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et c'était une alfaire capitale pour les vieilles femmes de la cour de décider du mérite d'un prédicateur. Le jésuite l'emporta pour la célébrité sur l'oratorien. Il viendra un temps où pour les mettre d'accord,‘ on les oubliera tous les deux, et ce temps n'est pas loin.

— M. Carrelet, docteur en théologie et curé à . Dijon, vient de nous gratifier de quatre volumes d'0Euvres spirituelles et pastorales. Pour moi, je m'en tiens aux pastorales de Théocrite, de Virgile et de Gessner.

— On a gravé le portrait de plusieurs de nos acteurs et actrices de la Comédie-Française, qui sontdesprédicateurs d'un autre genre; mais ces portraits sont horriblement exécutés et n'ont pas même le mérite de la ressemblance.

— M. Beauvais, de l'Académie de Cortone, vient de publier une Histoire abrégée des empereurs romains et grecs, des impératrices, des césars, des tyrans et des personnes des familles impériales, pour lesquelles on a frappé des médailles depuis Pompée jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs sous Constantin XI V, dernier empereur grec; avec les légendes qu'on trouve autour des têtes des princes ou princesses, la liste des médailles connues de chaque règne, en or, en argent et en bronze, le degré de leur rareté et la valeur des têtes rares. Trois volumes in-fl2, chacun de près de cinq cents pages. (le titre vous donne une idée de l'ouvrage. L'auteur s'est principalement attaché à. la partie des médailles. Il donne un précis de la vie et du caractère de chaque personnage. Son livre peut servir dans le débrouillement de l'histoire romaine, sans lui donner une trop grande autorité. Le crédit et la réputation de pareils ouvrages ne peuvent s'établir qu'avec le temps.

— M. l'abbé Pluquet nous a donné, il y a quelques mois, un livre de la Sociabilité‘ qui n'a pas fait fortune dans la société. Ce n'est pas qu'on n'ait cherché à . lui faire une réputation; les ouvrages médiocres trouvent toujours des prôneurs. Le plus grand nombre est naturellement disposé à . faire cause commune dans ces occasions, parce que, sans s'en apercevoir, on défend sa propre cause. Mais ces mouvements imprimés au public par les partisans de la médiocrité n'ont ordinairement nulle suite, et le livre meurt au milieu des éloges qu'il reçoit; c'est ce qui est arrivé à. la Sociabilité de M. l'abbé Pluquet. L'auteur croyait cependant que cet ouvrage manquait au monde. S'il avait étudié son droit naturel dans quelque université protestante en Allemagne, il aurait vu qu'il n'y a point d'écolier à . qui on n'explique les idées de son livre dans un meilleur ordre. avec plus de justesse et de clarté: car il n'a pas même le mérite de la méthode, qui au moins devrait être exclusif aux écrivains médiocres. Il n'a pas non plusle mérite d'un style exact, concis, correct. Ne perdez pas, je vous en conjure, votre temps avec la Sociabilité de M. l'abbé Pluquet. J'oubliais de vous dire qu'il n'a pas non plus le mérite d'un brin de philosophie; mais cela est tout simple : M. l'abbé Pluquet fait des livres pour avoir des bénéfices. C'est son premier but; les autres sont tous subordonnés à . celui-là.. Il est un de ces barbouilleurs qui publient tous les deux ou trois ans un livre dans lequel ils rabâchent ce que les autres ont pensé. Nous lui devons déjà . un Examen du fatalisme et un Dictionnaire des hérésies. Il voudrait qu'on établit en France des écoles de morale et de politique. Je l'en fais premier pédagogue, à . condition qu'il n'imprime plus rien. Il peut pourtant compter qu'aussi longtemps que les prétres auront en ce bon royaume voix au chapitre, l'étude du droit naturel sera tacitement regardée comme contraire à. la tranquillité de l'Église etdel'État. Sans la réformation du xvr° siècle, je soutiens qu'il n'existerait pas une seule chaire de droit naturel en aucune université de l'Europe, et que le droit canon n'aurait jamais laissé expliquer le droit des gens.

1. Paris, 1767, 2 vol. in-l2.

—M. Descamps, peintre du roi, de l'Académie royale de peinture, a fait un Discours sur l'utilité des établissements des écoles gratuites de dessin, en faveur des métiers, et ce discours a remporté le prix dont on a laissé la disposition au jugement de l'Académie française. Ces écoles gratuites de dessin en faveur des métiers ontété établies depuis peu sous l'autorité de M. de Sartine, lieutenant général de police, et sous la direction de M. Bachelier, peintre du roi. il me semble qu'il était assez superflu de démontrer leur utilité par du verbiage ; personne ne peut en douter. Elles seront même utiles à.M. Bachelier, parce que la plupart des élèves voudront perfectionner par des leçons particulières et bien payées ce qu'ils auront appris dans le

cours des leçons gratuites. Si vous vous rappelez les tableaux de M. Descamps exposés au dernier Salon, vous désirerez pour sa gloire qu'il manie mieux la plume que le pinceau; c'est ce que je lui souhaite aussi.

— Depuis que l'Enryrlopédie, non-seulement sans encouragement, mais malgré la plus opiniàtre et la plus absurde persécution, a entrepris et achevé la description de tous les arts et métiers, l'Académie royale des sciences, honteuse apparemment d'avoir reçu du roi pour cet objet tous les ans l30,000 livres depuis quarante ans sans avoir rien publié, a commencé enfin de faire de son côté une description des arts et métiers, et à . la publier par cahiers. A ce recueil appartient sans doute l'Art du Facteur d'orgues, par dom Bed0s de Celles, bénédictin, in-folio de Zcent quarante-deux pages et 52 planches. Ce cahier vient de paraître. Les grands facteurs d'orgue sonten Allemagne.

— Loisirs (1' un soldat au régiment des gardes-françaises. Petite brochure in-12 de cent trente-deux pages‘. C'est un recueil de lieux communs sur la religion, sur le service, sur les ordonnances militaires. L'auteur est réellement soldat aux gardes. On dit qu'il a porté autrefois le petit collet; mais se trouvant plus de goût pour le métier des armes, il l'a troqué contre la cravate rouge. Vu son premier état, il n'est donc pas si singulier qu'il sache ramasser et débiter des lieux communs. On a voulu faire une réputation à . cette rapsodie, et comme l'auteur se montre très-religieux, les curés de Paris s'en sont mêlés. Ce sont des pauvretés qui ne méritent pas le quart d'heure qu'on leur donne. Le soldat a dédié ses Loisirs à. ses camarades du régiment des gardes-françaises; et tout de suite il s'est trouvé un autre barbouilleur qui a fait une Ih’ponsäaux loisirs, au nom du régiment. Cette réponse est un autre recueil de pauvretés.

— Mélanges de maximes, de réflexions et de sentences chrétiennes, politiques et morales, par M. l'abbé de La Roche ancien éditeur des Pensées de M. le duc de La Rochefoucauld. Petit in-l2 de trois cent cinquante pages, contenant une fourniture de quinze cents sentences. Radotage d'un vieux bon prêtre. '

1. (Par Ferdinnnd Dcsrivières, dit Bourguignon.) Plusieurs fois réimprimés.

— Géographie moderne, utile à tous ceu.t qui reulent se perfectionner dans cette seierwe, et où l'on trouve jusqu'auw nations les plus simpleedont on a facilité l'intelligence par des figures pour la mettre à la portée de tout le monde, par M. l'abbé Clouet. In-folio, contenant soixante-huit cartes. Jugez, par le galimatias de ce titre, si l'auteur peut mettre quelque chose à. portée de qui que ce soit, et donner à . la jeunesse des notions simples.

— Analyses comparées des eaux de 1' Y vette, de Seine, d'Areueil, de V ille-d'Avray, de Sainte-Reine et de Bristol. Petit écrit de quarante-six pages. L'eau de Seine, fort décriée hors de France parce qu'elle incommode presque tous les étrangers dans les commencements de leur séjourà . Paris, passe pour très«salubœ dans cette capitale, et un Parisien se croit très à . plaindre quand l'eau de Seine lui manque. L'eau de Ville-d'Avray près de Versailles est celle dont boit le roi: Il. Deparcieux, mécanicien de l'Académie des sciences, a depuis longtemps un projet de donner de l'eau à . toutes les maisons de Paris, en y amenant la petite rivière de l'Yvette, qui coule au-dessus de Paris. Pour faciliter ce projet, il a fait analyser cette eau ainsi que les autres que vous trouvez nommées ci-dessus, par une commission d'habilçgs médecins chimistes que la Faculté de médecine 3. nommée pour cet effet. Cette commission a trouvé l'eau de l'Yvette excellente, et elle déclare l'eau de Bristol la moins légère de celles qu'elle a examinées. Je ne sais si cet arrêt lui fera perdre sa réputation. Quant à . moi, je me moque à . peu près des analyses et des systèmes établis sur les théories à . perte de vue, et m'en rapporte sur tout cela tout simplement à. l'elfet età . l'expérience. M. Deparcieux a depuis longtemps son projet dans la tête; mais il ne l'exécutera jamais. Si l'on veut donner de l'eau à . Paris, pourquoi ne pas tout uniment élever un aqueduc au-dessus de Paris sur les bords de la Seine? Par ce moyen ou en distribuera aisément par toute la ville, et l'aqueduc pourra faire une décoration digne d'une grande capitale; mais nous ne sommes pas dans le siècle des grandes entreprises.

SEPTEMBRE.

1" septembre 1767.

On a donné sur le théâtre de la Comédie-Française, le 26 du mois dernier, la première représentation de Cosroès, tragédie nouvelle par M. Le Fèvre. Tout ce qu'on connaît de ce M. Le Fèvre, c'est une ode sur la mort de M. le Dauphin; or comme je me flatte que vous ne lisez pas les odes, il faut vous faire connaître III. Le Fèvre l'odaïque par son coup d'essai dramatique.

Avant la première représentation de sa pièce, l'auteur a en l'attention de prévenir le public dansles feuilles hebdomadaires que son Cosroés n'a rien de commun avec celui de Rotrou, excepté le nom. Son sujet est tout entier d'imagination : liberté que M. de Voltaire a introduite sur la scène française au grand détriment de l'art, et dont tout écolier qui sait accoupler des vers se croit en droitd'user pour nous ennuyer de ses inepties. Remarquez que les sujets d'invention manquent presque toujours de couleur et de force dans les détails. Dans un sujet historique, l'histoire même fournit presque tous les traits des principaux personnages, et un poète habile n'est embarrassé que du choix; dans un sujet d'imagination, l'auteur est obligé de tout créer, et nos poèles n'ont que trop prouvé, ce me semble, qu'ils ne possèdent pas le secret de Dieu, qui consiste à . faire quelque chose de rien. M. Le Fèvre pouvait se dispenser d'en administrer une nouvelle preuve pour son Cosroès, monarque asiatique, contemporain de l'empereur Justinien. Commençons par faire connaissance avec les principaux personnages de cette tragédie; les subalternes passeront en revue à . mesure qu'ils se présenteront.

Cosroès, qui donne le nom à . la pièce, est un roi persan ou arabe, car le nom de son empire et de sa résidence m'a échappé au milieu de toutes les conspirations auxquelles ce pauvre roi est exposé. Il est l'adorateur du soleil, fidèle au culte de ses pères; mais son empire est inondé de chrétiens, et ces chrétiens

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