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S'uniraient vainement pour l'ôter de mes mains ;
Tu peux partir.
N ÉREsTAN.
Qu'entends-je ? Elle naquit chrétienne.
J'ai pour la délivrer ta parole et la sienne ;
Et quant à Lusignan, ce vieillard malheureux,
Pourrait-il?...
O R O SMA N E.
Je t'ai dit, chrétien, que je le veux.

J'honore ta vertu; mais cette humeur altière, -
Se faisant estimer, commence à me déplaire :
Sors, et que le soleil levé sur mes États,
Demain près du Jourdain ne te retrouve pas.

( Nérestan sort.)

FATIM1E.
O Dieu, secourez-nous !
O R O S MA N E
Et vous, allez, Zaire,

Prenez dans le sérail un souverain empire ;
Commandez en sultane, et je vais ordonner
La pompe d'un hymen qui vous doit couronner.

S C È NE V.
OROSMANE, CORASMIN.

O R O S MA N E.
CoRAsMIN, que veut donc cet esclave infidèle ?
Il soupirait... ses yeux se sont tournés vers elle,
Les as-tu remarqués ?

C O RAS MIN.

Que dites-vous, seigneur ? De ce soupçon jaloux écoutez-vous l'erreur ?

O R O SMA N E.

Moi, jaloux ! qu'à ce point ma fierté s'avilisse !
Que j'éprouve l'horreur de ce honteux supplice ! .
Moi, que je puisse aimer comme l'on sait hair! (2)
Quiconque est soupçonneux invite à le trahir.
Je vois à l'amour seul ma maîtresse asservie ;
Cher Corasmin, je l'aime avec idolâtrie :
Mon amour est plus fort, plus grand que mes bienfaits.
Je ne suis point jaloux... si je l'étais jamais...
Simon cœur... Ah! chassons cette importune idée :
D'un plaisir pur et doux mon âme est possédée.
Va, fais tout préparer pour ces moments heureux,
Qui vont joindre ma vie à l'objet de mes vœux.
Je vais donner une heure aux soins de mon empire,
Et le reste du jour sera tout à Zaire.

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O brave Nérestan, chevalier généreux,
Vous qui brisez les fers de tant de malheureux,
Vous, sauveur des chrétiens, qu'un dieu sauveur envoie,
Paraissez, montrez-vous; goûtez la douce joie
De voir nos compagnons pleurant à vos genoux,
Baiser l'heureuse main qui nous délivre tous.
Aux portes du sérail en foule ils vous demandent,
Ne privez point leurs yeux du héros qu'ils attendent,
Et qu'unis à jamais sous notre bienfaiteur...
N É R EsTAN.
Illustre Chatillon, modérez cet honneur,
J'ai rempli d'un Français le devoir ordinaire;
J'ai fait ce qu'à ma place on vous aurait vu faire.
CHATIL L O N.
Sans doute, et tout chrétien, tout digne chevalier,
Pour sa religion se doit sacrifier;
Et la félicité des cœurs tels que les nôtres
Consiste à tout quitter pour le bonheur des autres.
Heureux à qui le ciel a donné le pouvoir
De remplir comme vous un si noble devoir !
Pour nous, tristes jouets du sort qui nous opprime,
Nous, malheureux Français, esclaves dans Solyme,

Oubliés dans les fers, où long-temps, sans secours, Le père d'Orosmane abandonna nos jours : Jamais nos yeux sans vous ne reverraient la France. N ÉRE sTAN. Dieu s'est servi de moi, seigneur : sa providence . De ce jeune Orosmane a fléchi la rigueur. Mais quel triste mélange altère ce bonheur ! Que de ce fier soudan la clémence odieuse Répand sur ses bienfaits une amertume affreuse ! Dieu me voit et m'entend ; il sait si dans mon cœur J'avais d'autres projets que ceux de sa grandeur. Je faisais tout pour lui : j'espérais de lui rendre Une jeune beauté, qu'a l'âge le plus tendre Le cruel Noradin fit esclave avec moi, Lorsque les ennemis de notre auguste foi, Baignant de notre sang la Syrie enivrée, Surprirent Lusignan vaincu dans Césarée. Du sérail des sultans sauvé par des chrétiens, Remis depuis trois ans dans mes premiers liens, Renvoyé dans Paris sur ma seule parole, Seigneur, je me flattais, espérance frivole ! De ramener Zaire à cette heureuse cour, Où Louis des vertus a fixé le séjour. Déja même la reine, à mon zèle propice, Lui tendait de son trône une main protectrice. Enfin, lorsqu'elle touche au moment souhaité, Qui la tirait du sein de la captivité, On la retient.... Que dis-je?... Ah! Zaire elle-même, Oubliant les chrétiens pour ce soudan qui l'aime... N'y pensons plus... Seigneur, un refus plus cruel Vient m'accabler encor d'un déplaisir mortel ; Des chrétiens malheureux l'espérance est trahie. Théâtre. 2.

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CHATILLoN.
Je vous offre pour eux ma liberté, ma vie ;
Disposez-en, seigneur, elle vous appartient.

N E R ESTA N.

Seigneur, ce Lusignan, qu'à Solyme on retient,
Ce dernier d'une race en héros si féconde,
Ce guerrier dont la gloire avait rempli le monde,
Ce héros malheureux, de Bouillon descendu,
Aux soupirs des chrétiens ne sera point rendu.

C HATILL O N.
Seigneur, s'il est ainsi, votre faveur est vaine :
Quel indigne soldat voudrait briser sa chaîne,
Alors que dans les fers son chef est retenu ?
Lusignan, comme à moi, ne vous est pas connu.
Seigneur, remerciez le ciel, dont la clémence
A pour votre bonheur placé votre naissance
Long-temps après ces jours à jamais détestés,
Après ces jours de sang et de calamités,
Où je vis sous le joug de nos barbares maîtres
Tomber ces murs sacrés conquis par nos ancêtres.
Ciel! si vous aviez vu ce temple abandonné,
Du Dieu que nous servons le tombeau profané,
Nos pères, nos enfants, nos filles et nos femmes,
| Aux pieds de nos autels expirant dans les flammes,
Et notre dernier roi, courbé du faix des ans,
Massacré sans pitié sur ses fils expirants !
Lusignan, le dernier de cette auguste race,
Dans ces moments affreux ranimant notre audace,
Au milieu des débris des temples renversés,
Des vainqueurs, des vaincus, et des morts entassés,
Terrible, et d'une main reprenant cette épée,
Dans le sang infidèle à tout moment trempée,

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