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de faire des épigrammes. Dans celle que vous allez lire, il a accouplé l'auteur de Bélisaire avec son détestable parodiste, l'avocat Marchand, qui a publié une parodie de Bélisaire sous le titre d'Hilaire.

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— On a donné ces jours derniers, sur le théâtre de la Comédie-Italienne, un opéra-comique nouveau en deux actes, intitulé le Double Déguist‘ment. La pièce est de M. Houbron, et la musique de M. Gossec‘. Unejeune fille se déguise en homme, un jeune homme se déguise en fille. Tous les deux se sauvent sous ce travestissement de chez leurs parents, qui voulaient les marier contre leur gré. Tous les deux se rencontrent dans une hôtellerie sans se connaître, et deviennent épris l'un de l'autre. Tous les deux sont surpris dans cette hôtellerie par leurs pères, qui ont couru, après eux, chacun de son côté. Voilà . l'idée d'une pièce dénuée de toute vraisemblance et exécutée de la manière du monde la plus détestable. J'ai admiré la patience du parterre de n'avoir pas étourdi le sieur Houbron à . tout jamais à . force de silflets. Il en faudra aussi à. M. Gossec, s'il continue à. travailler avec les Houbrons et les Desboulmiers. Cette pièce n'a eu qu'une représentation.

Il a débuté sur ce théâtre un acteur nouveau, nommé Vendeuil, dans les rôles de Clairval. Cet acteur, qui est de la troupe particulière de M. le duc de Noailles, n'est pas mal de figure, il a la voix passable; mais il est froid et maussade. Clairval est déjà. un amoureux honnêtement froid; si son double est encore

1. Le nom de cet auteur, mentionné par Grimm. est resté inconnu à . Quérard: l'Almanach des Spectacles indique M. A... comme auteur du Double Déguisement

plus transi que lui, ces deux amoureux nous gèleront cet hiver infailliblement. Deux petites filles prussiennes, âgées de sept et huit ans, dansent, depuis quelque temps, sur ce théâtre avec beaucoup de succès. Leur père s'appelle M. Le Fèvre.

— On a fait à. Paris une édition de Charlot, ou la Comtesse de Girry, nouvelle pièce dramatique en vers et en trois actes, représentée sur le théâtre de Ferney. Le nom de M. de Voltaire fera enlever cette édition bien vite, mais c'est peu de chose. Ce n'est pas tant le mauvais qui choque dans cette pièce que l'absence du bon. Le rôle de Guillot est cependant bien bas et de bien mauvais goût, et celui de Babet ne vaut pas grand'chose. Ma foi, rien ne vaut, dans cette pièce, que l'auteur aurait pu intituler la Force du naturel. Destouches a fait sur la fm de sa vie une mauvaise comédie sous ce titre; mais, chez lui, c'est deux filles qu'on a échangées en nourrice; ici, c'est deux garcons. Quoique ce fond soit mauvais et aussi peu philosophique que peu naturel, je sens pourtant que M. Sedaine, s'il l'avait entrepris, en aurait fait une pièce charmante; mais c'est qu'il y aurait mis sa force comique, son naturel, sa vérité, ses mots précieux; il n'y a rien de tout cela dans la pièce de l'illustre patriarche. On voit bien cependant qu'elle vient d'une main accoutumée Mailler des pièces pour le théâtre. On voit aussi que la Partie de chasse de Henri I V, par Collé, a fait faire la comtesse de Givry. Il est très-bien que, dès le commencement de la pièce, il soit toujours question du roi, qu'on l'attende toujours, qu'il soit, pour ainsi dire, le principal personnage, et qu'il ne paraisse pas. Cela est fait avec esprit. Nos mœurs sont si mesquines, ou bien nos représentations théâtrales sont si éloignées de la vérité, qu'on n'a encore su mettre un roi en comédie sans le rendre plat et maussade. '

— M. l'abbé Gougenot, conseiller au grand conseil, honomire de l'Académie royale de peinture et de sculpture, vient de mourir dans un âge peu avancé. Il était l'ami intime de Pigalle et le fournisseur des idées de ses monuments.

— Jean-Baptiste Massé, peintre du roi, conseiller de l'Académie royale de peinture et de sculpture, est mort aussi,âgé de plus de quatre-vingts ans. Cet artiste excellait en son temps dans la miniature, et les portraits qu'il a faits sont fort estimés des connaisseurs. C'est lui aussi qui a fait graver sur ses dessins les peintures de la galerie du salon d'Hercule de Versailles. et qui a présidé à . toute cette grande entreprise. .

— M. l'abbé Millot, ancien grand vicaire de Lyon, prédicateur ordinaire du roi, vient de publier des Éléments de l'histoire de France depuis Cloris jusqu'à la [in du règne de Louis XI V. Deux volumes in-42, chacun de cinq cents pages. Voilà . donc encore un abrégé! Peu s'en faut, cependant, que je ne fasse grâce à. celui-là.. Le style de l'auteur est un peu plat et parfois décousu; mais il règne un assez bon esprit dans son ouvrage, et il faut savoir gré à . un grand vicaire d'avoir, en général, des principes de droit public sains, et de préférer la cause du genre humain à.l'intérét et à . l'ambition de l'Église. Je me sens du faible pour ce prêtre. On peut, du moins, mettre ce livre entre les mains de la jeunesse sans craindre de lui empoisonner l'esprit par une foule de maximes détestables que le fanatisme et la fourberie ont l'insolence de professer comme des maximes d'État. M. l'abbé Millot est philosophe et vrai autant que son habit peut le permettre. Je voudrais qu'il eût plus d'imagina

' tion, plus de nerf et d'onction dans son style, et je lui conseil

lerais d'écrire l'histoire: car je le crois honnête homme. Son abrégé est moins concis que celui de M. le président Hénault. Il ne comprend pas tant de choses que celui-ci; mais il développe davantage les principaux faits. Il prétend que cela est nécessaire pour qu'ils fassent de l'elfet sur l'esprit de la jeunesse, et je crois qu'il a raison.

— M. Clerc, ci-devant médecin de l'hetman des cosaques, et actuellement médecin de Villers-Cotterets, petite ville à . dix-sept lieues de Paris, de l'apanage de M. le duc d'Orléans, vient de publier une Histoire naturelle de l'homme considéré dans l'état de maladie, ou la Médecine rappelée à sa première simplicité. Deux gros volumes in-8°, de cinq cents pages chacun. Ce livre est écrit très-agréablement, et c'est ce qui lui a procuré une sorte de succès parmi les gens du monde qui ne sont pas en état de juger du fond. A Paris, tout le monde, et surtout les femmes, a la manie de parler médecine, et auprès de l'ignorance un charlatan agréable a beau jeu. Le succès du livre de M. Clerc ne signifie donc rien pour moi : car, à . m'en rapporter au jugement d'un savant et habile médecin, cet ouvrage n'est qu'une rapsodie faite sans jugement de ce que Bœrhaave et d'autres grands médecins modernes ont écrit; il est rempli de contradictions et d'absurdités frappantes, parmi lesquelles celle qui assigne à . la médecine à. peu près la même évidence qu'à . la géométrie ne vous échappera pas. L'auteur parle sans cesse d'Hippocrate, et l'on s'aperçoit aisément qu'il ne l'a jamais lu.

— M. Le Cat, docteur en médecine, chirurgien à. Rouen, a publié cet été un Traitédes sensations et des passions en général, et des sens en particulier. Deux gros volumes llI-8°. Je ne sais si t“. Le Cat estbon chirurgien et bon médecin, mais je sais, à . n'en pouvoir douter, que ce n'est pas un bon esprit et un bon philosophe.

—- On vient de traduire de l'anglais le Voyage autour du monde fait, en 1764 et 1765, sur le vaisseau de guerre anglais le Dauphin, commandé par le chef d'escadre Byron. Volume in-I2 de près de quatre cents pages. C'est ce vaisseau qui, dans le cours de son voyage entrepris conjointement avec le Tamer, a retrouvé cette nation de géants appelés Patagons. Voilà . pourquoi le public a acheté cette traduction avec une extrême avidité. Maison ne trouve, dans tout le volume, que trois ou quatre pages concernant les Patagons, outre la préface où le traducteur a recueilli tout ce que les voyageurs en avaient précédemment rapporté. Le reste n'est qu'un journal de marin, bien succinct, qui peut être utile aux navigateurs, mais qu'on parcourt cependant avec une sorte de plaisir, parce qu'il vous promène par tout le globe et dans les contrées les plus éloignées.

15 Octobre 1767.

Du mardi des laboureurs et économistes ruraux est sorti cet été un ouvrage qui a fait quelque sensation dans le public parce qu'il avait été magnifiquement annoncé, mais qui est bientôt si parfaitement tombé que le libraire n'en est pas à . se repentir, je crois, d'en avoir fait deux éditions à. la fois, l'une in-lw, l'autre in-I2. Cet ouvrage est intitulé l'Ordre naturel et

, essentiel des sociétés politiques. L'auteur est Il. Le Mercier de

La Rivière, ancien conseiller au parlement de Paris, et depuis, deux fois de suite, intendant de la Martinique.

Lorsque les Anglais firent la conquête de cette île, .\I. de La Rivière fut pris et renvoyé en France. A la paix, la cour le nomma de nouveau et il retourna dans son intendance; mais bientôt les cris du commerce de France s'élevèrent contre lui et devinrent si forts qu'on fut obligé de le rappeler. Ce rappel eut les désagréments et les suites d'une disgrâce. Le commerce de France lui reprochait d'avoir favorisé, sans doute par des motifs d'intérêt personnel, le commerce des Anglais au préjudice du commerce national. M. de La Rivière répondait que le commerce français, au sortir d'une guerre aussi malheureuse et aussi funeste pour lui, était hors d'état de porter la moitié des choses essentielles à . la conservation de la colonie dans l'état d'épuisement et de détresse où elle se trouvait alors; que cet état pressant ne lui avait laissé d'autre choix que celui d'admettre les Anglais pour approvisionner la colonie, ou bien de la laisser mourir de faim. Il me semble que les personnes au fait de ce procès sont persuadées que M. de La Rivière avait en ceci les vues très-justes, et que les mesures qu'elles lui avaient fait prendre étaient indispensables; mais en même temps on ne le croit pas exempt du reproche d'avoir fait le commerce pour son propre compte, et ce reproche, lorsqu'il tombe sur un homme public, est toujours lié au soupçon de concussion. Cependant, la vie que M. de La Rivière a menée depuis son retour en France n'est pas celle d'un homme opulent. Il présenta à . son arrivée un mémoire apologétique de son administration à. M. le duc de Choiseul, dont il se répandit des copies manuscrites dans le public. J'avoue que ce mémoire me parut l'ouvrage d'un homme d'État, et qu'il m'est encore incompréhensible que l'Ordre essentiel des sociétés politiques ait pu partir de la même plume. Messieurs du mardi avaient annoncé ce livre comme une production merveilleuse. A la vérité, ils s'en attribuaient d'avance toute la gloire; ils assuraient qu'il contenait leurs idées, leurs principes et leurs vues, que c'était le Netvtoninm'sæfie rural pour les dames ‘ et que la profondeur de la science y étaitmise à. portée de nous autres pauvres diables, qui n'avions pas le bonheur d'être initiés dans ses mystères. De cette manière, MM. Quesnay et de Mirabeau s'associaient modestement au sublime Newton, en laissant à . M. de La Rivière le rôle du peu sublime Algarotti. Mais ce qui avait surtout prévenu le public en faveur de ce

1. Allusion au titre du livre d'Algarotti, le Newtonianisme des dames, traduit par Duperron de Castéra, I752, 2 vol. in-I2.

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