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Non , je fuis trop en colere ,
Me diras-tu le contraire?
Quand moi même j'ai va le téméraire ,
Qui te faifait les yeux doux!

Pourquoi faire,
Etait-il à tes genoux?

Vaine rufe!

Mauvaife exeufei
Me crois-tu donc aflez bofe,
Pour m'en lailîèr amufer:
Mais voilà comme ons'abufc,
Quand en penfc m'abufer.

Laurette perfîfte \. ^ iuft-fier & l'amene par degré." au point de l'obliger à demander ^rajeej|ui même. Cette fcène eft parfaitement bien traitée & filée avec beaucoup d'art. Lambert eft furpris à fon tour parTracolin aaxgenoux de Laurette, qui dit à ce dernier qu'il furvient à propos , & qu'elle avait befoin de fa préfence pour faire connaître fes fentimens. Tracolin feflatte alors de fe voir choifi. Lambert tremble au contraire de ne l'être point. Laurerte les defabufe tous deux en donnant la rnain à fan Maître. Tracolin fe retire confus, "& Lambert ravi, chante avec Laurette un Duo qui termine la Piece.

Elle eft du même Auteur que la Servante-Maîtrefle , quoique tr-ès-plaifante on ne peut nier qu'elle ne foit une fœur très- cadete de fon ainée. Ce n eft pas que M. Baurans ne l'ait traitée avec beaucoup d'adreue & de gaité ; Si. lefeultort qu'on lui peut faire, eft celui de la comparaifon.

C'eft la derniere qu'ait donné M. Baûrans. Cene Auteur naquit à Touloufe d'une famille honnête- Son pere , plus recommandable dans fa patrie par la fagefle de fa conduite & par l'étendue de fes vues pour le commerce , que par fon habileté à profiter de fes avantages, fe contentait de trouver dans fon induftrie & dans un patri- :.tnoine très-borné, les moyens d'élever une famille nombreufe. Le jeune Baurans fe diftingua de bonne heufe par fa pénétation & par festalens naiflans. 11 montra dès l'âojeleplus tendre ce caractere doux, fenfible, ces mœurs pures Simples qui augmentent parmi fes amis les regrets de fa perte. Son pere le deftinait au Barreau; mais il tenait de la nature un penchant invicible pour les beauxArts; le devoir l'emporta fur la Nature j il fe prêta aux vues de fon pere,

& fe livra à l'étude des Loix. Malgré l'inclination la plus forte , la Poéfie & la Mufique, pour lefquelles il fe fentait les plus grandes difpofitions , ne furent plus pour lui qu'un amufement. Il cultiva les Arts & ne négligea point l'étude des Loix. Il favait que la Mufique & la Poéfie ne méritent de plaire , qu'autant qu'elles peignent ou les objets qui frappent nos fens , ou les impremons de l'ame. Il remonta à la fource des Arts , 8c étudia la Nature ; il fit des progrès rapides dans la Phyfique; il nous refte de lui ur x,:Tai far l'EUEtricitéj qui prouve ce . -1 eût pu faire dans ce .-*—~'" ..:,,. mens

l'aidaient à fupnw. . '-.'.•.t-'-i d'un devoir d'autant j br ." >.yi'il contrariait tousfesgoûts, H • .r:,onxv. tout, excepté fa timidité ; aliiction de l'ame qui n'eft point une paiïion & qui cependant eft plus forte que toutes les partions enfemble , fléau des talens qui naît de l'amour propre , & qui en eft le tyran. M. Baurans, malgré fa répugnance , avait acquis la connaiflance la plus étendue des Loix ; mais , lorfqu'il voulut entrer dans la carierre , ou tout autre , avec bien moins de fa voir & de difpofitions, eût pu faire la plus grande réputation , il fe méfia de fes forces , & renonça à une victoire aflurée; non qu'il craignit le combat, mais parce qu'il redoutait l'éclat du triomphe. Il aurait renoncé avec plaifir au Barreau ; mais il ne voulait pas déplaire à fa famille. Dans cette alternative , il fe borna à une charge de Subftitut du ProcureurGénéral au Parlement de Toulouze ; il en remplit les fonctions avec zèle , tant qu'il ne fallut que donner des conclurions par écrit. Enfin il crut qu'il lui ferait plus aifé de vaincre fa timidité fur un théâtre où il ferait moins connu. Il vint à Paris , dans le deffein de fe faire recevoir Avocat au Confeil; mais fa fortune fut un obftacle qu'il n'avait point prévu. Il lutta quelque tems contre elle. La perte qu'il fit de fon pere lui fut plus fenfible que tout ce qu'il avait éprouvé . du fort. Il n'hérita que de fes vertus; il ne négligea point ce patrimoine , Si fe hâta de le mettre à profit. Comme il avait reçu l'éducation la plus heureufe , il voulut la tranfmettre , & n'ayant aucun deffein de fe marier, il fe choifit une famille ; ce fut celle d'un de fes Protecteurs , qui dépofa entre Tes mains les droits facrés de père , & qui lui confia fon fils. M. Baurans devint bientôt l'ami de Tun , & fe conduifit comme le pere de l'autre. Il fe retira avec fon eléve au College de Louis le Grand ; comme il ne s'était engagé que de veiller fur fes mœurs & de diriger fes études , fes loifirs lui permirent de fe livrer à fes goûts fans réferve.

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Depuis que le célebre Rameau avait accoutumé les Français à fon harmonie \ qu'il avait créé pour ainfî dire , un genre nouveau de Mufique , leur prévention en faveur de l'ancienne monotonie , s'etait un peu affaiblie; mais il n'y avait encore que quelques connaifTeurs qui vouluflent convenir de la fupériorité de l'Italie dans cet art, fur la France ; le préjugé régnait toujours fur le gros de la Nation. M. Baurans entreprit de le difliper entiélement. 1/cloquent Citoyen de Geneve avait tenté , par fes argumens, de nous perfuader que notre Mufique ne méritait point ce nom , & qr.e ce qui nous plai'ait ne devait point nous plaire; fes raifonnemens parurent des paradoxes ; au lieu de perfuader, il révolta les efprits prévenus j & ceux qu'il gué

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