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Et que vous osiez joindre à l'horreur qui m'accable,
D'une fausse pitié l'affront insupportable !
Qu'à mes yeux... -
ADÉLAi DE.
Ah! plutôt donnez-moi le trépas.
Immolez votre amante, et ne l'accusez pas.
Mon cœur n'est point armé contre votre colère,
Cruel, et vos soupçons manquaient à ma misère.
Ah! Nemours, de quels maux nos jours empoisonnés.. .
N E M O U R S.
Vous me plaignez, cruelle, et vous m'abandonnez.
A DÉ LAiDE.
Je vous pardonne, hélas! cette fureur extrême,
Tout, jusqu'à vos soupçons; jugez si je vous aime.
- N E M O U RS -
Vous m'aimeriez ? qui, vous ? Et Vendôme à l'instant
Entoure de flambeaux l'autel qui vous attend.
Lui-même il m'a vanté sa gloire et sa conquête.
Le barbare ! il m'invite à cette horrible fête.
Que plutôt...
A D É LAiDE.
Ah! cruel, me faut-il employer
Les moments de vous voir à me justifier ? -
Votre frère, il est vrai, persécute ma vie,
Et par un fol amour, et par sa jalousie,
Et par l'emportement dont je crains les effets,
Et, le dirai-je encor, seigneur ? par ses bienfaits.
J'atteste ici le ciel, témoin de ma conduite...
Mais pourquoi l'attester ?Nemours, suis-je réduite,
Pour vous persuader de si vrais sentiments,
Au secours inutile et honteux des serments ?

Non, non, vous connaissez le cœur d'Adélaide; C'est vous qui conduisez ce cœur faible et timide. N E M O U R S. Mais mon frère vous aime. - ADÉLAiDE. Ah! n'en redoutez rien. N E M 0 URS. Il sauva vos beaux jours. A DÉLAI DE. Il sauva votre bien. Dans Cambrai, je l'avoue, il daigna me défendre. Au roi que nous servons il promit de me rendre ; Et mon cœur se plaisait, trompé par mon amour, Puisqu'il est votre frère, à lui devoir le jour. J'ai répondu, seigneur, à sa flamme funeste, Par un refus constant, mais tranquille et modeste, Et mêlé du respect que je devrai toujours A mon libérateur, au frère de Nemours. , Mais mon respect l'enflamme, et mon refus l'irriteJ'anime en l'évitant l ardeur de sa poursuite. Tout doit, si je l'en crois, céder à son pouvoir; * Lui plaire est ma grandeur, l'aimer est mon devoir. Qu'il est loin, juste Dieu, de penser que ma vie, Que mon âme a la vôtre est pour jamais unie, Que vous causez les pleurs dont mes yeux sont chargés, Que mon cœur vous adore, et que vous m'outragez ! Oui, vous êtes tous deux formés pour mon supplice, Lui par sa passion, vous par votre injustice ; Vous, Nemours, vous, ingrat, que je vois aujourd'hui Moins amoureux, peut-être, et plus cruel que lui. N E M O U R S. C'en est trop... pardonnez... voyez mon âme èn proie Théâtre. 2. • I8

A l'amour, aux remords, à l'excès de ma joie.
Digne et charmant objet d'amour et de douleur,
Ce jour infortuné, ce jour fait mon bonheur.
Glorieux, satisfait, dans un sort si contraire,
Tout captif que je suis, j'ai pitié de mon frère.
Il est le seul à plaindre avec votre courroux ;
Et je suis son vainqueur, étant aimé de vous.

S C È N E III.
VENDOME, NEMOURS, ADÉLAIDE.

vENDôME. CoNNAIssEz donc enfin jusqu'où va ma tendresse, Et tout votre pouvoir, et toute ma faiblesse : . Et vous, mon frère, et vous, soyez ici témoin Si l'excès de l'amour peut emporter plus loin. Ce que votre amitié, ce que votre prière, Les conseils de Coucy, le roi, la France entière, Exigeaient de Vendôme, et qu'ils n'obtenaient pas, Soumis et subjugué, je l'offre à ses appas. L'amour, qui malgré vous nous a faits l'un pour l'autre, Ne me laisse de choix, de parti que le vôtre. Je prends mes lois de vous; votre maître est le mien. De mon frère et de moi soyez l'heureux lien. Soyez-le de l'État, et que ce jour commence Mon bonheur et le vôtre, et la paix de la France. Vous, courez, mon cher frère, allez dès ce moment Annoncer à la cour un si grand changement. Moi, sans perdre de temps, dans ce jour d'allégresse, Qui m'a rendu mon roi, mon frère et ma maîtresse, D'un bras vraiment français, je vais, dans nos remparts, Sous nos lis triomphants briser les léopards.

Soyez libre, partez, et de mes sacrifices
Allez offrir au roi les heureuses premices.
Puissé-je à ses genoux présenter aujourd'hui
Celle qui m'a domté, qui me ramène à lui,
Qui d'un prince ennemi fait un sujet fidèle,
Changé par ses regards et vertueux par elle.
- N E M O U R S.
(A part.) -
Il fait ce que je veux, et c'est pour m'accabler !
(A Adélaïde. )
Prononcez notre arrêt, madame, il faut parler.
v E N D ô M E.
Eh quoi! vous demeurez interdite et muette ?
De mes soumissions êtes-vous satisfaite ? .
Est-ce assez qu'un vainqueur vous implore à genoux ?
Faut-il encor ma vie, ingrate ? elle est à vous.
Vous n'avez qu'à parler, j'abandonne sans peine
Ce sang infortuné, proscrit par votre haine.
- A D É LA i D E.
Seigneur, mon cœur est juste; on ne m'a vu jamais
Mépriser vos bontés et haïr vos bienfaits :
Mais je ne puis penser qu'à mon peu de puissance
Vendôme ait attaché le destin de la France,
Qu'il n'ait lu son devoir que dans mes faibles yeux,
Qu'il ait besoin de moi pour être vertueux.
Vos desseins ont sans doute une source plus pure ;
Vous avez consulté le devoir, la nature :
Lamour a peu de part où doit régner l'honneur.
V EN D ô M E.
Lamour seul a tout fait, et c'est-là mon malheur ;
Sur tout autre intérêt ce triste amour l'emporte.
Accablez-moi de honte, accusez-moi, n'importe ;

Dussé-je vous déplaire et forcer votre cœur,
L'autel est prêt; venez.

N E M O U R S.

Vous osez ?...
A DÉLAiDE.
Non, seigneur.

Avant que je vous cède et que l'hymen nous lie,
Aux yeux de votre frère arrachez-moi la vie.
Le sort met entre nous un obstacle éternel.
Je ne puis être à vous.

vENDôME.

Nemours... ingrate... Ah ciel ! C'en est donc fait...mais non... mon cœur sait se contraindre. Vous ne méritez pas que je daigne m'en plaindre. Vous auriez dû peut-être, avec moins de détour, Dans ses premiers transports étouffer mon amour, Et par un prompt aveu, qui m'eût guéri sans doute, M'épargner les affronts que ma bonté me coûte. Mais je vous rends justice; et ces séductions, Qui vont au fond des cœurs chercher nos passions, L'espoir qu'on donne à peine afin qu'on le saisisse, Ce poison préparé des mains de l'artifice, Sont les armes d'un sexe aussi trompeur que vain, Que l'œil de la raison regarde avec dédain. Je suis libre par vous : cet art que je déteste, Cet art qui m'enchaîna, brise un joug si funeste; Et je ne prétends pas, indignement épris, Rougir devant mon frère et souffrir des mépris. Montrez-moi seulement ce rival qui se cache ; Je lui cède avec joie un poison qu'il m'arrache; (4) Je vous dédaigne assez tous deux pour vous unir, Perfide ! et c'est ainsi que je dois vous punir.

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