페이지 이미지
PDF
ePub

attribue des desseins déreglez, & des intentions criminelles ; & on trouve toujours dans la conduite assez dequoi le juger orgueilleux , curieux, diffimulé, jaloux & capable de cacher adroitement ses vices, fous quelque apparence de vertu.

Lors même que nous n'en avons pas de si mauvais sentimens , la complaifance nous empêche de contredire ceux qui les ont , & nous fait adhérer en apparence à tout ce qu'ils en téa moignent, quoique nous les condamnions intérieurement, & que dans une autre occasion nous ne manquions pas de nous jetter aussi sur eux, ni de les representer tels qu'ils nous ont paru.

XIX.

[ocr errors]

Que s'il arrive qu'on loue quelqu'un, ce n'est souvent que pour blâmer plus fortement & plus efficacement ceux qu'on n'aime pas; afin de rendre leurs défauts plus remarquables , on fait beaucoup valoir les qualitez contraires de ceux qu'on aime : & on releve tout en eux, afin de rabaisser tout dans les autres.

[blocks in formation]

Quand on se laisse aller aux mouve: mens de l'amour propre , & qu'on en suit les impressions, il n'y a rien de quoi on ne prétende avoir sujet de se plaindre; on se plaine de tout le monde, de ses ennemis & de ses amis, de ses superieurs & de fes égaux ; on se plaint de foy-même, de la condition, de son corps, de son esprit & de tous les évenemens de la vie. Les religieux mêmes qui ont embrassé une vie de mortification & de penitence , & qui · fe font enfermez dans des monasteres pour y mourir à tout , & à leur propre personne , deviennent quelquefois si délicats, qu'ils ne peuvent fouffrir les moindres incommoditez , & qu'ils ne cessent jamais de s'en plaindre ; ils croyent qu'on n'a pas assez de compassion pour eux; qu'on n'estime pas leur mal, aussi grand qu'il est; qu'on ne s'applique pas assez à le connoître , ou à y chercher les remedes nécessaires; ils accusent les medecins d'ignorance , & ils attribuent de la negligence avec divers manquemens à ceux qui doivent avoir soin d'eux ; ils murmu

rent

rent de ce qu'il leur semble qu'on leur préfere d'autres malades , ou qu'on ne les met pas dans un lieu assez commode. Ils reprochent à tout le monde qu'on fait trop de bruit , ou qu'on ne les visite pas , ou qu'on les importune par la maniere dont on les visite ; ils trouvent aussi qu'on ne les sert jamais assez-tôt, ni à propos ; qu'on ne leur donne pas les choses dont ils ont befoin , & que celles qu'on leur donne ne leur sont ni propres, ni utiles. En un mot, nous ne sommes jamais con. tens de rien, parce que notre esprit n'étant pas dans une bonne situation, tout lui paroit être en defordre.

XXI.

Ce seroit une entreprise aussi inuti. le qu'infinie , de prétendre remedier à de li grands maux par des réflexions particulieres sur l'injustice de chaque plainte ; l'amour propre trouve tou

jours une infinité de raisons pour se - solltenir:& comme ce sont nos raisons,

nousles préférons toûjours à celles des · autres , contre lesquelles nous sommes même prévenus. Ainsi il suffit d'opposer aux murmures des hommes

Tome II.

T

ce principe general; qu'un chrétien étant obligé à la penitence & à la mortification, doit fe contenter de recevoir humblement les soulagemen's qu'on lui accorde; & que comme il ne lui est pas permis de chercher, ni de souhaiter les biens du monde , il ne lui est pas non plus permis d'en fuir , ni d'en craindre les maux & les peines. Un miserable dont les crimes auroient merité la mort, pouroit-il blâmer ses juges, de ce qu'ils le tiendroient dans un cachot, fans lui donner que de l'eau avec du pain, & sans se mettre en peine de sa santé & de ses commoditez. C'est l'état où nos pechez nous réduisent devant Dieu ; & comme ils lui donnent droit d'exercer envers nous les rigueurs de fa justice, nous n'avons pas sujet de trouver mauvais que les hommes s'en rendent les executeurs à notre égard. On ne por· te pas néanmoins à ces extremitez la conduite qu'on tient envers nous : &

si nous comparons la maniere dont on · nous traite avec les miseres d'une in

finité de pauvres, au lieu de nous plaindre, nous aurons honte de ce - qu'après avoir embrassé dans notre

-batême une religion qui nous engage à être pauvres de cæur, nous le sommes fi peu dans nos maladies. Quand même on nous causeroit veritablement quelque peine, nous devons reconnoître qu'elle est très-legere, trèsdouce & très-petite , en comparaison de celles qui arrivent à un grand nombre de personnes ; aussi bien que nous souvenir du pauvre dont parle faint Gregoire , qui souffrant pendant toute une nuit d'hyver, une extréme faim & un froid très-rude, rendoit graces à Dieu de ce qu'il souffroit beaucoup moins, que des criminels qui étoient dans des basses fosses & des malades qui n'avoient aucune consola'tion dans leurs douleurs.

XXII. .

Quelque part que la sensibilité de l'amour propre ait dans les plaintes des hommes, leur orgueil y en a encore davantage , & y contribue d'une maniere plus dangereuse. Tous ceux qui suivent leur corruption naturelle, cherchent à s'élever au-dessus des autres , & au-dessus même de leur état. Ils se comparent avec les personnes

« 이전계속 »