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milieu dune si grosse cour; & le pape de son côté ^N i0yy, menoit une vie íì pure & si exemplaire; qu'il ne donnoit pas lieu au moindre mauvais soupçon: outre que les miracles qui se faisoient souvent par ses prières , joints à son zeie ardent pour la discipline de î'église , le justifioient assez. C'est ainsi que parle cet historien , homme trés-sensé lui-même & qui finit son his toire cette année, xxxix.

Le pape étant donc en chemin pour aller en Aile. Le pape à canosse. magne , sut bien surpris quand on lui dit, que le roi étoit déja en Italie. II ne íavoit à quel dessein ce prince étoit venu, si c'étoit pour demander pardon ou pour se vanger d'avoir été excommunié. Le pape en attendant qu'il fût mieux informé des intentions du roi, se retira par le conseil de Mathilde dans une forteresse qu'elle avoit en Lombardie. C'étoit le château de Canusium ou Canosse prés de Rege, qu'il ne faut pas confondre avec l'ancienne ville de Canosse Lambert Ml vers Bari à l'autre extrémité de l'Italie. Pluíueurs évêques Allemans & plusieurs laïques, que le pape avoit excommuniez, & que le roi, par cette raison, avoit été obligé d'éloigner de sa personne, aïant échapé à ceux qui gardoient les passages, arrivèrent en Italie , & vinrent à Canosse nuds pieds ôc vêtus de laine fur la chair, pour demander au pape l'absolution. II répondit, qu'il ne falloit pas refuser le pardon à ceux qui reconnoîtroient sincèrement leur péché: mais qu'une si longue désobéissance demandoit une longue pénitence. Comme ils déclarèrent quils étoient prêts 'à souffrir tout ce qu'il leur prescriroit , il fìt séparer les évêques dans des cellules chacun à part, leur défendant de parler à personne, & de pren

< dre autre nourriture qu'un repas médiocre le soir. Il imposa aussi aux laïques des pénitences convenables, scion 1 âge & les forces de chacun. Apres les avoir ainsi éprouvez pendant quelques jours, il les fit venir , leur fit une douce réprimende & leur donna l'absolution-: mais en Jes congédiant il leur recommanda trésexpressément de ne point communiquer avec le roi Henri, jusqu'à ce qu'il eût satisfait au saint siège: leur permettant seulement de lui parler pour l'exciter à pénitence. . .

Cependant le roi Henri fît venir la comtesse Mathilde à une conférence, d'où il la renvoïa au pape chargée de prières & de promesses, & avec elle fa belle-mere la comtesse de Savoie , avec le comte son, fils, le marquis Azon & quelqu'autres Seigneurs d'Italie & Hugues abbé de Clugni; car il savoit que ces personnes avoient beaucoup de crédit auprés du pape. Le roi le prioit de l'abíoudre de l'excommuíïication; & ne pas légèrement ajouter foi aux seigneurs Allemans, qui ne l'accusoient que. par passion. Le pape répondit, qu'il étoit contre les loix de l'église d'examiner un accuse en l'absenCe de ses accusateurs; & que si le roi íe confioit en son innocence , il ne devoit point craindre de íe présenter à Auíbourg au jour nommé , où ïl lui feroit justice sans se laisser prévenir par ses parties. Les députez dirent, que le roi ne craignoit point de subir le jugement du pape etx quelque lieu que ce fût : mais qu'il étoit pressé par Tannée de son excommunication prête à empirer; ôc que les seigneurs attendoient ce jour, aprés lequel ils ne l'écouteroient plus & le déclareroient privé fans retour de la dignité roïale. C'est pourquoi il prioit

instamment instamment le pape de l'absoudre feulement de l'ex- A N. 1077. communication: íe soumettant pour cet effet à telle condition qu'il lui plairoit , & promettant ensuite de repondre à ícs accusateurs en tel lieu & à tel jour que le pape ordonneroit, & de renoncer à la couronne , s'il ne pouvoit íe justifier.

Le pape résista long-tems , craignant la légèreté du roi : mais enfin cédant à l'importunité des députez & à leurs raisons , il dit : S'il est véritablement repentant , qu'il nous remette la couronne & les autres marques de la roïauté, & qu'il s'en déclare déformais indigne. Les députez trouvèrent cette condition trop dure , & preílerent le pape de ne pas pouíier ce prince a l'extrêmité. Il se laissa donc fléchir avec bien de la peine & dit ; Qu'il vienne , & qu'il répare par ía soumission ['injure qu'il a faite au saint siège. Le roi vint en effet à Canoste , & laissant dehors toute fa fuite , il entra dans la forteresse , qui avoit trois enceintes de murailles : on le fit demeurer dans la seconde sans aucune marque de fa dignité , au contraire il étoit nuds pieds , & vêtu de laine fur la chair; & passa tout Ie jour íans manger juíques au sortir , attendant 1 ordre du pape. Il passa de même le second & le troisième jour.

Enfin le quatrième jour le pape permit qu'il vint cn íà présence ; & aprés plusieurs discours de part & Hc^[° d'autre , il convint de lui donner l'abfolution aux conditions suivantes. Que Henri fe prefenteroit à la diète generale des seigneurs Allemans au jour & lieu qui feroient marquez par le pape ; & y répondroit aux accusations proposées contre lui , dont le pape ícroit juge s'il vouloit. Que suivant son jugement il Tome XJJI. V u *

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An, 1077. gar^ero^c Ie roïaume ou y rcnonceroit , selon qu'il paroîtroit innocent ou coupable : sans que jamais il tirât aucune vengeance de cette pourluite faite contre lui. Que jusques au jugement de la cause , il ne porteroit aucune marque de la dignité roïale , & ne prendroit aucune part au gouvernement de l'e'tat, seulement qu'il pourroit exiger les services,c'est-à-dire, les redevances nécessaires pour l'entretien de ía maiíon. Que ceux qui lui avoient prêté serment , en demeureroient quittes devant Dieu & devant les hommes. Qu'il éloigneroit pour toujours de fa personne Robert évêque de Bamberg , & les autres dont les conseils lui avoient été préjudiciables. Que s'il se justifioit & demeuroit roi , il íeroit toujours soumis & obéissant au pape ; & lui aideroit, selon ion pouvoir , à corriger les abus de son roïaume contraires aux loix de Péglise. Enfin que s'il manquoit à quelqu'une de ces conditions , l'absolution íeroit nul-le , il seroit tenu pour convaincu , íans jamais être reçu à íè justifier j & les lèigneurs auroient la liberté d'élire un autre roi.

ub.ir.fe/i.tfist Henri accepta toutes ces conditions -, & on dreíïà **• un acte sommaire , par lequel il promettoit de íe ra

porter au Jugement ou à l'arbitragc du pape, touchant les plaintes Formées contre lui par les lèigneurs Allemans ^ & de donner entière seureté au pape , pour aller de-là les monts ou ailleurs. Cet acte éroit daté du vingt-huitiéme de Janvier 1077. & toutefois Domnizon auteur du tems dit , que le roi reçût ablolution le vingt-cinquiéme de Janvier, qui est le jour de la conversion de saint Paul. Le roi confirma ces promesses par les sermens les plus solemnels : mais le pape voulut aussi que les médiateurs dutraité fussent íes lo^y, cautions. Hugues abbé de Clugni prétendant que fa /'

profeslion ne lui permettoit pas de jurer , donna íà Foi en la présence de Dieu. Eppon évêque de Ceitz en Saxe , Grégoire évêque de Verceil , le marquis Azon & les autres seigneurs de la conférence , jurèrent fur des reliques , que le roi obferveroit inviolablement tout ce qu'il avoit promis.

Ainsi le pape l'aïant absous de l'excommunication célébra la messe , & aprés la consécration il le fit aprocher de l'autel avec les aílìstans qui étoient en grand nombre : puis tenant à fa main le corps de Nôtre-Seigneur , il dit : J'ai reçu depuis long-tems des lettres de vous & de ceux de vôtre parti , où vous m'accusiez d'avoir usurpé le saint siège par simonie , & d'avoir commis , tant avant mon épiscopat que depuis , des crimes , qui íèlon les canons me fermoient l'entrée aux ordres sacrez. Et quoique je pusse me justifier par le témoignage de ceux qui savent comment j'ai vécu depuis mon enfance , & de ceux qui ont été les auteurs de ma promotion à l'épifcopat : toutefois pour ôter tout ombre de scandale , je veux que le corps de Nôtre-Seigneur que je vais prendre soit aujourd'hui une preuve de mon innocence, & que Dieu me fasse mourir subitement si je fuis coupable. Aïant ainsi parlé il prit une partie de í'holtie & la ft xf^ consuma.

Le peuple fit des acclamations de joie , louant Dieu & félicitant le pape de certe preuve de son innocence -, & le pape aïant fait faire silence s'adressa au roi & lui dit : Faites s'il vous plaît , mon fils , ce que vous m'avez vu faire. Les seigneurs Allemans

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