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AN. 1062.

c'étoit un brave homme, il fic alliance avec lui & le renvoïa. Gochescalc alla trouver le roi Canut , passa avec lui en Angleterre , & y demeura long tems. II étoit rentré dans le sein de l'église, & le roi Canut lui donna sa fille en mariage.

Ecant retourné d'Angleterre, il étoit irrité contre les Sclaves, qui l'avoient dépouillé des biens de son

pere & obligé à se retirer en païs étranger : ainsi il Helm. lib. 8. c. leur faisoit la guerre & étoit la terreur des païens. Mais

aprés qu'il fût rentré dans ses biens, il voulut faire des conquêtes pour Dieu, & ramener sa nation au Christianisme, qu'elle avoit autrefois reçu & oublié depuis, Il venoit souvent à Hambourg accomplir des væux. Son zele étoit grand pour la propagation de la foi, il avoit refolu de contraindre tous les païens à l'embras. ser; & il avoit déja converti le tiers de ceux, qui sous son ayeul Mistivoi, étoient retombez dans le paganisme. Sous son regne tous les peuples des Sclaves appartenant à la province de Hambourg étoient Chrétiens, dun en comptoit jusques à sept, entre lesquels étoient le: Ohodrites. Les provinces étoient pleines d'églises, & les églises de prêtres, qui exerçoient librement leurs fonfions. Le prince Gothescalc oubliant sa dignité, parlöit louvent lui même dans l'église, pour expliquer ak peuple plus clairement en Sclavon, ce que disoient les évêques & les prêtres.

Le nombre étoit infini de ceux qui se convertirloient tous les jours : on fondoit dans toutes les villes des convents de chanoines, de moines & de religieuses ; & il y en avoit trois à Meclebourg capitale des Obodrites. L'archevêque Adalbert , ravi de cet accroissement de l'église, envoïa au prince des évêques & des prêtres, pour fortifier dans la foi ces nouveaux An. 1067. Chrétiens. Il ordonna évêque à Aldinbourg le moine Eizon, à Meclebourg Jean Ecossois , à Ratzebourg Ariston venu de Jerusalem & d'autres ailleurs. De plus il invita Gothescalc à venir à Hambourg , où il l'exhorta fortement à conduire jusques à la fin ses travaux pour Jesus-Christ, lui promettant que la victoire l'accompagneroit par tout , & que quand même il souffriroit quelque adversité pour une si bonne cause, il n'en seroit pas moins heureux. L'archevêque exhora toit de même le roi de Danemarc, qui venoit souvent le trouver sur la riviere d'Eider. Ce prince l'écoutoit avec attention & avec profit, excepté sur l'article des excés de bouche & des femmes, dont il ne se corrigea point. Enfin on auroit pû dés - lors convertir tous les als Sclaves, sans l'avarice des seigneurs Saxons gouverneurs de la frontiere , qui ne songcoient qu'à en tirer

des tributs. - L'archevêque. Adalbert eut toûjours grand soin de

6.26. ses missions du Nord, même depuis qu'il se relâcha de l'application à ses autres devoirs , par l'accablement des affaires temporelles ausquelles il se livra jusques à l'excés. Il étoit si affable & fi liberal envers les étrangers, qu'ils accouroient à Breme de toutes parts; & cette ville, quoique petite, étoit comme la Rome du Nord. Il y venoit des députez d'Islande, de Grounlandes, des Orcades, demander à l'archevêque des missionaires , & il leur en enyoroit. L'évêque des Danois étant mort, le roi Sucin divisa son diocese en quatre , & l'archevêque mit un évêque en chacun. Il envoïa aussi des ouvriers en Suede, en Norvege & aux Isles.

Tome XIII.

AN. 1063.

! LIVRE SOIXANT E-UNI E'ME.

rence.
And. Jan.to.3..

å Fio. D N Italie, il y avoit une grande division entre Schisme à Flo

l'évêque de Florence & les moines. L'évêque Ital Sacrof.94. nommé Pierre étoit de Pavje , fils de Theuzon Me

zabarba homme noble, mais fort simple. Comme il vint voir l'évêque son fils, les Florentins lui demanderent artificieusement : Seigneur Theuzon , avezvous donné beaucoup au roi pour acquerir à vôtre fils cette dignité ? Par le corps de saint Syr, répondit-il, on n'obtiendroit pas un moulin chez le roi sans qu'il en coûte cher. Par saint Syr, j'ai donné pour cet évèché trois mille livres comme un sou. Saint Syr eft compté pour le premier évêque de Pavie, & l'église l'honore le neuviéme de Decembre. Les moines opposez à l'évêque Pierre, avoient à leur tête saint Jean Gualbert fondateur de la nouvelle congregation de Vallombreuse, & son autorité entraînoit une grande partie du peuple & du clergé. Il soûtenoit , que l'évêque étant simoniaque, & par consequent heretique, il n'étoit pas permis de recevoir les sacremens de fa main, ni de ceux qu'il avoit ordonnez. Pierre Damien étant à Florence tenta inutilement d'appaiser ce differend. Il n'approuvoit pas le sentiment des moines, & soutenoit qu'on ne devoit pas se separer de l'évêque tant qu'il n'étoit pas juridiquement condamné.

Comme les Florentins interpretoient mal ses sen

timens , & l'accusoient de favoriser la simonie, il Opuso, XXX, leur écrivit une grande lettre pour s'en justifier. D'a

Sup.lib, LIX, n. 77.

bord il proteste qu'il anathematise la simonie , com

AN. 1063. me la premiere de toutes les heresies : mais, ajoûtet-il, nous croïons fermement que toute la plenitude de la grace appartient à l'église : en force que les méchans, qui sont dans son sein, peuvent conferer les facremens. Il renvoïe à ce qu'il en a écrit dans le li- Opusc. VI. vre Gratissimus ; puis il continue : Qant à vôtre évê.. que, quelques-uns croïent qu'il a acheté la dignité, d'autres assurent qu'il y est entré gratuitement. Et qui suis-je pour me jetter au milieu de deux partis siéchauf. fez l'un contre l'autre, & pour charger un homme d'un tel crime avant qu'il en soit convaincu ? Le concile que l'on cient tous les ans à Rome est proche ; c'est là que doit s'adresser quiconque croit avoiunr juste sujet de plainte contre son évêque.

Je m'adresse maintenant à mes freres les moines, que je n'ignore pas être les auteurs de cette querelle. Ils disent que de tels évêques ne peuvent ni consacrer le saint chrême., ni dédier des églises, ni ordonner des clercs, ni celebrer la niesse; & ils le soutiennent avec une telle impudence , qu'en trois paroisses ils ont obligé à baptiser les catecumenes sans onction du saint chrême. Cependant aucune herefie, que je sache , n'a jamais eu la hardiesse de separer le chrême du baptême. Que si on emprunte le chrême d'une autre église, comme fait un prêtre de leur parti, c'est un sacrilege & un adultere spirituel. Er ensuite parlant toûjours des mêmes moines: On dit que plus de mille personnes trompées par leurs vains discours, sont mortes sans recevoir le corps & le sang de Nôtre-Seigneur. Il y a plusieurs églises dans lesquelles ils ne veulent pas entrer, ni même les saluer,

6.9.

An. 1063. = les croïant consacrées par des évêques indignes.;

Celui qui avoit le plus d'autorité sur ces moines & sur Jean Gualbert lui-même, étoit un reclus nom

mé Theuzon, qui passa cinquante ans enfermé prés le vitale.Guell, monastere de sainte Marie à Florence, d'où il' don

noit des conseils salutaires à ceux qui le venoient trouver. Il avoit un grand zele contre la simonie, & ce fut par son conseil que J an Gualbert alla crier en place publique, que l'évêque étoit manifestement fimoniaque , ne craignant point d'exposer la vie pour l’utilité de l'église. L'évêque Pierre voïant une grande partie de son clergé & de son peuple animée contre lui, crut les intimider en faisant tuer les moines, qui étoient les auteurs de la sedition. Pour cet effet il envoïa de nuit une multitude de gens à pied & à cheval, avec ordre de brûler le monastere de saint Salvi, & faire main-basse sur les moines. Ce monaltere situé prés de Florence étoit sous la conduite de Jean Gualbert, & l'évêque croïoit qu'on l'y trouveroit; mais il en étoit sorti la veille.

Les gens de l'évêque étant entrez dans l'église où · les moines celebroient les nocturnes, se jetterent sur

eux l'épée à la main. L'un reçût un coup au front, qui entroit jusques au cerveau : un autre eut le nez abatu avec la mâchoire superieure, qui lui tomba fur la barbe; d'autres reçurent des coups dans le corps. Ces meurtriers renverserent les autels, pillerent tout ce qu'ils trouverent, & mirent le feu aux logemens, Enfin trouvant le reste des moines, qui étoient encore dans l'église, sans se défendre, ni rompre autrement le silence, qu'en chantant les sept pseaumes avec les litanies, ils se contenterent de les dépoüiller. Mais

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