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» Pere Abbé jusqu'à ce que de son avis & de celui de deux » Prélats voisins , les Freres aient élu un autre Abbé, à moins » que cette Eglise ne soit tellement éloignée du Pere Abbé » qu'elle ne puisse l'appeler sans de grands inconvénients. S'il » arrive parmi les Freres du Monastere quelques contestations » touchant le choix d'un Prélat & qu'il ne soit pas pofsible de m les accorder, alors le Pere Abbé de l'avis & du confente. y ment des deux autres Abbés, préposera le sujet qui aura pour » lui la majeure & la plus saine partie des voix, & en qui » il reconnoîtra un plus grand mérite. Celui qu'il aura préposé » de cette maniere , sera ensuite , selon l'usage , présenté à

l'Évêque Diocésain pour être bénit. Si l'Évêque après en » avoir été humblement requis deux ou trois fois, refuse sous

quelque prétexte de le bénir, en ce cas, afin qu'il n'en arrive

point de dommage au Monastere, le Prélat nommé en aura » la libre administration jusqu'à ce que par l'intervention de » votre Chapitre général, il obtienne canoniquement la de» mande de l'Évêque ou du Métropolitain, ou par un Mandat

Apostolique. Lorsqu'il sera bénit , qu'il réponde avec soumis» fion de l'observance de l'Ordre à votre Monastere comme à » son Chef. Qu'il en reçoive les Statuts & les observe. Nous » défendons de la même autorité, ajoute Urbain , que nulle » personne d'un autre Ordre ne soit élue pour être Abbé dans » vos Églises, si ce n'est du confentement du Chapitre général » ou en vertu d'un Mandat Apostolique. Nous défendons éga» lement à tous Abbés de votre Ordre, d'en relâcher la rigueur » &c. Nous confirmons d'ailleurs de l'autorité Apostolique la » » circation ou visite que font tenus de faire , selon votre

usage , les Abbés nommés pour cet effet dans le Chapitre général. Urbain III mourut le 19 O&tobre 1187, & fut remplacé

par Grégoire VII, dont le Pontificat ne dura qu’un mois & vingt-sept jours. Clément Il fut élu le 19 Décembre de la même année. Ce Pape accorda à l'Abbé Gautier une Bulle absolument pareille à la derniere d'Urbain dont je viens de donner l'extrait.

Cet Abbé qui joignoit à l'avantage d'une noble extraction, celui de posséder toutes les vertus de son état , trouva dans la faveur des grands les secours dont il eut besoin dans des conjonctures très-difficiles. Le Comte de Flandre Philippe d'Alsace, le prit sous sa prote&tion spéciale & lui donna mille marques distinguées d'affection & de bonté. Il lui accorda par un diplome de 1177 une rente perpétuelle de quarante sous monoie d'Artois à prendre sur son Domaine de Bapaume, pour être employés au faint sacrifice de la Messe. Par un autre de la même année il confirma les Droits de Péage (e) qui appartenoient à l’Abbaye d'Arrouaise sur une chaussée que le Comte Thiéry son pere avoit permis à cette Abbaye de construire depuis Itre jusqu'à Ginchy. Cette étendue est de trois lieues communes de France. Le chemin pratiqué par l'Abbaye est demeuré plus ou moins reconnoissable selon les endroits où il passe ; mais il y a long-tems qu'elle a perdu son Droit. de Péage, ainsi que l'exemption de pareils droits accordée par le même Prince dans l'étendue de ses Domaines.

Je remarque dans les diplomes de Philippe d’Alface, dont l'un est daté de Bapaume 1184, que le nom de cette Ville y est souvent écrit ainsi, Baipalme ou, si l'on veut, Batpalmæ. Je me rappelle à ce sujet d'avoir vû le mêine nom h de plus dans quelques Chartes de l'Abbaye d'Eaucourt,

avec une

(e) Ces Droits y sont spécifiés dans le plus grand détail. Les denrées qui devoient les payer étoient la laine , la cire, le miel, l'huile &c.

Bachpalmæ. Cette orthographe me paroît confirmer ce que j'ai dit au commencement de cet ouvrage, touchant l'origine de Bapaume, que j'attribue aux Vandales ou aux Normands. En effet les noms de Bérenger & d'Oger que portent encore deux Mottes au midi & à l'ouest de Bapaume, sont des noms propres du nord. Je dirai la même chose de Bath, & il peut se faire qu’un Chef de ces Brigands du nom de Bath, ait remporté quelque avantage dans le lieu où est aujourd'hui situé Bapaume, d'où Bath - Palmæ que l'on prononçoit encore Bapalmes en françois il n'y a pas plus d'un fiecle, comme si l'on disoit la Victoire, les Palmes de Bath. Cette étymologie est du moins beaucoup plus soutenable que celle qui a cours dans le Pays. On y conserve encore le souvenir des ravages de Bérenger & de ses gens , & l'on croit communément que de son tems, lorsqu'un voyageur étoit assez heureux pour traverser la Forêt d'Arrouaise & arriver en Flandre sans malencontre, on le félicitoit en battant des mains. Delà, dit-on, le nom de Bapaume. Mais on ne fait pas attention que cette Ville est elle – même située en Arrouaise. Je ne doute point que le Prieuré de Saint Aubin bâti dans sa Banlieue & qui appartient à l'Abbaye de Saint Nicolas-au-Bois, Ordre de Saint Bénoit, ne soit avec ses dépendances le fruit du travail des Moines, qui auront défriché ce coin de la Forêt.

Cette Abbaye m'en rappelle une autre du même Ordre , celle du Mont-Saint-Quentin, avec laquelle l'Abbé Gautier renouvela une confraternité fpirituelle au mois de Décembre 1186. Les Biens de cette Maison & les Domaines d'Arrouaise, indivis dans plusieurs endroits, voisins dans beaucoup d'autres , occasionnoient souvent entre elles des sujets de discorde. Le moyen qu'elles prirent pour éviter toutes querelles, m’a paru digne d'être cité. Il seroit même à désirer qu'on l'employât

dans

dans tous les Corps Ecclésiastiques. Après avoir ftipulé dans un acte solemnel l'ancienne obligation de prieres réciproques, chacun des deux Abbés d’Arrouaise & du Mont-Saint-Quentin , ajoute au nom de son Chapitre : « Si quelque difficulté s'éleve » dans la suite entre les deux Maisons & que les Abbés aidés » de leurs conseils ne puissent la terminer , deux Freres de

chacune des deux Eglises élus par leurs Chapitres s'adjoin» dront une cinquieme personne ecclésiastique, & ces cinq ► arbitres instruiront l'affaire & la jugeront définitivement sans » qu'il puisse y avoir appel ni opposition quelconque, de ma» niere que chacune des deux Communautés adhere absolument » à ce qui aura été par eux décidé unanimement ou d'après la

majeure partie des voix. Dans toutes les affaires qui intéres» seront les deux Eglises, les Freres de l’une & de l'autre » s'aideront mutuellement ; & en quelque Tribunal que ce soit, » ils ne diront, ils n'allégueront rien, ils ne donneront aucun * conseil qui puisse respectivement leur nuire. » Suivent deux clauses qui ne prouvent pas moins combien ces Communautés défiroient vivre dans la plus parfaite intelligence. Il est dit dans la premiere que les fugitifs ou apostats pouront être retenus pendant quinze jours dans les habitations respectives pour être reçus ensuite par leurs Abbés & admis à la pénitence canonique. Les deux Maisons se promettent par la seconde, que dans le cas où l'une d'elles voudroit aliéner des fonds voisins de ceux de l'autre elle feroit tenue de les lui céder pour le prix offert , & de lui donner la préférence. Cet article fut en quelque sorte exécuté à l'instant par un acte d'échange de plusieurs biens, conclu entre elles d'après la bienséance où ils étoient de l'une ou de l'autre. Ces deux Actes font du mois de Décembre, étant Abbé du Mont-Saint-Quentin un nommé Mathieu, que les Auteurs du Gallia Christiana ont omis dans le Catalogue des Abbés de

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cette Maison. La paix ne fut pas de longue durée. Il s'éleva bientôt des contestations au fujet de quelques droits de terrage. Mais elles furent terminées par une transaction dans laquelle on inséra mot pour mot le premier traité. Elle eft datée du premier Janvier 1196, & fignée de Robert Abbé du MontSaint-Quentin. &c. Dans un dernier contrat de confraternité passé le 26 Août 1662, les deux Abbayes arrêterent ensemble de nouvelles clauses.

Une acquisition que fit Gautier m'engage à m'écarter un peu de mon sujet pour présenter sur les dimes quelques idées produites

par

la lecture d'une infinité de Chartes concernant cette propriété tantôt inféodée tantôt ecclésiastique. L'opinion commune où l'on est que les Abbayes, les Chapitres, & autres Eglises ne poffedent des dimes qu’à titre gratuit, fait que les Laïques regardent ces sortes de Domaines d'un oeil jaloux. Ce qui se passe à ce sujet dans notre Province d'Artois depuis plusieurs années prouve bien leur désir d'en diminuer la valeur autant qu'il est possible. En effet en même-tems qu’on augmente les charges des décimateurs, ne cherche-t-on pas à les priver d'une portion même de la dime en voulant la réduire à la perception de telle ou telle production, c'est-à-dire à celle des quatre gros grains ? Il est certain cependant que si les Corps Ecclésiastiques vouloient faire des recherches sérieuses & se rendre compte des titres auxquels ils possédent des dimes ils trouveroient qu'ils les ont acquises pour la plus grande partie à titre d'achat , ou par tel autre contrat équivalent. Telle est du moins à cet égard la position de l'Abbaye d'Arrouaise, & il n'est pas vraisemblable qu'elle soit particuliere.

Les guerres intestines, qui dans ces tems reculés ravagerent toutes nos Provinces , avoient engagé les Eglises à se mettre sous la protection de quelque Seigneur qui en devenoit l'avoué,

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