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Dans fon cœur eft l'innocence ,
Dans fes yeux eft la candeur,
Sa parure eft la décence ,
Et fon fard eft la pudeur.

4,

Fabrice fort, & Ninette revient en chantant. Aftolphe lui témoigne fa furprife de la voir fi contente dans un état fi borné , & lui offre une fortune éclatante , en lui déclarant qu'il l'adore. Ninette qui le prend pour un Officier de fa Cour , lui répond naïvement que cette déclaration lui fait grand plainr: Gardez, lui dit-elle ,

Gardez tous vos tréTors ; je ne veux qu'une
grace.
Vous favez que l'on chade
Tous les jours en ces lieux , du matin jufqu'au
foir;
Si vous avez quelque pouvoir ,
Parlez au Prince, afin que l'on nous débar-
rafle
De tout le train que font fes gens.
Je ne comprens point quelle fievre
Peut faire ainfi courir les champs?
Pour le plaiiir de prendre un lievre,
On ravage quarante arpens.

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Elle le prie , en conféquence , de ne plus revenir , en lui avouant franchement qu'elle aime Colas. Le Prince lui dit de mieux placer fon ardeur , ajoutant qu'un fort brillant l'attend à la Cour, & que les charmes d'une toilette la rendront encore plus belle. Queftce qu'une toilette, lui demande Ninette? Il lui fait cette ingénieufe defcription:

C'eft un Trône ou triomphe l'art; C'eft un Autel que l'on érige aux graces; C'eft-là qu'on peut des tems rapprocher ks efpaces,

Par. l'heureux preftige d'un fard,

Qui des ans applanit les traces.
Des couleurs du plaiflr on ranime fon teint.

Et le pinceau rival de la nature,

Par une agréable impofture
Fait éclore la fleur d'un vifage enfantin.

Chaque jour on eft auffi belle j
D'un air plus triomphant la jeunefle y fouric,

La beauté même s'embellit,

Se fixe Se devient immortelle.

Un Tableau fi flatteur pique la vanité curieufe de Ninette mais elle craint de fâcher Colas : il furvient dans

cette

cette irréfolution , & fait éclater fa jaloufie. Elle l'avertit tout bas de la ca-, cher , de peur d'irriter Aftolphe. Le Prince qui s'en apperçoit, la raflure , en lui ai fan t:

Si Colas vous eft cher , je deviens fon a»i.

COLAS.

On n'eft guerre ami du mari
Quand on veut l'être de la femme.

Le Prince fort après avoir dit à Ninette.

L'heureux Colas vous intérefle. Puiffe-t-il mieux que moi faire votre bonheur:

Ninette reproche à Colas fa groffiéreté vis-à-vjs d'un Seigneur fi poli , qui la veut mener à la Cour; il lui répond qu'Aftolphe lui parlait d'amour , & que cela ne convient pas. Elle lui répart avec une ingénuité rare aujourd'hui , même dans une jeune Payfanne.

Les Meflîeurs de la Cour font trop bien éle-
vés,
Pour entreprendre rien contre la bienféance.'

Colas qui apperçoit dans ce moment
Tome FI. K

le Prince qai revient, & qui la regarde de loin , veut obliger Ninette à rentrer malgré elle; elle réfille: il la tire par le bras ; elle crie alors, & chante avec toutes les graces d'une jolie enfant qui pleure, cette Arriette fi heureufement parodiée de Berthole à la Coar.

Ahiiahi! il me fait grand mal;
Le brutal! le brutal!

COLAS.

Oui, je vous ai fait grand mal.

NINETTE.

Le Seigneur vient ici ,
Ahi ! ahil puifqu'on me traite ainfi,
Je vais me plaindre de ce pas,.&c.

Aftolphe témoigne fa furprife en s'écriant:

Eft-ce là ce tendre Colas?

Colas veut s'emporter; mais Fabrice lui apprend qu'Aftolphe eft le Prince. Ninette & Colas font furpris à leur tour. Le Prince prefle Ninette de venir embellir fa Cour. Elle y confent, en di~ fant tout bas qu'elle veut punir Colas fans lui manquer de foi.

Colas fe defefpére , & veut fuivre Ninette, mais il eft arrêté par une troupe de Chaffeurs. Ils le forcent à s'éloigner; & forment une danfe qui termine le premier acte.

Le théâtre change au fecond acïe , & repréfente un appartement du Palais d'Aftolphe. Ninette paraît en habit de Cour: elle eft fuivie de plufieurs Femmes de Chambre , qui portent chacune différentes parrures; fon panier l'embarrafle & lui donne un air gauche. Elle refufe le rouge dont on veut l'embellir," & laiffe tomber les diamans qu'on lui préfente , pour prendre des fleurs qu'elle jette un inltant après, lorfqu'elle reconnaît qu'elles font artificielles.

Ici l'on ne doit rien qu'à l'art,
La beauté n'eft qu'une peinture ,
Jufqu'aux fleurs tout eft impofture.

Fabrice veut lui donner des leçons de politefle , mais elle le rebute, & prie le Prince qui entre , de la débarrafler de cet homme qui l'ennuie , ajoutant quelle aimerait mieux voir Colas, Aftolphe lui répond:

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