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Le PROVINCIAL.

De vos foins mon amc eft pénétrée.

L' £ S P R I T.

Vous êtes bien heureux de m'avoir rencontrée.

( bas au Complaifant. ) Vous le confignerez à ma porte en fortant.

Le Perfiflage aborde l'Efprit du jour; la fcène qui fe paffe entr'eux eft à peuprès du même ton que celle de la toilette; mais elle fait moins de plaifir , parce qu'il y a moins d'action. Le Perfiflage appercevant une Marquife qui aime fon Mari,s'éloi ne & revient l'inftant d'après pour feconder l'Efprit du jour. Ils débitent l'un & l'autre mille impertinences contre les époux conftans & les femmes fideles. La Marquife foutient leurs attaques avec fermeté, elle y répond même avec une intrépidité peu commune , & elle les quitte en leur témoignant tout le mépris qu'ils méritent. Le Perfiflage s'en va enfuit© fouper dans une petite maifon. Un Chevalier , que l'efprit trouve atrabilaire , parce qu'il eft raifonnable , remplace le Perfiflage. L'Efprit commence par fe mocquer de ceux qui payent leurs dettes ou qui n'en contractent pas de nouvelles; ce n'eft pas-là la maniere des gens d'une haute naiflance. Le Chevalier lui répond:

En ce cas-là, je fuis tr*s-roturier; Car chez moi le même ouvrier Ne vient jamais Jeux fois chercher fa récortir penfe, Et le plaifir de le payer, Me fait jouir de ma dépenfe.

Le Chevalier fronde enfuite les travers du fieele.

Moi je ne vois par - tout que faux difcernement;

On ofe mefurer l'eftime à la dépenfe,

La noblefle à l'impertinence,

Le bon fens à la pefanteur, Les vertus à l'éclat, les mœurs à l'indigence, L'efprit aux quolibets, le mérite au bonheur, Le plaifir aux feuls airs, les talens à la mode; La tendrefTe aux préfens, le refpecl au crédit,

Tout en un mot s'abâtardit;
L'homme d'efpnt fans bien n'eft plus qu'une

Pagode;
Une riche Pagode eft un homme d'efprit.

L'Efprit du jour & le Chevalier ne peuvent s'accorder; ce dernier quitta Paris pour aller réfider en Province , & après avoir fait fes adieux, l'Efprit ltii-dit:

Vous reviendrez; alors vous croirez me fur

prendre , L'on vous reverra, je le fens; Dans quel tems croyez-vous pouvoir ici vous

rendre?

Le CHEVALIER, en fortant. Je fixe mon recour à celui du bon fens.

La derniere fcène eft entre Arlequin & l'Efprit; c'eft une critique de toutes les nouveautés qui ont été données l'été précédent.

Si des détails vivement écrits & des Epigrammes redoublées pouvaient faire le fuccès d'une Piece, aucune n'en aurait mérité un plus brillant que l'ouvrage dont nous venons de donner l'extrair.Leftile en eft fouvent brillant, toujours facile: mais on y trouve rare* ment des firuations théâtrales. Des caracteres déjà préfentés plufieurs fois fur la fcène, n'offrent rien de neuf aux Spectateurs toujours avides de nouveauté. On rendît cependant juftice à M. Rouffeau de Touloufe qui en eft l'Auteur , en la regardant comme l'ouvrage d'un homme de beaucoup d'efprit , & ce qui eft plus rare , il fe la rendit lui-même en retirant fa Piece après la dixieme Repréfentation.

DEBUT DE VERONEZE.

Pietro Antonio Veroneze, fils de Carlo Veroneze , qui jouait le rôle de Pantalon, débuta par le rôle du Docteur dans le double Mariage d'Arlequin. Il fut aflez applaudi, mais ne fut point reçu; & ce n'eft qu'à la rentrée du théâtre de cette année (1767), qu'il l'a été à demi-part & pour le même emploi qu'il remplit avec fuccès. Il entend auffi très-bien la partie des décorations , mais il a peu d'occafions d'exercer fes talens en ce genre.

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LA FÊTE D'AMOUR.

Comédie en un aile j en vers j précédée d'un Prologuej / Décembre 17S4'

JL_i E Sieur Chanville & Madame Favart dialoguent ce Prologue. Le premier fe plaît à allarmer Madame Favart fur le fort de la Piece , dont il ne peut croire qu'elle foit l'Auteur.

M. CHANVILLE.

Votre mari du moins l'a corrigée i

M*. FAVART.

Mais quand cela ferait ainfi, Penferiez-vous que ce fut un grand crime? On doit confuker ceux qu'on aime & qu'oa

eftime , Où pourrais-je trouver un plus fîncerc ami t

M. CHANVILLE.

Un époux pour ami ! votre Piece eft mauvaifc, Et cela n'eft pas théâtral.

Quant aux Vers elle les abandonne, & avoue de bonne foi qu'un ami s'eft chargé de rimer & Profe.

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