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cette représentation. La seule dispute qui s'établit, fut une discussion honorable pour savoir quelles pièces on jouerait, chacun voulant contribuer à la bonne œuvre. Enfm on se décida pour Rodogune, et l'on afficha pour petite pièce une comédie en trois actes, intitulée les Bourgeoises de qualité, qui avait, aux yeux des comédiens jaloux, le grand avantage de faire paraître presque toute la troupe. La supplique demandait un jeudi ou un mardi, en ce temps-là mauvais jours de spectacle. On lui répondit qu'on lui donnait un lundi, qui, dans ce temps-là, était un des jours les plus lucratifs. On lui offrit de plus ses entrées à vie avec une place marquée à son choix. Cette généreuse réponse faite, voici l'affiche qui fut placardée aux foyers et dans tout le spectacle:

« Les comédiens ordinaires du Roi, pénétrés de respect pour la mémoire du grand Corneille, ont cru ne pouvoir en donner une preuve plus sensible, qu'en accordant à son neveu, seul rejeton de la famille de ce grand homme-; une représentation. Ils donneront lundi, iomars 175o, à son profit, Rodogune, tragédie de Pierre Corneille, etc. »

Les détails suivans donneront une idée de ce que pouvait être une représentation à bénéfice, en iy5o.

Les comédiens une fois en générosité ne s'arrêtèrent pas là : ils refusèrent leurs honoraires et payèrent même les frais de la représentation. Le public voulut suivre un si charitable exemple : des places cotées 6 francs furent payées un louis, un louis double, soixante-douze livres et jusqu'à 96 livres. Un anonyme envoya 1o louis à la caisse sans prendre de place. Les loges à l'année furent payées par les locataires et abandonnées au public moyennant des billets pris aux bureaux. La loge des danseuses aux troisièmes fut payée par elles ce jour-là et abandonnée au public. Quatre-vingts carrosses furent refusés à la porte. A trois heures les billets étaient épuisés. Ce nec plus ultra de la représentation à bénéfice produisit en tout 5ooo livres à Jean-François Corneille. Que l'on compare ce chiffre aux 25,ooo francs que l'on a vus être le produit d'une représentation payée par le directeur à quelque sujet de l'Opéra moderne, aux termes de son engagement.

Ces 5ooo francs joints à un modeste emploi pouvaient, à la rigueur, soutenir le vieillard: mais il restait une fille qu'il fallait doter. Les beaux esprits du temps jetèrent les yeux sur Voltaire en qui ils avaient foi. Un nommé Brun, dans une ode flatteuse, appela Voltaire le successeur de Corneille, et comme tel l'engagea à soutenir la famille de son prédécesseur. Voltaire se comporta en galant homme et prit la fille chez lui, Ilestait la dot à fournir : alors Voltaire mit à exécution une idée qu'avait eue un certain M, Le Noir, de Beaugé, en Anjou, clans une lettre à l'abbé de La Porte, auteur de l'Observateur littéraire , revue, et «M. de Voltaire, » dirent les littérateurs du temps, t qui saisit avec empressement l'occasion de se signaler par quelque action glorieuse, ne s'est pas contenté d'applaudir à cette idée, il a daigné l'exécuter lui-même, et, lorsqu'il a été question de secourir l'indigence, l'auteur de la Henriade n'a pas rougi de descendre à la qualité de simple éditeur. »

La fille de Jean-François Corneille fut donc dotée et devint madame Dupuis : c'est de cette affaire que nous avons eu l'édition de Corneille par Voltaire, et ces commentaires dont la première édition renfermait de saines idées et de justes aperçus. Plus tard, Voltaire changea bien des choses à son œuvre, et telle que nous l'avons, elle indigne souvent par la rigueur de certains jugements et surtout par l'étroitesse d'esprit littéraire qu'elle témoigne toujours. A tout prendre Voltaire, critique, tel que nous l'aVons, est de beaucoup inférieur à Fréron.

Rodogune comme le Cid est une des pièces où Baron avait le plus de succès : Dom Rodrigue de l'un et Antiochus de l'autre sont deux rôles qu'il ne pouvait se décider à quitter. Aussi les jouaitil encore à quatre-vingts ans et apprêtait-il à rire au partetre en disant : Je suis jeune, il est vrai, etc. Mais c'était surtout quand une actrice jeune représentait Cléopâtre et disait à ses deux fils:

258 HISTOIRE DE P. CORNEILLE.

Approchez, mes enfants, que l'hilarité était à son comble. Triste exemple du retour des choses d'icibas, Baron eut ce tort qu'on a tant reproché au grand Corneille, son ami vénéré, comme nous verrons au chapitre de Tite et Bérénice : il attendit que le public le quittât, et lutta contre le parterre qui ne pouvait s'empêcher d'admirer sa distinction dans certains rôles marqués, comme Arnolphe et Mithridate. Mais le parterre et le public furent, comme les années, impitoyables, et il ne put s'empêcher d'être ridicule dans Néron, dans le Menteur, et surtout dans l'Enfant Machabée,' de la tragédie de Lamotte.

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CHAPITRE XVI.

THÉODORE, VIERGE ET MARTYRE.

Le but de cette histoire n'est point de faire des anecdotes du temps, un roman ou une série de nouvelles historiques : je ne veux point mettre en scène l'hôtel de Rambouillet, ni rassembler les beaux esprits pour faire une pacotille de leurs bons mots; je veux tout simplement être historien fidèle, si je puis, et appréciateur impartial des choses. Mais je ne puis m'empêcher de citer ici la fin d'un chapitre des Mémoires de madame de Sévigné , par M. le baron Walkenaer, chapitre qui décrit la solennité littéraire ayant lieu chez la marquise de Rambouillet, à l'occasion de la

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