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de 1139,

advocatus , & qui s'obligeoit à défendre leur patrimoine. Mais outre que l'on en cédoit ordinairement une bonne portion à ces dangereux Patrons , ils ne laissoient pas souvent à titre de plus forts de porter la main sur le reste. C'étoit principalement aux dimes qu'ils en vouloient. Toujours en campagne , ils avoient besoin surtout d'avoine & de paille pour leurs chevaux. Pour perpétuer leurs usurpations, ils porterent en Fief à des Seigneurs plus puissants qu'eux les dimes qui leur convenoient le plus, & elles passerent ainsi à leur postérité. Plusieurs Conciles tenus dans le douzieme siecle, s'éleverent avec force contre ces abus. Les Peres du Concile général de Latran

défendirent qu'aucune dime demeurât dans la poffefsion des Laïques, soit qu'elle leur eût été donnée par les Évêques, foit qu'ils la tinssent des Souverains. Ceux qui possedent des dimes par droit de succession, dit le second Concile d'Avranches tenu en 1171, auront la permission de les céder à tel Ecclésiastique qu'il leur plaira , à condition qu'après lui elles retourneront à l'Église. Le troisieme Concile de Latran dont la décision sur cette matiere fit époque, défendit aux Laiques de transférer à d'autres Laïques les dimes qu'ils possédoient sur peine de damnation éternelle. La Bulle d’Urbain III, dont j'ai déjà parlé, adressée à ce sujet aux Archevêques & Evêques des lieux où l'Abbaye d'Arrouaise possédoit des Autels ou Églises, ( 5 ) prouve qu'il n'étoit pas même permis aux Laiques d'investir de ces dimes leurs

propres

descendants.

() Urbanus Ep. &c. Pervenit ad audientiam noftram quod quidam Laici in Parrochiis dile&torum filiorum nostrorum. Arroafienfium fratrum commorantes, filios proprios decimis de jure ad Ecclefias devolvendis contra ftatuta Lateranensis Concilii dampnabili presumptione investire prefumunt : Quoniam igitur id in patientia sustinere nec volumus nec debemus , difcretioni veftre per Apostolica fcripta mandamus quatinis si verum eft quod afferitur , memoratos Laicos , nifi ad commonitionem vestram distas decimas Ecclefiis predictorum fratrum ,

L'Église se trouvoit alors en quelque maniere dans le cas où elle avoit été sur la fin de la premiere race de nos Rois, lorsque tous ses Domaines furent pillés par les Laïques. On sait que pour la dédommager de ces pertes , il fut établi un cens, appelé neumes. Les usurpateurs devoient le payer jusqu'à l'entiere restitution des fonds, laquelle ne fut jamais effectuée. Il est vrai

que dans le douzieme siecle la plupart des dimes usurpées sont rentrées dans les mains ecclésiastiques, surtout après le troisieme Concile de Latran ; mais il s'en faut beaucoup qu'elles y soient rentrées gratuitement.

Comme elles avoient été transformées en fief & arrierefiefs, vendues ou partagées, le dernier propriétaire n'étoit pas toujours le maître de les rendre à leur véritable nature , même à prix d'argent. D'un côté elles devoient retourner aux Églises auxquelles elles appartenoient de droit, & l'on ne trouvoit pas toujours assez de fortune pour les racheter , dans les possesseurs de ces Eglises ou Autels. D'autre part il falloit le consentement des suzerains qui souvent exigeoient des dédommagements : car une fois rendues à l'Église , elles redevenoient presque toujours ce que nous appelons dimes ecclésiastiques, & les droits de lods & ventes cessoient. Je dis presque toujours, parce qu'il y a des exemples, quoique rares, que des dimes retournées aux Ecclésiastiques sont demeurées inféodées.

Avant le Concile de Clermont tenu en 1095 , les Évêques par un abus étonnant du systême féodal avoient souvent accensé des autels en stipulant des Droits de mutation & autres semblables. On voit même par le second Concile d'Avranches,

ficut ad eos de jure pertinent , libere restituerint , tamdiù excommunicationis & interdicti fene tentia fublato appellationis obstaculo perccllatis , donec id efficere severitate districtionis Ecclefiaftice compellantur. Datum Verone VI. id. Aprilis.

l'on suivit pour

qu'il étoit encore commun dans le douzieme siecle de donner des Églises à ferme pour un an. La marche que faire rentrer les dimes dans la possession des Ecclésiastiques a aussi quelque chose de très - singulier. Lorsqu’un Laïque , soit pour obéir aux décrets des Conciles , soit pour l’arrangement de ses affaires, vouloit rendre ou plutôt revendre une dime à quelque Église, il commençoit par l'offrir à celui qui en possédoit le titre. Si celui - ci se trouvoit en fonds, on convenoit de prix ; sinon, on la présentoit à d'autres Ecclésiastiques qui avoient de quoi la payer, ce qui n'empêchoit pas qu'il ne fût exprimé dans le contrat que telle dime avoit été donnée ou rendue en franche-aumône. Il falloit ensuite le consentement de toute une famille , de tous ceux que

ceux que l'aliénation projetée pouvoit intéresser soit à cause d'une part qu'ils avoient dans la dime elle-même , soit à cause d'un censou canon dont elle étoit chargée envers eux. Il falloit enfin les lettres d'amortissement des suzerains, le dévestissement du vendeur entre les mains de l'Évêque du lieu & l'investissement de l'acquéreur par un décret du même Prélat.

Un exemple suffira pour éclaircir ceci. Bauduin d'Encre , Seigneur de Curlu, veut vendre à l'Abbé Gautier les deux tiers de la dime de Frégicourt, & le tiers de celle de Saillizel dans la Paroisse de Sailly, du consentement des Religieux du MontSaint-Quentin à qui appartenoit l'Autel de Sailly. Les deux parties conviennent par provision en 1189, du prix de deux cents quatre-vingt marcs monoie de Flandre, & Bauduin se charge d'obtenir toutes lettres nécessaires à l'effet de conclure définitivement. Il tenoit ces dimes en Fief de Philippe d'Alsace, Comte de Flandre, & en même tems de Vermandois, du Chef d'Élisabeth de Vermandois son épouse, fille de Raoul. Il en obtient des lettres d'amortissement, Aliénor, four d'Élisabeth

& son héritiere naturelle , mariée en troisiemes noces au Comte de Beaumont, donne aussi son consentement par des lettres particulieres. (g) Bauduin d'Encre se rend dans l'Eglise d’Arrouaise le jour de Saint Augustin & remet ses dimes à l'Evêque de Noyon, Etienne , qui les rend à cette Abbaye. Enfin l'année suivante le jour de l'Assomption, ce Seigneur donne de nouvelles lettres dans lesquelles il spécifie dans le plus grand détail toutes les formalités qu'il a remplies pour rendre authentique & irrévocable la vente de ses dimes. (h)

Telle est la marche que j'ai remarquée cent fois dans les réinvestissements des dimes en faveur des Eglises. Mais il n'arrivoit pas toujours que les suzerains accordassent des lettres d'amortissement : lorsqu'ils les refusoient, ou la dime demeuroit dans la nature de fief, ou le vendeur portoit en fief au suzerain des terres ou autres domaines utiles pour compenser la perte occasionnée

par
le retour des dimes aux gens

de main-morte. J'ai observé aussi quelquefois une autre maniere de leur restituer les dimes; c'étoit de les échanger avec eux contre quelque fonds de terre équivalent, ce qui ne leur étoit pas moins onéreux.

(5) Elles commencent ainsi. El. Comitifi Belli-Montis, G. dile&tiffimo amico fuo , Abbati &c.

(h) In Nomine Patris & Filii & Spiritus Sareti, Amen. Ego Balduinus de Encra & Dominus de Cuerlu, notum facio tam futuris quam presentibus quod duas partes decime de Frigecort & de Salli que mei juris erant , & tertiam partem decime de Sallifel Nichilominus & omne Dominium quod in alià tertia parte decime ejufilem ville habebam quia de me in feodo tenebatur , de afsenfu & voluntate agnetis uxoris mee necnon & Wigeri Patrui matris mee, & fratrum meorum Eupachii & Galteri, fimiliter & Gerardi primogeniti filii mei, concesione etiam Philippi Domini: mei Flandrensis & Veromandensis Comitis, & Elienordis Comitisse Belli-Montis, Ecclefie S. Nicholai de Arroasia in perpetuam Elemofinam contuli & in manus Domini Stephani Noviomenfis Episcopi ad opus jamdifte Ecclefie multis coram aftantibus resignavi. Sciendum etiam quod Robertus Abb.is & Monachi de Monte S. Quintini qui in eisdem mei participes erant , ad peritionem meam, quatinus prefata Arroa fienfis Ecclefia cas poffet adquirere, conceferunt, &c. &c. 1190.

Les Évêques veilloient autant qu'il étoit possible sur ces objets. On poura en juger par la rigueur exercée envers un nommé Guillaume Corbisons, de Buquoy. Quoiqu'il poffédât déjà par droit de succession deux tiers de la dime de Buquoy, il s'étoit emparé de la troisieme part qui appartenoit à l'Autel. Ayant été excommunié avec toute sa famille & ses adhérents, par Frumalde Évêque d'Arras, & étant mort sans avoir satisfait l'Eglise , on le priva de la sépulture des fideles. J'ai tiré ces détails d'un acte par lequel l'Evêque déclare que Simon fils ainé de Guillaume a restitué la dime, & a été réconcilié à l'Église. Ses amis & ses parents, dit le Prélat , l'ont enfin engagé à réparer la faute pour laquelle son pere & lui avoient été excommuniés. Il s'est dévesti par le rameau, entre nos mains , de la dime usurpée, à condition que lui & tous ceux qui pour la même cause étoient excommuniés, recevroient l'absolution, & que son pere & ses adhérents qui avoient été enterrés hors du cimetiere, auroient une sépulture parmi les fideles.

Il s'en faut bien, comme on le voit, que la possession actuelle des dimes (en général) provienne d’un don gratuitement fait à telle Abbaye ou à tel Chapitre. Il est évident au contraire que ces Eglises en ont acheté beaucoup & que si elles eussent employé leurs fonds à acquérir des terres, comme il leur a été long-tems permis de le faire , elles en recevroient aujourd'hui un bien plus grand profit. Car 1°. la dime est un bien d'administration coûteuse & difficile. 2°. On en a presque partout prescrit la quotité, telle dime qui étoit de dix du cent, n'étant souvent plus que de sept ou de fix, ou moindre encore. 3o. Parce que les dimes autrefois inféodées , & redevenues Ecclésiastiques, supportent toutes les charges des cheurs , portions congrues & & autres,

tandis

que celles qui sont restées

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