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L' E S P R I T.

Apparemment que vos dons édatans Pour l'avenir l'ont affez enrichie; A ne rien faire elle palTe fon tems. Le fubliœe d'ailleurs l'a prefon* anéantie, Et le goût férieux ne permet plus qu'on rie. On la Jaiffe, par grâce, .ébaucher les .taleps, ta.

Le BON-SENS.

Ainfi la Tragédie a toutes vos faveurs?

1/ E S P R I T.

Elle triomphe encor , en dépit des Cenfeurs. Elle fe fent pourtant beaucoup de fon vieil

âge>

les an? ont bien changé fes traits & fon bagage;

Mais ce n'eft plus foo tems de jouet de malheur,

Et le Public pour elle eft plein de politefle.

S'avife-t-on d'abord de proferire une Piece?

Le lendemain, fans faute, on demande l'Au-
teur.
A le fêter chacun s'emprefle ,
Puis , on le laifle avec honneur ,

5qus un laurier fans févef, enterrer fa Iaar gueur.

Le Bon-Sens, l'Invention & lEfprit fe réunifient; un Auteur fatyrique arrive & fe prépare à faire revivre le redoutable Boileau y il fe déchaîne ainfi contre la Tragédie.

Eh! peut-on fans rougir, combler de tant d'honneurs

Tous ces colifichets, qu'au theâtre on admire,

Jades productions d'un ftérile délire:

Ces Vers enflés de mots , au travail mefurésj

Ces Drames, deffinés en traits de perfpe&ive;

Tableaux fans coloris, de froideurs enquadrés;

Ce flux d'événemens, gauchement préparés;

D'immobiles Soldats, cette foule inaétive j Ces caraâères mal ri/Tus,

Quelquefois annoncés , & ja/nais foutenus;

Ces plats confpirateurs , à la foreur oifivej

Ces timides Héros, iliKs fur nos Romans;

Ces Amans fans chaleur, ces Rois fans politique;

Ces Tyrans fans efprifr, vrais balourds du tragique;

Et ces Femmes d'idée , aux beaux raifonnerhens.

Le Bon-Sens confeille à l'Auteur fatyrique, de critiquer avec plus de ménagement} mais celui-ci ne répond que par des menaces terribles, & s'en va, en promettant de tout exterminer, même avant que de rien voir. Viennent enfuite un Poëte lyrique & un Muficien ; ils font leur compliment à l'Invention en langage d'Opéra; mais le Poete s'avifant de dire à l'Invention, qui les prend tous deux pour Poetes , que l'autre n'eft que Muficien, il sYkéve entr'eux une querelle fur la préféance, qui a beaucoup diverti. Le Bon-Sens les maltraite; ils ne le connaifTent ni l'un ni l'autre; & l'Invention leur ayant dit qui il eft, ils l'accablent d'injures; ils k réconcilient même tous deux pour défier ce Dieu, qai les menace de revenir à l'Opéra. Le Muficien tranfporté, demande au Poëte de feconder fon génie. Celui-ci fait 8es vers que l'autre met fur - le - champ en mufique. Le Bon-Sens ne peut tenir contre leur fureur; il s'enfuit rJfr peur qu'ils ne le poignardent. Un Maître de Ballets ie préfente aulli-tot. Son projet eft d'iotroduire les Ballets jufques dans la Tragédie Françaife. Le Poëte & le Muficien font de fon avis; mais il fait une autre propofition bien outrageante pour nos doux Aruftes. La toici:

Tous nos Muficiens ne nous fatiguent plus

Que d'airs embrouillés, bifeornus; Nos grâces avec eux ne fauraient plus paraître:

De l'Opéra , lainez-moi feul le maître. Par mes foins vigilans bientôt il renaîtra Des plus beaux airs de France & d'Italie, Le choix harmonieux réglera mon géniej

C'eft rôrcheirre qui chantera,

Et la Pantomime jouera. Ainri toujours brillant, & prodigue en merveilles , Je fauverai l'ennui d'entendre, à tous momens,

Les vers écorcher le Bon-Sens ,

Et la mufique les oreilles.

Le Poete & le Muficien font des imprécations • contre lui; il fe rit de leurs fureurs, & ils le pourfuivent, en chantant le Duo de Tancredej Suivons la fureur & la rage T &c

Une Symphonie annonce le Récitatif Français, qui paraît couronné de pavots. Il fe fait reconnaître à l'Invention, par ces vers qu'il chante:

Ce l'Empire ébranlé , des fons Se de la rime, ReconnaiAcz e» moi le foutien magnanime: l""

R Y

Compagnon de Morphée, on m'appelle en

deux mots, le grand Récitatif, couronné de pavots.

Il devait chanter enfuite ces quatre vers, que l'on a retranchés fans; qu'on fache pourquoi..

Malgré qu'on dorme ou que l'on bâille,
Faites renaître mes appas;
Hélas ! où voulez-vous que j'aille ,
Si Paris ne me garde pas?

Il fe plaint des grands fuccès de l'Ariette Italienne, -qui l'a prefquedétruit. L'Invention avant que de rien dire fur le nouveau goût de Paris, veut connaître le chant Italien. L'Ariette Françaife & l'Italienne entrent for la fcène , en fe querellant. La Françaife veut reprendre la préféance fur fa rivale : celle-ci veut la garder. L'Invention appaife la querelle, en demandant qu'elles chantent l'une après l'autre. Elle permet à la françaife de chanter la premiere. Cette Ariette, les bras pendants , à la maniere de nos Actrices de l'Opéra tirées des Chœurs pour chanter des airs légers , fait en deux reprifes l'énumération des vingttrois mots qui forment le brillant de l'A

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