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De quo non impfevit manum. suam qui metitiet sinum suum qui manipulas colligit.

Traduction de Corneille:

Qu'iIs deviennent pareils a ce foin inutile,

Qui sur le haut des toits pousse un tuyau débile,

Et ne se montre auj yeux que pour le Voir scelter,

Avant qu'on l'en puisse arracher.
Qu'ils deviennent pareils à ces méchantes herbes,
Dont jamais moissonneur n'a ramassé de gerbes,
Que tient le glaneur même indignes de la main,

Et n'en daigne remplir son sein,

Malherbe dit: *."'*.

La gloire des médians est pareille à cette herbe
Qui, sans porter jamais ni javelle ni gerbe,
Croît sur le toit pourri d'une vieille maison:
On la voit sèche et morte aussitôt qu'elle est née,

Et vivre une journée • •

Est réputé pour elle une longue saison.

Voilà sans doute une strophe magnifique. Nombre, pensée, cadence, tout est parfait et symétrique : tQUt en un mot est nialherbien, comme disait Charles du Perrier; mais je ne puis m'empêcher de regretter le tour anathématique de l'original et la rigoureuse exactitude de Corneille.

J'aurais bien voulu pouvoir comparer la traduction de Corneille avec une paraphrase de Claude de Malleville, mais je n'ai pu les trouver sur le même terrain. Il est surtout à regretter que Corneille n'ait pas traduit le psaume 143, dont Malleville a fait une si belle paraphrase; Mais les parapbrases de Malleville existaient quand Corneille traduisit ses psaumes et peut-être eut-il cette fois, par modeslie, peur de la comparaison. celle des dédicaces, est belle et simple. Si les expressions sont quelquefois recherchées dans les dédicaces, c'est la faute du genre et du temps et non pas de l'auteur. Reste à examiner, si nous considérons Corneille prosateur, les lettres que nous avons de lui et ses trois discours sur le poème dramatique; quant à son discours de réception à l'Académie, nous avons vu qu'il plut si peu dans le temps où il fut prononcé, qu'il n'eut pas même les honneurs.de l'impression, honneurs qu'on décerne généralement à chaque membre entrant dans cette illustre compagnie. Je ne sais qui s'est chargé de réparer cette sorte d'affront et l'a fait imprimer depuis. Ce discours est bien certainement ce que le grand Corneille a fait de plus mauvais. C'est un amas fort court et fort serré des idées les plus tourmentées et les plus alambiquées qui soient au monde. Ajoutons à cela une effroyable profusion de qui et de que et figurons-nous Corneille débitant ces choses avec la lourdeur et la monotonie qu'on sait qu'il avait en parlant, et nous ne serons point étonnés de la décision de l'Académie. Au milieu du pathos dont ce discours est plein, Corneille a trouvé moyen d'insérer un éloge du cardinal de Biche- ■ lieu ; mais cette fois-ci un éloge si plat, si outré et si ridicule, que nous ne saurions douter que ce ne soit une ironie, comme le grand Corneille s'en permettait quelquefois.

Nous serons plus heureux vis-à-vis d'un autre poète, dont tout le monde connaît les traductions et les paraphrases, Jean-Baptiste Rousseau. Il n'est personne qui ne puisse éveiller dans ses souvenirs classiques la paraphrase du psaume 18: Cœli enarrant gloriam Dei.

La fidélité dans les endroits traduits est égale de part et d'autre. Ainsi voici la traduction de Corneille, du verset 2 : Dies dieieructatverbum,etc.

Le jour prend soin d'apprendre au jour qui lui succède

Ce que sa parole a produit,
Et la nuit qui l'a su de la nuit qui lui cède,

L'enseigne à celle qui la suit.

La strophe de Corneille n'a-t-elle pas plus de grâce que le petit vers sautillant de Jean-Baptiste Rousseau , et ne rend-elle pas mieux l'enchaînement qui est dans la pensée du Psalmiste?

Corneille a fait toutes ses traductions de psaumes avec la même conscience, la même fidélité , s'adonnant à son travail, comme un écolier à une version donnée, et travaillant pour la plus grande gloire de Dieu, différant en cette manière de traduire de tous ceux qui ont traduit ou imité les psaumes, Marot? Malherbe, Malleville , Jean-Baptiste Rousseau et même Racine, qui, dans ses chœurs, a pris soin d'éplucher l'É

452 HISTOIRE DE P. CORNEILLE.

criture, ne s'apercevant pas qu'à coté des pensées qu'il prenait se trouvaient d'aussi magnifiques images que celles qu'il se donnait tant de peine à trouver ailleurs.

Souvent en paraphrasant et en choisissant, on trouve, comme nous l'avons vu, de magnifiques strophes ; mais aussi le plus souvent il faut dire avec un auteur moderne, « que c'est profaner de pareilles créations que de les amplifier, et que les plus belles choses du monde, ajoutées par le talent, peuvent gâter une inspiration du génie (i). »

Admirons donc encore dans cette circonstance l'extrême bon sens de Pierre Corneille, qui, comme un autre et plus que tout autre, aurait pu trouver en lui-même des pensées et des inspirations , et qui s'est contenté de traduire servilement le texte.

(i) M. Tissot. Leçons de littérature.

CHAPITRE XXXV.

CORNEILLE PROSATEUR. — LES TROIS DISCOURS
SUR LE POÈME DRAMATIQUE.

Nous avons vu comment Corneille, au commencement et à la fin de ses pièces imprimées, s'était érigé son propre juge et comment ses jugements, toujours justes, étaient parfois plus sévères que ceux des aristarques les moins bienveillans : ainsi nous avons vu pour Horace et Cinna. Au contraire, lorsque l'envie et la critique dépréciaient le Cid ou Sertorius, nulle défense n'était plus digne que celle du grand Corneille, nul ne savait mieux que lui donner des excuses valides aux défauts et découvrir les qualités qui se cachaient. La prose de ces examens, comme

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C'est maintenant le lieu de nous occuper d'une

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