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An. 1091. bert de Nogent, &c les nommoient frères barbus. Ils s^. ». 50. faisoient des vœux folemnels & étoicnt vrais religieux. Cette institution semble venue" de ce que les laïques dans ce tems-là n'avoient la plupart aucune teinture des lettres, & n'apprenoient pas même à lire : de forte que la langue latine n'étant plus vulgaire , comme elle 1 étoit du tems de saint Benoist, il leur étoit presque

impossible d'apprendre les pfeaumes par cœur , & de profiter des lectures qui fe faisoient dans legliíe :joint que depuis long-tems la plupart des moines e'toient clercs.

Il y avoit dans les monastères une troisième ef pece d'hommes , que l'onnommoit donnez ou oblats: qui fans faire de profession & portant un habit peu v différend des séculiers , fe donnoient au monastère

avec leurs biens-, obéissant en tout au supérieurs & gardant le célibat, en quoi ils differoient des serfs qui étoient mariez. Car il y avoit des hommes libres , qui fe dévoiioient au service des monastères, principalement en l'honneur des saints illustres qui en ts»t.Ghf.obUt. e'tojent -\cs patrons. Pour marque de cet engagement , ils mettoient autour de leur cou la corde de la cloche , ou des deniers fur leur tête, ou leur tête fur l'autel. C etoit donc des serfs de dévotion , diíferens de ceux qui letoient par leur condition Sc leur naiifance.

. *• . . En ce tems vivoit le saint moine Ulric. fameux

Saint UJnç dç ... A 1^1 ■ H *

«lujiy. par ion recueil des coutumes de Clugni. II naquit a Ratiíbone d'une famille illustre , & son pere fut chéri de l'empereur Henri le noir, à la -cour duquel il mit le jeune Ulric déja fort avancé dans l'étudc des lettres & dans la pieté. Il conserva à la cour la

pureté pureté de ses mœurs; & l'imperatrice Agnes l'aïant An. 1091. goûte', profita de les exemples & de ses conseils. L'évêque de Friíingue ion oncle Taïant fait venir auprés de lui , l'ordonnadiacre, & le fit ensuite pre'vôt de ion* église. Ulric accompagna l'empereur en un voyage d'Italie : mais il en revint promptement pour soulager ses confrères dans un tems de famine, & engagea les terres pour cet effet.

Ensuite il fît le pèlerinage de Jérusalem , recitant tous les jours le pfeautier avant que de monter à cheval. A son retour il trouva un autre évêque à Frifinguc à la place de son oncle qui étoit mort, & un autre prévôt à la sienne : ce qu'il souffrit patiemment & se retira à Radsbone. Alors il concut le dessein de fonder un monastère , mais les circonstances du tems & le peu de pieté des évêques, l'aïant empêché de lexecuter, il reíblut de se donner à Dieu lui-même. 11 commença par distribuer ses biens, partie aux pauvres , partie à ses parens , reservant toutefois de quoi faire une fondation. Il communiqua son dessein à Gerauld écolâtre de Ratiíbone, à qui il persuada de quitter aussi le monde; &r ils résolurent d'embrasser-la vie monastique à Clugni, célèbre alors par la régularité de l'observance. Mais auparavant ils firent ensemble le pèlerinage de Rome.

Ils furent reçus à Clugni par saint Hugues, qui en étoit alors abbé. Gerauld y rut quelques années aprés grand prieur , & dans la fuite le pape Grégoire VII. le fít élire évêque d'Ostie , &l'emploïa, comme nous avons vu en diverses légations. Ulric avoit environ trente ans quand il entra à Clugni -, & l'abbé Hugues l'aïant fait ordonner prêtre , le prit pour chapelain Tome XI U. V u u

An. 1091. & Pour conseiller, & le donna pour confesseur à la communauté. Ensuite il le fit supérieur des religieuses de Marcigni : puis il l'envoïa avec un seigneur Alleman nommé Lutold , pour fonder un monastère dans íès terresj & lui donna pour compagnon le moine Cuno. Après avoir marqué le*lieu, en attendant le temps propre pour bâtir , les deux moines ne voulurent point loger chez des séculiers ; mais ils se retirèrent dans une caverne , où ils passèrent le carême au pain & à l'eau. Cette manière de vie attira les gens du pais à les venir voir , d'abord par curiosité , ensuite pour écouter leurs instructions qui en convertirent un grand nombre» .

_ Le printems venu , on bâtit le monastère avec le secours du peuple d'alentour : de quoi deux curez du voisinage étant jaloux, & craignant la diminution de leurs offrandes , commencèrent à déclamer contre ces nouveaux hôtes , les traittant d'hypocrites & d'interessez. Un de ces curez quelque tems aprés, surpris de la nuit, fut obligé de demander le couvert dans le monastère. Ulric alla au-devant , l'embrassa & le reçut avec toute la charité possible Ce qui gagna tellement le curé , qu'il se retracta publiquement devant son peuple, & fut depuis le meilleur ami des moines.

Ulric retourna ensuite à Clugni, & saint Hugues l'envoïa prieur à Paterni dans le diocèse de Lausane > dont l'évêque Burchard étoit schismatique & excommunié par Grégoire VII. Ulric s'efforça de ramener ce prélat à l'unité de l'églisé; mais il ne fit que l'irriter. en forte que sachant qu'il n'étoit pas en ícureté dans le pais , il fut obligé de revenir à Clugni. Mais quelque tems aprés il retourna en Allemagne fonder An 1091. un monastère dans 1c Briígau, à la prière d'un chevalier de la province nommé Hesson, qui donna íes terres à Clugni à cette condition. Le nouveau mona£ tere fut commencé dans un lieu nommé Gruningue; mais quoiqu'il fût agréable & fertile , Ulric lé trouvant trop exposé à la fréquentation des séculiers , le quitta, pour s'établir à la Celle dans la forest noire: ou il forma íes disciples à une observance tres exacte & une grande pauvreté: coníèillant aux riches qui vouloient embrasses la vie monastique ^ d'aller à d'autres maisons plus aisées. Mais ceux qui cherchoient Dieu sincèrement , ne fe rebutoient pas pour cette difficulté.

Peut-être n'y avoit il personne dans Clugni plus ca. pable qu'Ulric de fonder de telles colonies, par le loin qu'il avoit pris de s'instruire avec la derniere exactitude , de tous les usages du monastère. C'est ce qui paroît par le traité qu'il en composa à la prière de Guillaume abbe d Hirlauge. Car aiant ete en- 0/ voie en Allemagne par l'abbé Hugues, pour quelques affaires à la cour , il passa par ce monastère situé au dioceíè de Spire dans la forêt noire. L'abbé Guillaume qui le connoissoit dés 1 enfance -, le reçut avec une grande joïe -, & comme ils s'entretenoient continuellement des usages de Clugni, il dit à Ulric: Vô. tre monastère est en grande réputation parmi nous & nous n'en connoissoiis point qui lui soit semblable dans la discipline régulière. C'est pourquoi nous vous seront tres-obligez de nous rapporter quelque chose . de vos usages: quand ce ne íèroit que pour nous humilier de nous en voir si éloignez. Ulric repon

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An. Io 91. dit: Un étranger comme moi, qui me suis trouvé preíque barbare en ce lieu là, par la diversité de la langue, & qui y fuis entré tard: ne peut s'instruire auslì facilement de toutes choses, qu'un naturel du* pais nourri dés l'enfance dans la maison. Pour moi juiqu'à l âge d'environ trente ans, je n'ai gueres songé qu'aux choses du monde. Toutefois je vous dirai volontiers ce que je íaL vttf.m. j. Ulric continua son voïagev & étant arrivé à la cour, il lui manqua quelque chose nécessaire pour le retour: & toutefois il ne put íè refoudre à rien demander, ni au roi, ni à un prélat tres-riche à qui il avoit affaire. Se souvenant de cette sentence de saint Jérôme, qu'un moine rie doit jamais rien demander, & prendre rarement ce qu'on lui offre. Il repassa par Hirfauge , comme il avoit promis a l'abbé Guillaume, qui s'étant apperçu de ce qui lui; manquoit n'attendit pas qu'il le lui demandât, & pourvût à tout abondamment. 11 lui rendit toutes lortes de services, jusqu'à lui faire les cheveux de fa main? & le pria de l'instruire des usages de Clugni. Ulric écrivit depuis fes conversations, &en composa son recueil. **« n. 44. Depuis long-tems il avoit perdu î'uíage d'un oeil y & aiant perdu l'autre deux ans avant fa mort, il s'appliquoit davantage à l'oraifon & à la psalmodie. Saint Hugues aïant apris qu'Ulric étoit devenu aveugle, envoïa Cunon pour le rapeller à Clugni, voulant lui donner en cet état toute la consolation po£ íìble, & aprés fa mort enrichir son église des reliques de ce saint homme. Mais Ulric ne vouîur point quitter la Celle, & y acheva fes jours dans une

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