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A DÉLAiD E. Je devrais seulement vous quitter et me taire ; Mais je suis accusée, et ma gloire m'est chère. Votre frère est présent, et mon honneur blessé Doit repousser les traits dont il est offensé. Pour un autre que vous ma vie est destinée ; Je vous en fais l'aveu, je m'y vois condamnée.5 Oui, j'aime ; et je serais indigne, devant vous, De celui que mon cœur s'est promis pour époux, Indigne de l'aimer, si, par ma complaisance, J'avais à votre amour laissé quelque espérance. Vous avez regardé ma liberté, ma foi, Comme un bien de conquête, et qui n'est plus à moi. Je vous devais beaucoup; mais une telle offense Ferme à la fin mon cœur à la reconnaissance : Sachez que des bienfaits qui font rougir mon front, A mes yeux indignés ne sont plus qu'un affront. J'ai plaint de votre amour la violence vaine, Mais, après ma pitié, n'attirez point ma haine. J'ai rejeté vos vœux, que je n'ai point bravés ; J'ai voulu votre estime, et vous me la devez.

vENDôME. Je vous dois ma colère, et sachez qu'elle égale Tous les emportements de mon amour fatale. Quoi donc ! vous attendiez, pour oser m'accabler, Que Nemours fût présent et me vît immoler ? Vous vouliez ce témoin de l'affront que j'endure ? Allez, je le croirais l'auteur de mon injure, Si... mais il n'a point vu vos funestes appas ; Mon frère trop heureux ne vous connaissait pas. Nommez donc mon rival : mais gardez-vous de croire Que mon lâche dépit lui cède la victoire.

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Je vous trompais, mon cœur ne peut feindre long-temps:
Je vous traine à l'autel, à ses yeux expirants ;
Et ma main, sur sa cendre, à votre main donnée,
Va tremper dans le sang les flambeaux d'hyménée.
Je sais trop qu'on a vu, lâchement abusés,
Pour des mortels obscurs, des princes méprisés ;
Et mes yeux perceront, dans la foule inconnue,
Jusqu'à ce vil objet qui se cache a ma vue.

N E M O U R S.
Pourquoi d'un choix indigne osez-vous l'accuser?

v E N D ô M E. Et pourquoi, vous, mon frère, osez-vous l'excuser ? Est-il vrai que de vous elle était ignorée ? Ciel! a ce piège affreux ma foi serait livrée ! Tremblez ! - N E M O U R S. Moi, que je tremble ! ah! j'ai trop dévoré L'inexprimable horreur où toi seul m'as livré. J'ai forcé trop long-temps mes transports au silence : Connais-moi donc, barbare, et remplis ta vengeance. Connais un désespoir à tes fureurs égal. Frappe, voilà mon cœur, et voilà ton rival. vENDôME. Toi, cruel! toi, Nemours? N EMO U RS. Oui, depuis deux années, L'amour la plus secrète a joint nos destinées. C'est toi dont les fureurs ont voulu m'arracher Le seul bien sur la terre où j'ai pu m'attacher. Tu fais depuis trois mois les horreurs de ma vie ; Les maux que j'éprouvais passaient ta jalousie :

Par tes égarements juge de mes transports.
Nous puisâmes tous deux dans ce sang dont je sors
L'excès des passions qui dévorent une âme :
La nature à tous deux fit un cœur tout de flamme.
Mon frère est mon rival, et je l'ai combattu ;
J'ai fait taire le sang, peut-être la vertu.
Furieux, aveuglé, plus jaloux que toi-même,
J'ai couru, j'ai volé, pour t'ôter ce que j'aime ;
Rien ne m'a retenu, ni tes superbes tours,
Ni le peu de soldats que j'avais pour secours,
Ni le lieu, ni le temps, ni surtout ton courage ;
Je n'ai vu que ma flamme, et ton feu qui m'outrage.
L'amour fut dans mon cœur plus fort que l'amitié;
Sois cruel comme moi, punis-moi sans pitié :
Aussi bien tu ne peux t'assurer ta conquête,
Tu ne peux l'épouser qu'aux dépens de ma tête.
A la face des cieux je lui donne ma foi ;
Je te fais de nos vœux le témoin malgré toi..
Frappe, et qu'après ce coup, ta cruauté jalouse
Traîne aux pieds des autels ta sœur et mon épouse.
Frappe, dis-je : oses-tu ?
vENDôME.
Traître, c'en est assez.
Qu'on l'ôte de mes yeux : soldats, obéissez.
A D É LAiDE.
(Aux soldats.)
Non : demeurez, cruels... Ah! prince, est-il possible
Que la nature en vous trouve une âme inflexible ?
Seigneur !
NE M O U RS.
Vous le prier ? plaignez-le plus que moi.
Plaignez-le : il vous offense, il a trahi son roi.

Va, je suis dans ces lieux plus puissant que toi-mê
Je suis vengé de toi : l'on te hait, et l'on m'aime.

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Qu'on m'en réponde, allez. Madame, levez-vous.
Vous prières, vos pleurs en faveur d'un parjure,
Sont un nouveau poison versé sur ma blessure :
Vous avez mis la mort dans ce cœur outragé;
Mais, perfide, croyez que je mourrai vengé.
Adieu : si vous voyez les effets de ma rage,
N'en accusez que vous; nos maux sont votre ouvrage.
A D É LAiDE.
Je ne vous quitte pas : écoutez-moi, seigneur.
vENDôME.

Eh bien ! achevez donc de décider mon cœur :
Parlez.

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C O U CY.
J'ALLAIs partir : un peuple téméraire
Se soulève en tumulte au nom de votre frère.
Le désordre est partout ; vos soldats consternés
Désertent les drapeaux de leurs chefs étonnés ;
Et, pour comble de maux, vers la ville alarmée,
L'ennemi rassemblé fait marcher son armée.

vENDôME. Allez, cruelle, allez; vous ne jouirez pas Du fruit de votre haine et de vos attentats : Rentrez. Aux factieux je vais montrer leur maître. (A l'officier.) (A Coucy.) Qu'on la garde. Courons. Vous, veillez sur ce traître.

SC È N E V.
NEMOURS, COUCY.

C O U C Y.
LE seriez-vous, seigneur?auriez-vous démenti
Le sang de ces héros dont vous êtes sorti ? .
Auriez-vous violé, par cette lâche injure,
Et les droits de la guerre, et ceux de la nature ?
Un prince à cet excès pourrait-il s'oublier ?

N E M O U R S.

Non; mais suis-je réduit à me justifier ?
Coucy, ce peuple est juste, il t'apprend à connaître
Que mon frère est rebelle, et que Charle est son maître.

C O U C Y.
Écoutez : ce serait le comble de mes vœux,
De pouvoir aujourd'hui vous réunir tous deux.
Je vois avec regret la France désolée,
A nos dissentions la nature immolée,
Sur nos communs débris l'Anglais trop élevé,
Menaçant cet État par nous-même énervé.
Si vous avez un cœur digne de votre race,
Faites au bien public servir votre disgrâce.
Rapprochez les partis ; unissez-vous à moi
Pour calmer votre frère, et fléchir votre roi,
Pour éteindre le feu de nos guerres civiles.

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