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N E M O U R S.

Ne vous en flattez pas; vos soins sont inutiles.
Si la discorde seule avait armé mon bras,
Si la guerre et la haine avaient conduit mes pas.
Vous pourriez espérer de réunir deux frères,
L'un de l'autre écartés dans des partis contraires.
Un obstacle plus grand s'oppose à ce retour.

C O U C Y.
Et quel est-il, seigneur?

N E M O U R S.

Ah ! reconnais l'amour ; Reconnais la fureur qui de nous deux s'empare, Qui m'a fait téméraire, et qui le rend barbare.

C O U C Y. Ciel! faut-il voir ainsi par des caprices vains, Anéantir le fruit des plus nobles desseins, L'amour subjuguer tout, ses cruelles faiblesses Du sang qui se révolte étouffer les tendresses; Des frères se hair, et naître, en tous climats, Des passions des grands le malheur des États?(5) Prince, de vos amours laissons là le mystère. Je vous plains tous les deux ; maisje sers votre frère. Je vais le seconder; je vais me joindre à lui Contre un peuple insolent qui se fait votre appui. Le plus pressant danger est celui qui m'appelle. Je vois qu'il peut avoir une fin bien cruelle : Je vois les passions plus puissantes que moi; Et l'amour seul ici me fait frémir d'effroi. Mon devoir a parlé; je vous laisse, et j'y vole. Soyez mon prisonnier, mais sur votre parole ; Elle me suflira.

N E M O U R S. Je vous la donne. C O U C Y. Et moi Je voudrais de ce pas porter la sienne au roi ; Je voudrais cimenter, dans l'ardeur de lui plaire, Du sang de nos tyrans une union si chère. Mais ces fiers ennemis sont bien moins dangereux Que ce fatal amour qui vous perdra tous deux.

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NoN, non, ce peuple en vain s'armait pour ma défense ;
Mon frère, teint de sang, enivré de vengeance,
Devenu plus jaloux, plus fier et plus cruel,
Va traîner à mes yeux sa victime à l'autel.
Je ne suis donc venu disputer ma conquête,
Que pour être témoin de cette horrible fête !
Et, dans le désespoir d'un impuissant courroux,
Je ne puis me venger qu'en me privant de vous !
Partez, Adélaide.
ADÉLAiDE.
Il faut que je vous quitte ! ...
Quoi, vous m'abandonnez! ... vous ordonnez ma fuite !
N E M O U R S.
Il le faut : chaque instant est un péril fatal ;
Vous êtes une esclave aux mains de mon rival.
Remercions le ciel, dont la bonté propice
Nous suscite un secours aux bords du précipice.
Vous voyez cet ami qui doit guider vos pas ;
Sa vigilance adroite a séduit des soldats.
(A Dangeste.)
Dangeste, ses malheurs ont droit à tes services ;
Je suis loin d'exiger d'injustes sacrifices ;

Je respecte mon frère, et je ne prétends pas
Conspirer contre lui dans ses propres États.
Écoute seulement la pitié qui te guide,
Écoute un vrai devoir, et sauve Adélaide.
A DÉ LA i D E.
Hélas! ma délivrance augmente mon malheur.
Je détestais ces lieux, j'en sors avec terreur.

N E M O U R S. Privez-moi par pitié d'une si chère vue : Tantôt à ce départ vous étiez résolue ; Le dessein était pris, n'osez-vous l'achever ? - A DÉ LA i D E. Ah! quand j'ai voulu fuir, j'espérais vous trouver. N E M O U R S. Prisonnier sur ma foi, dans l'horreur qui me presse , Je suis plus enchaîné par ma seule promesse, Que si de cet État les tyrans inhumains Des fers les plus pesants avaient chargé mes mains. Au pouvoir de mon frère ici l'honneur me livre ; Je peux mourir pour vous, mais je ne peux vous suivre. Vous suivrez cet ami par des détours obscurs, Qui vous rendront bientôt sous ces coupables murs De la Flandre à sa voix on doit ouvrir la porte ; Du roi sous les remparts il trouvera l'escorte Le temps presse, évitez un ennemi jaloux. A D É LAïD E. Je vois qu'il faut partir... cher Nemours, et sans vous ! N E M O U R S. L'amour nous a rejoints, que l'amour nous sépare. A DÉ LAiDE. Qui! moi?que je vous laisse au pouvoir d'un barbare ?

Seigneur, de votre sang i'Anglais est altéré ;
Ce sang à votre frère est-il donc si sacré?
Craindra-t-il d'accorder, dans son courroux fuiieste ,
Aux alliés qu'il aime, un rival qu'il déteste ?
N E M O U R S,
il n'oserait.
- A DÉLAiDE.
Son cœur ne connaît point de frein ;
Il vous a menacé, menace-t-il en vain ?
· N E M O U R S.
Il tremblera bientôt; le roi vient et nous venge ;
La moitié de ce peuple à ses drapeaux se range.
Allez : si vous m'aimez, dérobez-vous aux coups
Des foudres allumés, grondant autour de nous,
Au tumulte, au carnage, au désordre esfroyable,
Dans des murs pris d'assaut, malheur inévitable :
Mais craignez encor plus mon rival furieux,
Craignez l'amour jaloux qui veille dans ses yeux.
Je frémis de vous voir encor sous sa puissance ;
Redoutez son amour autant que sa vengeance ;
Cédez à mes douleurs; qu'il vous perde, partez.
A DÉ LAi DE.
Et vous vous exposez seul à ses cruautés !
NE MoURs.
Ne craignant rien pour vous, je craindrai peu mon frere;
Et bientôt mon appui lui devient nécessaire.
ADÉLAiDE.
Aussi-bien que mon cœur, mes pas vous sont soumis.
Eh bien ! vous l'ordonnez, je pars et je frémis !
Je ne sais... mais enfin, la fortune jalouse
M'a toujours envié le nom de votre épouse.

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