres d'écritures tout diferens, qu'à prouver qu'ils étoient également alphabétiques. Mais quand on n'en pouroit rien conclure ; il ne faudroit que l'interprétation de quelques hiéroglyphes , donnée par les anciens , au tems même , où cette forte de littérature fubfiftoit encore , pour renverler le fyftème de Shucicford. Eft-ce qu'un cercle fignifiant le foleil, eft le réfultat de plufieurs lettres de l'alphabet 1 La figure d'un hippotamc , pour marquer l'impudence s eft-ce un compofé de lettres , qu'il faille épeler ; Combien d'autres hiéroglyphes femblables ne pourions-nous pas alléguer d'après les Anciens ? Mais écoutons le docte Anglois. » Si les {b) raifons, ou plutôt les autorités , que je viens de (b) md.p. *4j; >• citer, me portent à croire , qu'il y avoit en Egypte d'anciens *44» „ caraftéres , diférens des lettres vulgaires & des hiérogly» phes communs ; je ne faurois pourtant m'imaginer, comme „ le docteur Burnet, que ces anciens caractères étoient femM blables aux lettres des Chinois. Celles-ci ne marquent au» cun fon ni mot particulier j ce que faifoient les anciennes » lettres Egyptiennes, comme il paroit par ce que nous apre» nons des traductions d'Agathodémon. «

Il n'eft pas prouvé , que les Egyptiens eu fient des caractères , qui fignifiafient des penfées , fins fignifier en même tems des mots, comme il eft fur qu'en ont les Chinois. Mais nombre d'autorités démontrent, que les premiers avoient des caractères ou des hiéroglyphes, qui pris feparément, faifoienc entendre à la fois &: les mots & les notions , qui s'y trouvoient atachées. Les Chinois n'ont-ils pas aufli des caractères, qui fignifient les mots de l'ufage le plus commun ? Ils en ont fans doute. Qui ne fait que l'Empereur Kam-hi avoit écrit, Sec. Partie. Tiea-ci , adorez le Ciel ? Ne font-ce pas là des mots, qu'on s i c T. il. prononce, & qu'on ne laifTe pas décrire ? Voilà donc des caracChap. Il t£res Chinois , qui, comme les hiéroglyphes, rendent également & les mots & les penfées. Après tout, la Chine pouroit avoir plus étendu l'ufage de fes caractères , que n'a fait l'Egypte ; fans que ni les uns ni les autres fuffent de diférente nature , quoique de figure diférente. Dlférence entre 11. Quoiqu'en ait dit (c) le Père Kircher , dans fon livre récriture hiéro- intitulé , China illuûrata , & quoiqu'il puilte quelquefois fe

elyphique & la' i J1r /r Ui

chmoiie. rencontrer comme par hazard certaine rellemblance , entre (c) M. Fréret, les cara&éres Chinois Se les chofes qu'ils expriment : elle dif^îtTinfir \tm 6 Paro*c toujours ; quand on vient à décompofer ces caractères , <ij. pour les ramener à leurs clés ou à leurs racines. Il n'en étoit pas ainli des hiéroglyphes. Us figuroient foùvent les chofes • mêmes , qu'ils défignoient.

S'agifToit-il d'exprimer des paffions , des fentimens , des idées fpirituelles î Les fymboles , les emblèmes & les énigmes, formoient une féconde clalTe d'hiéroglyphes. La nature fburnifToit alors des images, qui par des allégories donnoient du (W) Ibidem. corps à des chofes , qui n'en avoient point. » Par (d) exem» pie , chez les Egyptiens, un œil ouvert Se pofe au bout d'un . . » bâton défignoit la prudence dans le gouvernement d'un

« Etat Se la Providence. « Dans la figure a un œil au bout d'un bâton , pour fignifier la prudence humaine ou la Providence divine , aperçoit-on des lettres , qui puiflent compofer un mot?

'Antiquité deshié- III* Cependant M. Shucicford croit l'opinion contraire déîcglyphes : exa- montrée par un texte (e) de la Chronique d'Eufebe , tiré de %ZnÀw kta Manéthon. Ce prêtre des idoles dédia à Ptolémée Philadel

«1 Euicbc, tiré de , , . . f _ . , , . . .

Manéthon. phe les antiquités Egyptiennes, après les avoir traduites en (*)Eufà,Chnm. Grec des livres du fécond Mercure Egyptien , nommé Aga

t4it.Seslii*r.f.6. tno(j^mon ou Trifmegifte. Celui-ci les avoir compofées des inlcriptions, que le premier Mercure , autrement Taaut ou Thoyth, félon Eufebe , avoit gravées fur des colones, qu'il avoit érigées dans la terre de Sériade.

Le dofteur Anglois voit dans le texte allégué , que les monumens de fon (3) Thyoth, écrits en langue &: en lettres lacrées étoient compofés de vraies lettres de l'alphabet;

* (?) Ccft ainli qu'il l'apellc coaftamment.

pareeque parceque le fécond Mercure les traduifit en grec , après (4) M C PAr^Tif le déluge. » C'eft-à-dire , ainfi parle (f) M. Shucicford , qu'il s i c T. 11. « changea bien la langue , mais qu'il fe fervit des mêmes ca- c H A p. 11. » ra&éres. Cela nous aprend donc , que les lettres facrées pou- mlJ}t% TM£ * M voient fervir, à exprimer les mots de diverfès langues, tou- p*g. 144. » tes diférentes : & par conféquent , qu'elles n'étoient point >» de la même nature , que les lettres des Chinois, ou que les » caractères , que les hommes employèrent au commence» ment. «

Mais le texte , dont on ne cite que quelques lambeaux détachés , efl: fi obfcur , fi confus &C même fi abfurde ; qu'il doit palTer pour avoir été étrangement altéré par les copiftes, Eft-il en efet probable , qu'un contemporain • de Moyle , ait traduit, pour l'ufage des Prêtres de fa nation, les plus anciens monumens de l'Egypte, dans une langue {{) étrangère , inconue ou du moins , qui n'avoit alors aucune célébrité ? N'étoit-il pas naturel, que d'inintelligibles qu'ils étoient par les changemens furvenus dans la langue, durant une fucceflion de plufieurs fiècles ; ils fulTent mis à la portée des prêtres , par une verfion de la diale&e facrée dans la commune ? Ils étoient d'ailleurs afTez à couvert des yeux du profane vulgaire par les hiéroglyphes, qui leur fervoient d'envelopes , & par les tréfors des temples, où ils étoient renfermés- A quel deflein Agathodémon auroit-il donc traduit en grec les inferiptions facrées de l'ancien Mercure ? Si le texte en queftion étoit aufli pur, qu'il eft vifiblement corompu ;ne vaudroit-il pas mieux rejeter le fait , comme un conte ridicule , forgé par Manéthon ; que de le regarder comme un fondement fohde , fur lequel on pût bâtir des fyftèmes?

enfemble. Si l'on en croit Diodoredc Si-
cile liv. V. Sais en Egypte fut bâtie par
les Athéniens , avant le déluge de Deu-
calion, Se la ville de Memphis fondée par
Apis Roi d'Argos : comme il eft porté
dans le L livra des Arcadiques d'Ariftip-
pe, cité par S. Clément d'Alexandrie au T.
de fes Stromates. Mais quand ces faits
(croient indubitables; ils ne rendroienc
jamais vraifemblablc la traduction Gré-
que des inferiptions de Thoyt par Aga-
tnodémon , à l'ufage des prêtres Egyp-
tiens : à moins qu'on ne prouve , qu'ils
étoient obligés, de favoir le grec.

(4) Ceux qui tiennent pour la réalité des déluges d'Ogyges & de Deucalion doivent entendre ce fait du premier , que les uns difent être arivé en Egypte & les autres en Achaïe, du tems du Patriarche Jacob , plutôt que du déluge univerfcl. Mais dans cette fupo/îtion ; il ferait encore bien étonant, que dès-lors le fécond Mercure eût traduit les anciens monumens de la dialecte facrée des Egyptiens en grec , & avec les caractères hiéroglyphiques.

(5) On ne prétend pas , que les Grecs te les Egyptiens n'euflent aucun raport

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