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prend plus de part que moi au bonheur dont vous joüirez ensemble.

B. Monsieur , je vous en suis infiniment obligé.

PROMEN AD E.

A,
Jei

E viens , Monsieur, vous deman

der si vous voulez venir faire un tour de promenade.

B. Très - volontiers , Monsieur. Où irons-nous ?

A. Où il vous plaira , Monsieur.

B. Voulez-vous que nous allions aux Tuilleries? Comme il est de bonne heure, nous pourrons causer ensemble en attendant que les Dames soient defcenduës du Cours.

A. Il faut avoüer que cette promenade est bien charmante.

B. Je m'imagine que je suis dans un paradis terrestre.

A. Rien ne délasse plus agréablement l'esprit qu'une belle promenade, surtout quand on a passé la journée à l'érude.

B. Je ne laisse pas de la trouver agréable, quoique je ne me fatigue pas sur les Livres.

A. Je suis surpris, Monsieur , que vous négligicz la lecture ; car rien ne convient mieux & n'est plus utile à un homme de

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condition. Je ne croirois pas avoir bien paffé la journée, fi je n'avois lú quelque Chapitre d'un bon Livre.

B. Et moi, Monsieur , je préfere les exercices à l'étude. Je voudrois bien sçavoir quelle satisfaction on peut prendre d'avoir toujours le nez dans un Livre.

A. Je vous l'apprendrai', quand vous m'aurez dit l'utilité que vous tirez de vos exercices.

B. Ils conservent ma fanté, ils me rendent le corps souple & léger, & ils m'apprennent à me bien présenter dans une compagnie, ce qui est un grand point ; car vous sçavez, Monsieur , que l'extérieur donne un grand avantage à la réputation.

A. J'en conviens : mais quand cette réputation n'est point foûtenuë par un esprit cultivé ; en vérité, Monsieur , elle eft de bien peu de durée. Et peut-on cultiver l'esprit sans l'étude & sans la lecture? L'esprit n'est-il pas la partie essentielle de l'homme ? Cela étant , les plaisirs de l'esprit sont bien plus solides que ceux

B. Monsieur, il me faut du détail pour me convaincre.

A. J'y consens. L'étude nous préserve des railleries , ausquelles l'ignorance nous expose, pour peu qu'on soit répandu dans

du corps.

le monde : elle nous apprend à modérer nos pallions , & par-là nous rend capables d'entrer dans toutes les bonnes socié. tés. Elle forme notre jugement, de maniere que nous pouvons nous garantir du mal & pratiquer la vertu.

B. C'est votre sentiment; mais on m'a toujours fait entendre que l'étude & le courage étoient incompatibles.

A. On vous a bien trompé, Monsieur. Que pensez-vous d'Aléxandre , de César, de Charlemagne , & d'une infinité d'autres que je pourois vous nummer? Avezvous quelques reproches à leur faire du côté du courage? Je ne le crois pas. Ce pendant tous ces grands Capitaines se sont trouvez honorez du titre de Restaurateurs des sciences : ils les ont si heureufement alliées avec les armes, qu'ils n'avoient pas moins de connoillance dans les Loix, que d'expérience dans la guerre ; & leur valeur auroit eû bien moins d'éclat, si elle n'avoit été fecondée de leur éloquence.

B. Je commence à me repentir d'avoir mal employé ma jeunesse.

Å. Monsieur, il est encore tems , pourvû que vous vous appliquiez sérieusement,

B. S'il me faut du Latin , je suis perdu; car rien ne m'est plus insupportable qu'un Pédant,

A.

A. Le Latin n'est pas absolument nécessaire; parce qu'il n'y a point de bons Auteurs, sur quelque matiere & en quelque langue que ce soit , qui n'ayent été traduits en François par de très-fçavans hommes.

B. Vous croyez, Monsieur que je pourrai venir à bout de lire une si grande quantité de Livres.

A. Non, Monsieur, il ne faut point que

vous les lisiez tous ; mais il faut en choisir un petit nombre, ausquels vous donnerez toute votre attention ; afin qu'ils vous deviennent familiers. Je ne vous demande point de spéculation, de peur de vous ennuier & de vous rebuter ; mais vous auriez besoin de Mathématique, de Politique , & principalement d'Histoire , qui fournit beaucoup de matiere aux conversations , & qui fait briller l'esprit, pour peu qu'on en ait.

B. Je vous sçai bon gré, Monsieur, de m'avoir tenu tête , me voilà convaincu ; je vais quitter toutes les compagnies qui m'ont empêché de profiter des falutaires conseils qu'on m'a donnez, & qui me fém duisoient par leurs flatteries.

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Sur une querelle. C. Onsieur, j'allois chez vous,

pour vous demander des nou. velles de ce qui se passa hier.

S. Je suis ravi , Monsieur , de vous en avoir épargné la peine. Dites - moi, s'il vous plaît, de quoi vous voulez que je vous instruire.

C. On dit que Messieurs ** querelle ensemble , & qu'ils en sont venus même jusqu'aux voyes de fait.

S. J'arrivai fort à propos pour les féparer.

6. Il est bien triste de voir des amis se laisser emporter à de telles extrêmités, souvent pour des bagatelles.

S. Plusieurs de leurs amis travaillent à les racommoder ; mais je suis persuadé que vous en viendrez mieux à bout

que perfonne , parce qu'ils ont beaucoup de confiance en vous.

C. Je prens assez d'intérêt à tous les deux pour y faire tout ce qui dépendra de moi ; c'est pour cela que je m'en informe à des personnes qui puissent m'en inftruire fans prévention, parce qu'on ne sçauroit jamais juger sainement sur ce que disent les parties.

S. Monsieur N, est celui qui peut

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