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SEC. PARTIE.

S E C T. II.

Chip. XI.

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'ouTofcan. Les deux premiers alphabets ne font compofes ,
•que de dix-fept lettres, & les quatre autres de dix-huit : par-
ceque le i, après avoir paru à fon rang , fous la figure de l'Fi
£'y reproduit a la fin, fous celle de FV ou de FT. Voilà ce que
Chishull apelle l'alphabet de la nature, l'alphabet du-monde.
Saint AugulHn (/) foutient, qu'un enfant élevé par des muets, (f)Lib.de
ne parleroit aucune langue; à moins qu'il ne fe trouvât dans
la fuite avec d'autres perfones, de qui il pût aprendre à par-
ler. D'où l'auteur de la Bibliothèque du Vatican (g) conclut,
qu'il n'eft donc point de langue naturelle à l'homme. A bien
plus forte raifon n'eft:-il point d'écriture, qui lui foit natu-
relle, à l'exclufion de toutes les autres.

Les cara&cres ajoutés après coup à ceux de l'alphabet naturel font, fuivant Chishull, compofés de quelques lettres primitives. Tels font chez les Hébreux (4) le \, le u, le p, le y & ie p. tels chez les Samaritains les mêmes lettres * : tels chez les Grecs le z, le 0 & le S, & tels chez les Latins le G & le Q. Chaque colone des alphabets fait fentir du premier coup d'oeil les raports , qu'ont entr'elles les lettres antiques des divers peuples, à qui ces alphabets apartiennent. Le do£le Anglois s'étone, que les Scaligers & les Montfaucons aient confondu dans leurs alphabets les lettres primitives avec les feconduites.

Cependant D. Bernard de Montfaucon a du moins diftingué ailleurs les diférentes additions , faites à l'alphabet des Grecs. S'il n'en a pas ufe de même pour le Samaritain j c'efi: qu'il ne conoiffoit point cet alphabet de la nature , dont

les inscriptions, trouvées dans les païs, habités par les anciens Tofcans.M. Bourguet eft le premier , qui foit parvenu à lire exactement les-écritures Etrufqucs , & qui ait donné des alphabets au Public , propres à lui faire déchifrer les anciens monumens de cette nature. Voyez le livre Italien intitulé Saggi di dijftrtazjoni Àccademiche pubUtamente Une ntlla nobile Accadtmia Etrufia delï antichifftma eittk di Cortona. t. i. T>i(fert. i. Du Ph. Etrufquc , Chishull en a fait le B , du P le C , de VF ou du B le P. Les autres auteurs , qui l'ont précédé n'ont pas mieux «éiuTi.

Tome L

(4) Ces cinq lettres forment la /èp ticme ligne de la table de Chishull. La huitième eft compofée des mêmes caractères Samaritains. La neuvième du Z , du 9 , & du B des -Grecs avec, leurs deux epifémon * & J. La dixième ne comprend , que le G & le Q. des Latins. Voyez notre planche VI. n. XIII. Nous n'adoptons que les premières lignes de Chishull. Les augmentations préten-. dues ou réelles, reparties fur les quatre autres lignes ; nous les rangeons à leur place , en diltinguant par une étoile chacune des lettres , qu'il croit ajoutées aux premières long-tems après.

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SEC. PARTIE "Sec x. II. Cm A P. XI.

Chishull fàit auteur Dieu même. Les augmentations , qu'ont reçu les alphabets Grec & Latin, font constatées par une foule de témoignages. Mais fiurquoi font fondées celles, qu'on fupofe avoir été fakes à l'alphabet Hébreu >. Chishull n'apuyoit cette idée, que fur des argumens de convenance & des conjecturesMais M. Bernard autre Prêtre Anglican ,. dans fes. notes fur . (h) Hifl. du me>p- YHifoire du ?nonde de Slmcxford, a cru {h) pouvoir étayer la it,uï.f.i.si. même opinion, d.e l'autorité de S. Irénée. » Il n'y a „ dit-il k , » pas d'aparence > qu'il y ait eu un fi grand nombre de lettres k M dans Je premier alphabet des Hébreux. Irénée dit ( 5 ) exprefle» ment , que les premières & anciennes lettres Hébraïques > » celles qu'on nomme Sacerdotales, n'étoient que dix en nom» bre. « Le S. Doutent ajoute £/) tout lie fuite 1 Scribuntnr autem fer XV. xevijjimâ lit ter a copulatk prim** Voilà donc déjà plus de dix lettres Hébraïques. Mais D. Mafluet. (k\ èc Feuardent (l) font voir dans leurs (<$) notes, qu'il ne s'agit ici, que de ces dix premières lettres, confédérées , en tant que numérales & opofées aux Gréques.

On veut bien , que les Egyptiens ou plutôt les Phéniciens, qui firent adopter aux Grecs les lettres Orientales, fe foient contentés (7) de leur en communiquer dix-fept : pareequ elles

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(j) Ipftt antiqui & primt Uebrtorum littert (jp facerdctalcs nuncttpatt , decem tjnidem Junt numéro. '•

(6) Ajoutons à Jeuts remarques i.°. que fainx Irénée, par antiqut , ne prétend pas diftinguer deux fortes de lettres- Hébraïques ; mais en général les mettre en opoiition avec les Gréques , qu'il regardoit à jufte titre comme plus récentes-. 1°. que primt. défîgne ks premières lettres' de l'alphabet, & non pas les plus anciennes. Jp. que l'interprète Latin aurait dû rendre fiicrt le motiigÀ, qu'il a traduit faeerdotales. Outre que ks lettres Hébraïques paffûiemt pour facrées , par l'uûge qu'on en faifoit dans ks livres faints; en qualité de numéraks , ks dix premiers élémeas fbrmoient la première décade de nombres- ou d'unités: & fous ce rapon ils fer voient de fondement aux autres. Les anciens, comme on fait, atachoientaux nombres des idées myftérieufes. Mais les dix premières lettres nurnéra.les:> icorjfidéréçs comme la bafe &

le principe des nombres fùivans , Icnibloient avoir un droit encore plus particulier fur leur vénération. Le nom de

| facrées , qu'on leur apliqua , trouvok donc ici un motif légitime : & l'on ne faureit rkn en conclure, poar retrancher une douzaine de lettres de l'ancien alphabet des Hébreux.

(7) On a grand fujet de penfer , que ks Phéniciens communiquèrent aux Grecs toutes leurs lettres ; mais que k peu d'ulâge , que firent ces derniers de quelquesunes , ks ont dérobées en partie aux recherches des favans. Les épifemon répondent trop fenfiblement aux caractères Hébreux , Èc l'on a trop de preuves, qu'on ne s'aviia pas d'abord , de rendre les lettres numérales ; pout douter fi leur première inftitution fut, d'exprimer uniquement les mots , où elles pouvoieat entrer. Leur non ufage à cet égard chez les Grecs ,. ne vint que de ce qu'ils pouvoient s'en • paâer dans leur langue.. A ce compte

: leur alphabet n'aura été augmenté >, que.fufifoicnt, pour rendre toutes les expreflions de la langue Gréque. S'enfuit-il que les Phéniciens n'eufTent pas d'autres caractères , réferves pour les fons propres à la leur?

L'auteur Anglois, au défaut de preuves de fait, nous débite (m) de pures imaginations. A l'entendre les cinq lettres Hébraïques, qu'il veut rétrancher de fon alphabet naturel, furent introduites par les MalToretes avec les points voyelles: comme fi ces cinq lettres ne fe trouvoient pas également dans le texte Samaritain, plus ancien que la captivité. Contre le fentiment ordinaire des fàvans, &: fans aléguer nul motif, qui l'oblige à les contredire; il place les MalToretes immédiatement après la captivité de Babylone. Il avance même, qu'ils employèrent ces prétendues lettres de nouvelle création, en tranferivant les Pfeaumes {%) alphabétiques XXIV. & CXIX. Ceft-à-dire qu'ils touchèrent au texte facré, fans craindre de le corompre par des interpolations énormes.

III. Le Pfeaume CXIX. ou pour compter à notre manière, le CXVIII. eft compofé de huit alphabets. Toutes les lettres de l'Hébreu commençant fucceffivement huit verfets de fuite, paroiffent chacune à leur tour , fans qu'il en manque une feule. Voilà donc quarante verfets ajoutes par les Maftbtetes, avec cinq nouvelles confones huit fois répétées. Si, comme Chishull le prétend , elles ont été fubftituées aux voyelles, dont les points avoient pris la place; il aura falu bouleverfer ce Pfeaume d'un bout à l'autre &c l'altérer entièrement: d'autant plus que les prétendues nouvelles confones n'ocupent point le rang des voyelles. En effet il ne faut qu'ouvrit les yeux, pour voir, dans les Pfaumes & autres Cantiques alphabétiques , ces voyelles difpofées chacune à leur place

SEC. PARTIE.
Sici. II.

Chap. xr.

(m) AfUiqmtatH Afiat. tMp. 16.

Alphabet de la fainte Ecriture,

de Ces quatre ou cinq dernières Ictrres. Comme les langues en fe poliflanr perdent leur rudertc primitive ; tels élémens qui étoient d'abord néceflaires à la langue Gréque , auront dans la fuite celfiS d'être employés. Mais ils ont toujours fervi depuis en qualité de nombres : preuve qu'ils entrèrent dès-le commencement, ou du moins au tems de Cadmus , dans leur alphabet fur le pié de lettres ; s'ils ne furent pas admis dans leur difeours. On ae bide pas néanmoins, de rencontrer

divers exemples de fufage de Vépi/emen
quepa en qualité d'une vraie lettre. Span-
heim en cite ptufieurs d'après les plut,
anciennes médailles , où cet fpifemm a.
la valeur du Q. Voyez Spanheim. DùTert.
1. dt pntJltnti & ufu numis. p. jo.

(8)Chishull ne paroit pas avoir connu
d'autres alphabets dans les livres lacrés.
Tous les Pfeaumes alphabétiques n'é-
toient pas non plus connus fous ce ra«
porta faint Jérôme.

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naturelle , fans préjudice des cinq conlbnes , auxquelles on

^sect^t*^ rcr"^e une antiquité égale à celle des autres. CHAr. XI. Le feul •) ne fe trouve plus dans le Pfaume XXXIV. Mais le même accident eft arivé à quelques confones dans d'autres. Pfaumes alphabétiques. Tel eft le Pfaume IX. où il manqueplufieurs lettres du milieu de l'alphabet , fans pour cela que ni le f ni le a en ait été exclus -, ni que les voyelles en aient été rétranchées. Le Pfaume XXV. alphabétique a du furabon-' dant par la. répétition du -] & celle du 3 ,. placé dérechef à la. fin: comme on le voit en plufieurs autres alphabets ; quoiqu'il ne laifiTe pas d'y tenir fon rang ordinaire : ce qui montre que les Hébreux ont diftingué dans leur fi deux fons, répon-t pondans au n & au $ des Grecs. Cette diftinction de deux fortes de ej n'a pourtant jamais été généralement ni même communément admife- dans leur alphabet. Il y a plus : S. Jérôme {n) ïnif*y.t. i. dit & répète [n) plus-d'une fois , que les Hébreux n'ont point

in D-wi. f. 11. in le n , mais le * ou Phi,

Luc.^i d* nu. pfcaumc XXXVII. ou félon notre vulgate XXXVI. eft encore alphabétique. Aucune des lettres, que Chishull relègue au fécond rang, n'eft mife à l'écart. Le feul j; ne s'y trouve point. Car pour le j-|, il y eft réellement, quoique ofufqué par un ^ , qu'il faut fuprimer. comme une lettre fuperfliie, & qui a été fourée mal à propos dans le texte.

Les Pfaumes CXI. & CXII. tiennent un rang diftingué parmiles alphabétiques. Comme ils font très-courts , chaquelettre de l'alphabet ne commence point chaque ftrophe, mais, chaque vers. Ces vers font (9) heptafyllabiques:, tels à peu près que les Anacréontiques. Rien de plus fréquent dans les Pfaumes, que cette forte de vers. Il ne manque pas une feule lettre de l'alphabet à ces deux Pfaumes : mais le 1 ne fe trouve ■ point dans le GXLV. qui eft le dernier des alphabétiques.

L'âge de ces divins Cantiques remonte au delà du retour de la captivité de Babylone. Plufieurs font intitules de David: infeription qu'on auroit évitée; s'ils étoient d'une date plus, récente ,que cette captivité. Le XXXIV. porte en titre , .qu'il1 fut cpmpofc , lorfque ce faint Roi fuyoit devant Abfalom.. •

l'autre au -milieu: ce qui ne paroit p«

(9) Saint Jérôme les qualifie trimét«s ; mais il faudrait pour cela joindre enfemble deux lettres alphabétiques; enfortc que l'une fût au commencement^

naturel. Il l'cft bien plus^ que chaque vers-
ait pour première lettre chacun des
mens de l'alphabet. ,

Salomon termine fes Proverbes par leloge de la femme s~~^~^> forte,.ea forme de cantique alphabétique. Aucune lettre de hs'ECT. Ii.ie* l'alphabet Hébreu n'en eft banie.. Chap. XI,

Trois des Lamentations de Jérémie font Amplement alphabétiques , &Aine quatrième eft compofée de trois alphabets , qui marchent enfemblc d'un pas égal. Le premier des alphabets de Jérémie eft tout-à-fait régulier. La feule irrégularité ,~ qu'on remarque dans la féconde & quatrième Lamentation par raportà l'alphabet ,.c'eft que le fl. eft tranfpofé après le y. La même irrégularité eft d'autant plus ffapante dans la troiueme lamentation, que l'alphabet y eft triple. Or nulle de ces irrégularités ne favorife le fyftème de Ghishull, & tous ces alphabets antiques lè fapent par les fonderhens. Quoi de plus antique & de plus refpectable, qiîe ces alphabets facrés ? C'eft donc de là , qu'il faut partir , pour juger des lettres , qui ont originairement compofé l'alphabet des Hébreux; avant que leurs lettres éprouvaftent les changemens, fur lefquels les favans ont tant difputé..'

IV. Quoique nous ayons déjà fufifamment juftifîé le parti Pourquoi l'on que nous prenons , de donner des alphabets de toutes lesécri-- ?*Itr if\,cs

^ It- t r i i • • alphabets Oncn

tures. d i-urope, ou qui leur iont. unies : nous voulons bien taux & aunes, di

encore alcr au-devant des objections de ceux, qui n'ayant de &rens <k ceux des

goût que pour les chartes , ne voudroient rien trouver dans Latins"

une Diplomatique d'étranger à cet unique objet. D'autres per

fOnes, dont les vues font-plus étendues penfent bien diférem

ment : èc nous devons nous prêter un peu à leurs defirs. La

conoiflance des anciens diplômes paroit inféparablc de celle*

des M AT. & elle l'eft d'une façon toute particulière par raport

à l'écriture. Quand elle le feroit moins; le célèbre ouvrage"'

de la Diplomatique , donné par D. Mabillon, amis dans lanc

ceflité ceux , qui publiront après lui des traités complets'fur' • •' «

le même fujet, de faire marcher de pair avec les chartes les

écritures propres aux diplômes & aux Mff. Il a même ofert au

public quelques prémices des caractères étrangers :&c ceux qui:

l'ont fuivi, rie fe font pas renfermés dans des bornes auflit

étroites. Nous croyons pouvoir ,Sc devoir même en. - cela--les*

prendre pour modèles;

Si donc nous publions des alphabets-FLuniques, Grecs-Si.: même Orientaux ; ce n'eft point pour faire une vaine parade;

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