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N E M O U R S,
Partez avec ce nom. La pompe des autels,
Ces voiles, ces flambeaux, ces témoins solennels,
Inutiles garants d'une foi si sacrée,
La rendront plus connue, et non plus assurée.
Vous, mânes des Bourbons, princes, rois mes aieux,
Du séjour des héros tournez ici les yeux.
J'ajoute à votre gloire, en la prenant pour femme;
Confirmez mes serments, ma tendresse et ma flamme :
Adoptez-la pour fille, et puisse son époux
Se montrer à jamais digne d'elle et de vous !

A DÉLAiDE.
Rempli de vos bontés, mon cœur n'a plus d'alarmes.
Cher époux, cher amant...

N E M O U R S.

Quoi! vous versez des larmes? C'est trop tarder, adieu... Ciel! quel tumulte affreux !

SCÈNE II. · ADÉLAIDE, NEMOURS, VENDOME, cARDEs.

V EN D ô M E.
JE l'entends, c'est lui-même : arrête, malheureux ;
Lâche qui me trahis, rival indigne, arrête.

N E MoURs.
Il ne te trahit point; mais il t'offre sa tête.
Porte à tous les excès ta haine et ta fureur ;
Va, ne perds point de temps, le ciel arme un vengeur.
Tremble, ton roi s'approche, il vient, il va paraître.

Tu n'as vaincu que moi, redoute encor ton maître.

vENDôME. Il pourra te venger, mais non te secourir ; Et ton sang. ..

A D É LA i D E.

Non, cruel, c'est à moi de mourir.
J'ai tout fait, c'est par moi que ta garde est séduite; .
J'ai gagné tes soldats, j'ai préparé ma fuite.
Punis ces attentats, et ces crimes si grands,
De sortir d'esclavage, et de fuir ses tyrans :
Mais respecte ton frère, et sa femme, et toi-même;
Il ne t'a point trahi, c'est un frère qui t'aime ;
Il voulait te servir, quand tu veux l'opprimer.
Quel crime a-t-il commis, cruel, que de m'aimer ?
L'amour n'est-il en toi qu'un juge inexorable ?
- v EN D ô M E.

Plus vous le défendez, plus il devient coupable ;
C'est vous qui le perdez, vous qui l'assassinez ;
Vous par qui tous nos jours étaient empoisonnés ;
Vous qui, pour leur malheur, armiez des mains si chères.
Puisse tomber sur vous tout le sang des deux frères !
Vous pleurez! mais vos pleurs ne peuvent me tromper,
Je suis prêt à mourir, et prêt à le frapper.
Mon malheur est au comble, ainsi que ma faiblesse.
Oui, je vous aime encor; le temps, le péril presse;
Vous pouvez à l'instant parer le coup mortel ;
Voilà ma main, venez : sa grâce est à l'autel.

A DÉLAiDE.
Moi, seigneur ?

vENDôME.

C'est assez.
A DÉLAiDE.
Moi, que je le trahisse !

vENDôME. Arrêtez... répondez... ADÉLAiDE. Je ne puis. VEND ô M E. Qu'il périsse ! NE MoURs, à Adélaïde. Ne vous laissez pas vaincre en ces affreux combats; Osez m'aimer assez pour vouloir mon trépas; Abandonnez mon sort au coup qu'il me prépare. Je mourrai triomphant des coups de ce barbare ; Et si vous succombiez à son lâche courroux, Je n'en mourrais pas moins, mais je mourrais par vous. vENDôME. Qu'on l'entraîne à la tour : allez, qu'on m'obéisse.

SCÈNE III.
VENDOME, ADÉLAIDE.

ADÉLAïDE.
VoUs, cruel! vous feriez cet affreux sacrifice !
De son vertueux sang vous pourriez vous couvrir !
Quoi! voulez-vous...

vENDôME.

Je veux vous hair et mourir, Vous rendre malheureuse encor plus que moi-même, Répandre devant vous tout le sang qui vous aime,. Et vous laisser des jours plus cruels mille fois Que le jour où l'amour nous a perdus tous trois. Laissez-moi : votre vue augmente mon supplice.

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S C È NE IV. vENDoME, ADELAIDE, coUcY.

A DÉLAiDE, à Coucy.
AH! je n'attends plus rien que de votre justice ;
Coucy, contre un cruel osez me secourir.
- vENDôME.

Garde-toi de l'entendre, ou tu vas me trahir.

ADÉLAiDE. J'atteste ici le ciel...

vENDôME.

Qu'on l'ôte de ma vue. Ami, délivre-moi d'un objet qui me tue.

ADÉLAiDE. Va, tyran, c'en est trop; va, dans mon désespoir, J'ai combattu l'horreur que je sens à te voir ; J'ai cru, malgré ta rage, à ce point emportée, Qu'une femme du moins en serait respectée. L'amour adoucit tout, hors ton barbare cœur ; Tigre! je t'abandonne à toute ta fureur. Dans ton féroce amour, immole tes viçtimes ; Compte dès ce moment ma mort parmi tes crimes, Mais compte encor la tienne : un vengeur va venir, Par ton juste suppliee il va tous nous unir. Tombe avec tes remparts; tombe, et péris sans gloire, Meurs, et que l'avenir prodigue à ta mémoire, A tes feux, à ton nom, justement abhorrés, La haine et le mépris que tu m'as inspirés.

SCÈNE V.
VENDOME, COUCY.

v EN D ôME. OUI, cruelle ennemie, et plus que moi sarouche, Oui, j'accepte l'arrêt prononcé par ta bouche ; Que la main de la haine, et que les mêmes coups Dans l'horreur du tombeau nous reunissent tous. (Il tombe dans un fauteuil.)

C O U C Y, Il ne se connaît plus, il succombe à sa rage. • VENDôME.

Eh bien! souffriras-tu ma honte et mon outrage ?
Le temps presse; veux-tu qu'un rival odieux
Enlève la perfide, et l'épouse à mes yeux ?
Tu crains de me répondre! attends-tu que le traître
Ait soulevé mon peuple, et me livre à son maître ?
C O U CY.
Je vois trop, en effet, que le parti du roi
Du peuple fatigué fait chanceler la foi.
De la sédition la flamme réprimée
Vit encor dans les cœurs, en secret rallumée.
vENDôME. .
C'est Nemours qui l'allume, il nous a trahis tous.
C 0 U C Y.
Je suis loin d'excuser ses crimes envers vous ;
La suite en est funeste, et me remplit d'alarmes.
Dans la plaine déja les Français sont en armes,
Et vous êtes perdu, si le peuple excité
Croit dans la trahison trouver sa sûreté.
Vos dangers sont accrus.

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