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LE PASSANT.

- —Sans doute; il le faut toujours avoir à la main, sans quoi Thémis est sourde, et rien ne va.

ARLEQUIN.

Les gens de ce pays ont le diable au corps pour faire argent de tout j ils vendent jusqu'à la justice.

tfa LE PASSANT.

On la donne quant au fond: mais la forme coûte bien cher; et la forme chez nous emporte toujours le fond : je me suis épuisé pour soutenir mon procès, et je le perds aujourd'hui , parce que la forme me manque.

ARLEQUIN.

Et cela te fâche?

LE PASSANT.

Belle demande I

ARLEQUIN.

Pardi, tu es un grand sot! tu dois en être bien aise.

LE PASSANT.

Pourquoi?

ARLEQUIN.

Parce que tu t'es défait d'une mauvaise chose, que tu serais bien aise d'avoir perdue il y a dix ans; pour moi, je t'assure que, si

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j'avais un tel meuble, je l'aurais bientôt jeté dans la rivière... Mais à propos ne m'as-tu pas dit que ton procès était de cinq cent? francs?

LE PASSANT.

Oui.

ARlEQUr».

Je suis bien fâché que tu l'aies perdu ; si tu l'avais encore , je te prierais de me le donner, j'irais chercher mon fripon de marchand, qui voulait cinq cents francs de sa marchande , et je lui donnerais ton procès en paiement , pour le punir de la pièce qu'ît m'a faite.

LE PASSANT.

Vous ne pourriez mieux vous venger. Vos réflexions charment mes ennuis, et je suis fâché que mes affaires m'empêchent de jouir plus long-tems du plaisir de votre conversation. Adieu, Monsieur, puissiez-vous toujours conserver cette innocence de simplicité.

ARIEQCIN.

Adieu, si tu es sage , n'aie plus de procès.

SCÈNE III.

ARLEQUIN seul.
C'est une détestable chose qu'un procès!

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J'ai peur d'en trouver quelqu'un sou.? mes pas. Mais ce sont les Liens qui en sont laeause! t^h, oh! j'attraperai la chicane et la formalité: je n'aurai rien ; ainsi, il n'y aura point d'avocat ni de procureur qui veuille se donner la peine d'embrouiller mes affaires.

SCÈNE IV. FLAMINIA, VIOLETTE, ARLEQUIN.

rilMINH.

Voila notre sauvage. Où a-t-il pris cet équipage?

VIOLETTE.

Bonjour, Arlequin.

ARLEQUIN.

Ah ? bonjour, Violette.

VIOLETl E.

Vous êtes bien beau.

ARLEQUIN.

Vous me trouvez, donc beau comme cela?

VIOLETTE.

Assurément»

ARLEQUIN.

J'en suis bien aise. ( A part. ) Si la tête n'a pas tourné aux gens de ce pays , je ne suis

qu'une bête.

FLAMINIA.

Tu trouves donc extraordinaire que l'on te trouve mieux comme cela?

ARLEQUIN.

Je trouve fort plaisant de me voir si beau , sans qu'il y aille du mien.

FLAMINIA.

Ainsi, tu te moques de Violette de dire que tu es beau!

ARLEQUIN.

Je ne me moque pas de Violette, parce que je suis bien aise qu'elle me trouve beau, mais je ris de la folie du Capitaine , qui m'a dit des choses impertinentes , qu'il veut me faire croire. Par exemple, il m'a dit, ah, ah, ah, ah.

FLAMINIA.

Eh bien, que t'a-t-il dit?

ARLEQUIN.

'Il m'a dit que les jolies gens de ce pays étaient faits comme me voilà, ah, ah, ah ï

FLAMINI A, à part.

Je ne puis m'empêcher d'en rire aussi.

ARLEQUIN.

Il m'a dit encore, que c'étaient les beaux

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habits qui fesaient que l'on recevait bi-n les gens; que l'on avait honte d'aller avec ceux qui n'étaient pas bien propres : ah, ah, ah! il me croit assez simple pour y ajouter foi.

FLAMINIA.

C'est pourtant bien vrai, et les plus honnêtes gens donnent dans ces travers comme les autres: il semble qu'un bel habit augmente le mérite.

ARLEQUIN.

Il n'y a pas un sauvage, pour bête qu'il fût, qui ne crevât de rire, s'il savait qu'il y a d'honnêtes gens dans le monde qui jugent du mérite des hommes par les habits.

FLAMINIA.

Il aurait raison.

ARLEQUIN, à Violette.

Je suis donc beau comme vous voyez, et tout cela pour vous plaire.

VIOLETTE.

Je vous suis bien obligée de vos soins.

ARLEQUIN.

Ah, ah! ce n'ost pas le tout, et le Capitaine m'a aussi appris les grimaces et les contorsions qu'il faut faire sous cet habit. Tenez, voyez si je fais bien.

Il contrefait le tactil Maître.)

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