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Vous' allez Voir Colas; j'efpere qu'en ce jour

Vous mettrez entre nous un peu de différence;

Je ne veux qu'à force d'amour,

Lui difputer la préférence.

Il donne enfuite des ordres pour qu'on montre à Ninette toute la magnificence de fa Cour, & voyant paraître la PrincefTe, il fort pour l'éviter. Emilie, (c'eft le nom de la Princeffe qui luieftdeflinée.,) témoigne fes craintes à Clarice fa Confidente ,& la charge d'examiner les pas du Prince & de Ninette. Elle* exprime enfuite fes fentimens par une Ariette.

Viens cfpoir enchanteur,
Viens confoler mon cœur. Sec.

Voyant revenir Aftolphe avec fa petite-Pay fane, elle s'éloigne pour les obferver. Le Prince demande à Ninette ce qu'elle penfe de la Cour: Ninette lui répond avec une franchife fpirituelle.

J'ai vu'de toutes parts de beaux pecits objets A talons rouges , en plumets;

Ne font-ce pas des femmes en épées?

J'ai vu trotter aullî de gentilles poupées,
Quj portent de petits colets.

Ah! que de plaifans petfonnages ,

Crainte de déranger l'ordre de leurs vifages ,

Ils parlent tous comme des-flageolets.
Tu, tu, tu, tu. Dans nos Villages

Nous n'avons jamais vu de tels colifichets.
Et puis j'ai vu de graves Freluquets,
Qui prenaient un air d'importance ,
Et de jolis Vieillards coquets,
Qui femblaient marcher en cadence j
L'un d'eux, pour me voir de plus pres ,
Jufques fous mon menton s'approche ,
En tirant un œil de fa poche;

C'eft un bijou, c'eft un ange, Eh 1 mais, mais. . . .

Emilie s'avance , fait un compliment ironique à Minette fur fes charmes , & la félicite d'avoir fait la conquête d'Aftoîophe , qui s'en défend devant la Princefle. Ninette répond qu'elle aime Colas. Le Prince pour appuyer ce difcours, dit qu'il a donné des ordres pour le faire venir. Ninette replique qu'elle aime mieux retourner au Village.

Le Prince rafTure Emilie , & lui promet de renvoyer Ninette ; mais dès qu'il eft feul , il peint fon irréfolution par une Ariette.

Le Nocher, loin du rivage,
Lutte en vain contre l'orage, &c.

Et fe retire fans favoir ce qu'il doit faire.

Colas entre paré à peu-près comme Taler dans Démocrite, & fe plaint comme lui de la réception ridicule qu'on lui a faite à la Cour. Ninette qui furvient, & qui apperçoit Colas, baifle fa coëffe , fe couvre le vifage de fon éventail , & contrefait fa voix en graffeyant , pour éprouver Colas & n'en être point reconnu. Cette fcène a befoin du jeu des A&eurs pour être fentie. Ninette en jouant les Vapeurs, déclare à Colas qu'elle eft éprife de fes charmes , & lui propofe de répondre à fon ardeur, en l'aimrant que fa fortune fera faite. Colas qui la prend pour une Dame de la Cour , répond qu'il y confent , en difant tout bas:

Je ne veux qu'allarmer Ninette,
Et le dépit me la ramenera.

Ninette alors fe dévoile , & fait éclater fa colere contre Colas ; il a beau vouloir fe juftifier , elle ne veut plus l'entendre. Ce qui occafionne un Duo dialogué à l'Italienne , dont le concrafte toujours foutenu , finit vivement le fecond a&e.

Ninette ouvre feule le troifieme dans le même appartement, où l'on voit des lumieres fûr une table. Elle fait entendre dans une Ariette quelle tirera bientôt vengeance d'un ingrat qui l'a trahie. Fabrice vient l'avertir que le Prince doit arriver dans un moment; elle lui demande fi Colas eft prévenu, qu'elle doit parler au Prince tête-à-tête; Fabrice lui répond qu'oui & qu'il fait de gros foupirs; Emilie entre , & paraît furprife de retrouver encore Ninette , qui lui protefte qu'elle eft à la Cour contre fon gré , & lui avoue en riant, qu'Aftoiophe lui a demandé un rendez vous; qu'elle s'y trouvera , par la raifon qu'une fille de bien ne craint rien. Cette maxime n'eft pas toujours fûre. Comme on entend du bruit, Ninette engage la Princeffè à s'éloigner avec elle , ajoutant qu'elle a fur ce point un fecret à lui dire.

Colas arrive guidé par fa jaloufie , & le cache fous la table pour entendre, fans être vu , l'entretien nofturne du Prince avec Ninette , qui revient & qui éreint les bougies en voyant entrer Aftolphe. Le Prince lui en demande la raifon , & montre une pudeur qu'elle paraît oublier. Elle répond que fon cœur eft bien gardé la nuit comme le jour , & le prie de lui apprendre ce qu'il fouhaite d'elle. Il replique que fes foupirs lui expliquent fes vœux; elle lui repart qu'elle veut faire fon bonheur, & qu'il attende un moment. Elle va chercher la Princeffe & la met à fa place ; le Prince dit à Emilie , qu'il prend pour Ninette ,

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J'ai deliré long-tems un cœur fans impof

ture, Un cœur fimple, ingénu , formé par la nature.

Ninette en apportant des lumieres , répond au Prince qu'il a trouvé ce tréfor dans Emilie qui eft devant lui. Aftolphe , honteux de fon inconftance, rend fon cœur à la Princeffe , qui lui pardonne. Colas forti de deffous la table, paffe des plus vives allarmes à la pins grande joie. Aftolphe s'unit à la Princeffe , & Colas à Ninette.

Cette Piece charmante , eft encore de M. Favart qui la donna d'abord en trois a&es: & c'eft fur ce plan que nous en avons fait l'extrait. Il l'a depuis remife en deux acftes , & n'a fait en

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