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cidas était un nom déguisé comme celui de M. de Corneille; car vous êtes sans doute le marquis de Mascarille, qui piaille toujours, qui ricane toujours, qui parle toujours et ne dit jamais rien qui vaille. ». , .

C'était bien vraiment à François Hedelin, fils de Claude Hedelin, lieutenant-général au bailliage de Nemours, à reprocher au grand Corneille sa noblesse de robe!

Une foule de rimailleurs inconnus, de ces médians obscurs dont Corneille dit dans Cinna:

Le reste ne vaut pas l'honneur d être nommé,

se mit de la partie, et toute cette misérable troupe roidit burlesquement • ses petits bras, comme la dit depuis Lebrun de La Harpe, pour étouffer si haute renommée.

Que répondit Corneille aux hurlemens de cette meute d'aboyeurs subalternes? — Rien : ni dans son examen de Sertorius, ni dans celui de ses autres pièces, il n'est question de ces plats Zoïles, comme les appelle Voltaire, qui prend soin en passant de leur comparer Fréron; pas un mot ne sortit de sa bouche qui pût le mettre en compromis avec les grossièretés et le langage des halles dont on se servait contre lui; mais il continua tranquillement d'écrire, et cette admirable confiance nous valut, outre les beaux endroits d'Agésilas, d'Attila, de Pulchérie et de Sophonisbe, la tragédie d'Otbon, les délicieux vers de Psyché et le dernier mot de Suréna. Ce silence est, ce me semble, une preuve bien grande de la vérité de l'anecdote sur Rodogune et sur Gilbert. A quoi bon se plaindre d'un vol dont la peine est portée par celui qui l'a commis, quand on ne daigne pas donner un coup de pied aux roquets littéraires qui jappent belliqueusement autour de vous et cherchent à attirer votre attention et votre colère par des morsures impuissantes?

L'abbé d'Aubignac ne se tint point pour battu par ce silence superbe et ce dédain sublime. On rapporte qu'il avait coutume de dire que le comte de Fiesque avait appelé sa Zénobie la femme de Cinna. A cette occasion les mots joyeux n'eussent point certes fait défaut, et les professeurs en Fart des pointes n'eussent pas manqué d'en trouver de tout aiguisées sur la mésalliance, la disproportion des époux, etc., quand un misogyne du temps, dont la galanterie française n'a pas permis que le nom fût conservé, coupa court à toute plaisanterie modérée par cette brutale réflexion, que l'abbé d'Aubignac ne prenait pas garde que c'était avouer qu'il était autant au-dessous de Corneille" que la femme est au - dessous de l'homme (i).

(1) Voici comment l'abbé d'Aubignac inutulait lui-même sa fameuse pièce de Zénobie dans l'édition par Antoine de Sommarville, en 1642 : Zénobie, tragédie en prose, o11 la vérité de l'histoire est

La scène dé Sert or i us et de Pompée fut fort admirée et passa dès lors pour une des plus belles scènes de tragédie qui soient au monde. Boileau, cette raison que gênait la rime et qui se trouvait tout maussade et tout entravé de sa prison, ce qui lui faisait, suivant l'expression d'un poète moderne,

Trouver le- mat dans toutc chose,
Les taches du soleil, le ver de chaque rose ,

critiquait cette belle scène en disant qu'elle n'était ni dans la raison, ni dans la nature. « Puis, ajoutait-il, il n'y a nulle comparaison à faire entre Sertorius, vieux et expérimenté capitaine, et Pompée qui à peine a de la barbe au menton. » Boileau, qui n'aimait pas le grand Corneille, et qui l'estimait si fort, me parait dans cette occasion bien plus véritablement le Lycidas de la critique de TÉcole des Femmes, que ne put jamais l'être Corneille, au dire de l'abbé d'Aubignac.

conservée dans les plus rigoureuses rèyles du-poème dramatique, avec kunavisdu libraire aux lecteurs. «

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CHAPITRE XXVI.

SOIMIOXISBE.

Le succès de Sertorius avait complétement satisfait le vieux Corneille; il avait retrouvé à près de soixante ans tout l'entraînement de ses beaux jours. Les criailleries de d'Aubignac n'avaient fait qu'ajouter à sa gloire; aussi se soutint-il de ses* premiers rivaux, et voulut-il à son tour exploiter le sujet de Sopbonisbe. qui avait fait la gloire de Mairet, son premier antagoniste. Voltaire, en commentant quelques mots dela préface, conclut que Corneille devait être raccommodé avec Mairet à cette époque : il n'y a pas d'apparence que la vieille querelle qui les avait autrefois désunis subsistât toujours. Satisfait de ses succès d'ambassadeur, encore plus content de la gratification énorme qu'il avait reçue de la reine-mère pour un sonnet, dépassé d'ailleurs, non seulement par Pierre Corneille, mais encore distancé par Rotrou, du Ryer et Thomas Corneille, Mairet s'était retiré du théâtre; sa dernière pièce avait été la Sidonie, en 1653, pièce qu'il avait intitulée tragicomédie héroïque, ouvrage assez médiocre, d'ailleurs. Il n'y a donc pas d'apparence, qu'âgé de soixante ans environ, depuis près de vingt ans ne voyant plus dans -Corneille, un rival dangereux, Mairet eût assez de rancune au fond du cœur pour se souvenir encore des vieux démêlés du cardinal. Quant à Scudéry, son cœur de gentilhomme ne lui permettait pas de faire remonter les choses si loin; d'ailleurs, confrère de Corneille à l'Académie, il sentait assez sa dignité pour s'abstenir de toute démonstration hostile. Claveret, cet autre ennemi que sa seule haine contre Corneille a tiré de l'obscurité, travaillait bien encore, il est vrai, pour le théâtre; mais il semait ses productions à si longs intervalles, et elles étaient sitôt écrasées par la justice du public, qu'afficher des prétentions de rivalité ou même de critique ne pouvait lui aller un instant. Il avait trop fait ses preuves dans sa jeunesse, et l'on appréciait ses avis à leur juste valeur.

Corneille n'avait donc à craindre que l'abbé d'Aubignac, Boileau n'ayant point encore à sou

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