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Réunit dans Paris , Rome , Achene & Memphrs.

Angélique à Ion tour chante une Cantate qui a pour titre, le Poete Italien j, qui demande à Apollon la grace de ne point échouer à Paris, chantée par Mde. Vezian ; elle ne pouvait manquer de faire le plus grand plaifir. Le Signor Florindo qui ne veut pas demeurer en refte, fait auffi la lecture d'un Madrigal qui a pour titre, l'Eloge de la Cire dEfpagne; il eft auffi ridicule que le titre peut le promettre, & toute l'AflTemblée l'applaudit beaucoup par dérifion. Arlequin vient interrompre ces éloges ironiques, en difant qu'il a auffi fait une chanfon; c'efl fon contrat de mariage qu'il tire de fa poche & qu'il déchire. Cette violence fcpare l'Affemblée, & Camille s'afflige de nouveau de la trifte fituation à laquelle elle fe voit réduite.

Les quatre Italiens ramenent Arlequin chez Camille, ainfi qu'ils fe l'étaient propofés. L'Amour réconcilie ces deux Amans, qui n'oublient pas de faire toutes les petites cétémonies. que J'amour propre infp'ue dan; cesracommodemens, pour n'avoir pas l'air de Tome FI. Y'

faire le premier pas; enfin tout fe paiS donne, & Arlequin promet d'époufer Camille, fitôt que Pantalon fera forti de la maifon. Cette condition renouvelle tous fes chagrins, & Pantalon revient avec fes filles lui apprendre qu'il a pris fon parti; à quoi Camille répond qu'elle n'aurait jamais eu la force de le lui dire, mais que chaque moment qu'il parferait chez elle, ferait pour elle un nouveau fupplice. Alors les quatre Gentilshommes veulent engager Camille à montrer plus de courage & à ne pas démentir fes bontés pour Pantalon & fa famille; mais cette fille prenant un ton ferme & pathétique, leur répond ainfi. Dites-moi un peu, Meilleurs, vous qui me parlez en faveur de Pantalon & de fa famille, vous qui avez tant de pitié pour fes filles, n'avez-vous que des paroles inutiles & de vains confeils à leur donner? Si vous avez tant de compaffion, que ne recherchez-vous à leur en faire reffentir les effets? Ettce que ces Demoifelles n'ont pas affez de mérite pour vous y engager? Mais tenez, voici le moyen de les fecourir, & de leur rendre juftice; ceux d'entre vous qui ont de l'amour pour elles, n'ont qu'à les époufer. Ceux qui s'en isehrtent à l'eftime; n'ont qu'à les aider à s'établir. Vous le pouvez , MefUeurs, & vous le devez. Ce fera-là la -véritable pitié, le véritable héroïfme, la vraie gloire, & non d'implorer les fecours d'une pauvre fille comme moi, qui ai fait tout ce que j'ai pu, & qui ai été jufqu'à facrifier les intérêts de mon cœur & ma propre tranquillité.

Pantalon ne fe poffede pas de joie, il fait l'éloge de Camille, il dit qu'elle parle fi bien, qu'il faut que Claricelui an donné des leçons. Célio fe fent pénétré, & ne fait que réfoudre. Clarice & Angélique fe plaignent entr'elles de leur deftinée. Florindo attendri par le difcours de Camille, s'offre d'époufec Angélique. Il invite en même tems Angelique à s'expliquer & à déclarer celui qu'elle préfere;'mais elle s'en rapporte rrtodeftement à fon pere. Pantalon dit qu'il ne'demanderait pas mieux que de la contenter, mais qu'il ne veut point faire tort à Clarice qui eft l'aînée. Florindo alors s'offre de l'époufer, en difant qu'il lui eft égal d'époufer l'une ou l'autre. Célio pour ne pas voir Clarice facrifiée à une femblable union , déclare fon amour pour elle

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Florindo fe tourne vers Angélique;

pour la prier de fe déclarer.

Elle annonce que fi fon pere le trouve bon, elle choifira Silvio. Pantalon y confent. Florindo dit alors que de toutes façons il ne peut que fe féliciter d'avoir porté les efprits à Fhéroïfme & à la gloire. Il demande à Pétrone fon approbation, & Pétçone la lui donne. Pantalon donne l'enor à fa joie ; il vante fon bonheur, & en donne tout l'honneur à Camille , qui témoigne de fon côté combien elle y eft fenfible.

Arlequin qui eft inftruit de tout.fê réjouit avec Pantalon & avec fes filles, de leur bonne fortune. Il offre avec tranfport fa main à Camille, qui l'accepte avec vivacité & fur-la-champ. Pantalon termine la Piece en difant que le fort de fes cheres filles le fait jouir du plus grand bonheur , & qu'il n'y a pas dans la nature, d'amour plus fublime & plus délicieux que l'amour paternel.

, Cette Piece eft la premiere que M. Goldoni ait donné fur le Théâtre Italien , depuis fon arrivée à Paris, où les Comédiens toujours attentifs à mériter l'attention du Public, l'avaient attiré Ïour remettre en vigueur leur Scène talienne qui commençait à être négligée. Cet illuftre Auteur femblait y avoir ramené les Spectateurs pendant quelque tems , par plufieurs Pieces que les Connaifleurs ont avec raifon regardé comme des chefs - d'œuvres; mais le Public livré à un goût frivole , les abandonna bientôt; ce qui ne prouve pas plus contre le mérite de M. Goldoni, que contre les chefs-d'œuvres de Moliere & de Corneille, qui ne font pas moins abandonnés. Il me faudrait une connaiflance plus parfaite de la langue Italienne, & des connaif-î fances plus étendues pour pouvoir rendre à fon talent toute la juftice qui lui eft due. Ne pouvant donc apprécier fes ouvrages , il me refte à faire connaître fa modeftie qu'il a fi bien montrée dans la lettre fuivante adreffée à M. de Meflé.

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