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Enfin, comme un pafle-partout, Car on en tire un fort grand avantage; C'eft moins pour moi, Madame, un état qu'un maintien; tM

Heureux qui fait en faire ufage; Par-là je tiens à tout, en ne tenant à rien,

On nous reçoit fans conféquence;

Infenfiblement on s'avance. On nous goûte en faveur de la frivolité , C'eft en elle aujourd'hui que mon état coafifte,

Avec quatre doigts de baptifte , Nous acquérons le droit de l'inutilité r Et pouvons être oififs en toute liberté.

La BOURGEOISE.

Mais tous ces oififs-là, demandent de l'ouvrage.

L'ABB É.

Notre regne n'eft pas tombé,
Nous nous infinuons toujours dans le ménage;;

Chaque Maifon a fon Abbé.
IL y donne le ton , y joue un perfonnâge ,
Pour les Valets, il cft Monfieur l'Abbé ,

Ponr le Mari, mon cher Abbé,

Pour la Femme , l'Abbé.

Lorfque la Bourgeoife, fenfîble aux

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proportions de l'Abbé, regrette de n'être pas aflurée du fort de fon mari, qu'elle croit mort ; ce mari qui eft un Grenadier, vient & la furprend avec l'Abbé. La Bourgeoife eu prête de s'évanouir de frayeur & de chagrin. Le bon Grenadier prend cela pour un effet de la tendrefle de fa femme. Elle fe plaint de toutes les inquiétudes qu'il lui a caufées. Il dit n'être arrivé que de la veille; elle lui reproche fon peu d'empreflement, & le querelle de ce qu'il eft déjà yvre; il en convient; mais c'eft dit-il, par fentiment qu'il •ps'eft grifë; il a bu avec fes camarades à la fanté de tous les peuples de la terre, qui font nos bons amis, puitque la Paix eft générale. L'Abbé veut fè mêler d'appuyer les reproches de la femme; mais le Grenadier après l'avoir toifé du haut en bas, l'oblige à fe retirer avec peu de ménagement pour un homme qui prend un habit refpecltable pour

Etre .un mauvais Sujet, un mauvais Citoyen ,

Etre à charge au Public, en un mot bon à rien.

Il fe raccomode avec fa femme, après avoir chanté une Ariette dont le refrein eft:

Il faut que la paix fbit bien grande ,
Elle regne entre les epoux.

Un Précepteur vient avec fes Ecoliers à qui il montre la Statue du Roi, & les figures des Hommes Illuftres qui rempliiTent les gradins du Portique, en les invitant à mériter d'y prendre place un jour avec eux.

Un Vieillard nommé Gombault, qui a fervi le Roi aulli long-tems que les forces le lui ont permis , détaille à fes compatriotes les dangers que ce Mo-; narque a partagé avec les Soldats; Louifon, fa petite fille, lui demande ce que ceft que la guerre; il lui en donne une idée, par la comparaifon qu'il en fait avec un ouragan horrible , qui, quelques années auparavant, avait ravagé tout le canton \ il bénit enfuite avec tous les Habitaas la bonté du Roi, qui a épargné à toutes fes Provinces les calamités que produit ce fléau; le fils de ce brave homme qui s'était mis dans le Service, quand ton pere s'en eft retiré, arrive & interr rompt ou plutôt redouble les cparaçhemens de cceur de ces bonnes gens-, Il a fervi en brave Soldat & a mérité le grade d'Officier & a été honoré de la Croix de S. Louis. II (è propofe de faire fervir la penfîon dont il eft gratifié, à procurer à fa famille une vie plus commode, & fe difpofe luimême à les aider dans les (oins de la culture des terres, tant que la paix lui en huilera le loifir. En s'adreflànt à des Grenadiers qui furviennent & le reconnaiffent pour un de leurs anciens camarades. Il leur montre ces. bons Payfans, dont il ne rougir pas d être le fils, & ils prennent dans leurs bras la petite Louifon, qu'ils élevent pour lui faire voir la Statue du bon Roi. La Fête villageoife recommence avec les inftrumens champêtres. Les Grenadiers-s'y joignent & chantent des couplets galamment grivois. Succeffivement la Place fe remplit d'une multitude de, gens de tout âge & de tous états. La Fête devient générale & finit par un Ballet qui peint le tumulte de la joie, au milieu duquel un Carillonneur, fa femme & un Artificier chantent des morceaux qui caraôérifenc leurs fondions.

Ce Divertiflèment, & fur-tout la ftène qui le termine, ne font pas moins d'honneur au ceeur de M. Favart, que Je fuccès mérité de l'Anglais à Bordeaux en a fait à fon efprit; ce n'était pas une entreprife facile que de traiter un fujet fi rebattu fur deux théâtres fi différens, la chute même de l'undes deux fans donner la moindre atteinte à fa gloire., n'en aurait'pas fait inoins d'honneur à fon zèle.

La Mufique de ce DiverthTement eft de M. Philidor, il y a foutenu fa réputation dans plufieurs morceaux & fur-tout dans celui où il a donné une image de la guerre fi conforme aux. paroles qu'il a traitées.

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