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de son visage & dans la majesté de fa taille , & tout ce qui est en sa personne porte le caractere d'une divinité. . Du reste, cet ouvrage est peint d'un goût tout différent des autres tableaux de Rubens,fur-tout pour les carnations, dont quelques-unes sont ici d'un blanco de lait & d'une chair fi délicate , que le Titien même n'en a jamais fait de semblables. Enfin ce tableau est d'un caractere si Aeuri, si délicat & si précieux dans toutes ses parties, qu'il n'y a point de termes pour s'en bien expliquer. Rubens le peignit en Espagne au milieu des plus beaux ouvrages du Titien; & cest-là qu'ayant compris l'artifice de ce grand maître , il voulur le passer dans ce tableau. En effet, il le peignit avec tant d'amour , qu'il l'a toujours regardé comme fon favori , qu'il la conseryé chez lui comme son enfant bien aimé, & que n'ayant pu se résoudre à le perdre de vue pendant sa vie, il le laissa en mourant à son meilleur ami.

· Ce tableau a 6 pieds de large fur 4
pieds de haut; les figures font un peu plus
que demi-nature.

LE MASSACRE DES INNOCENS.

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Le peintre a choisi ponr la principale
scène de cette action, la place de de-
vant le prétoire, coinme le lieu le plus
propre à faire naître des circonstances
qui enrichissent un sujet, & qui don-
nent au tableau plus de noblesse ; aufli.
voit-on en cet ouvrage tout ce que l'i-
magination peut inventer de plus avan-
tageux dans un pareil spectacle : la
cruauté des bourreaux animés par la
présence des Magistrats , le carnage
des Innocens, les manieres différentes
dont on les fait mourir & dont on les
arrache du sein de leurs parens; la ten-
dresse des meres, leur piété pour leurs
enfans, leur force & leur courage à dé-
fendre ces petits innocens, leurs lar-

me

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mes , leur fureur contre leurs bourfeaux , leur désespoir & leur abandon.

Quoiqu'il y ait près de soixante figu res dans le tableau, & toutes en de violentes agitations, néanmoins la dispoGition en est li bien entendue que l'ail n'est point du tout embarrassé par la variété des objets. " Binti

Le tableau est divisé en trois groups pes principaux , lesquels dominent fur le reste de l'ouvrage qui leur sert de fond. Ces grouppes sont composés de plusieurs corps que le peintre a assemblés avec industrie, & sur lesquels la vue se porte avec le même repos & I même facilité que s'il n'y avoit que grois objets dans tout le tableau.

Comme Pæil se doit porter naturellement au milieu de l'ouvrage, le grouppe qni y est placé l'y attire par

la force & par l'éclat de les couleurs. . Il est composé de quatre femmes, dont

la désolation est exprimnée différein... ment, & touche le ceur de compassion,

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qui est un des mouvemens de l'ame le plus naturel & le moins capable de faire de la peine au spectateur ; le peintre ayant réservé dans les grouppes des côtés où les femmes sont d'un caractere moins noble, d'y faire voir les effets d'un extrême, mais d'un juste emportement dans les meres, & de la derniere barbarie dans les bourreaux.

D'un côté du tableau est le palais de la Justice , où l'on monte par cinq degrés, & dont le vestibule est gardé par quatre soldats armés qui en empêchent l'entrée. Plus haut & près des bords du tableau sont deux Magistrats allis comme dans leur tribunal, pour tenir la main à l'exécution de l'arrêt , & cet arrêt est affiché sur un pilier auprès d'eux, & contre lequel deux bourreaux prenant ces innocens par les pieds , leur brisent la tête, & en ont déja fait un monceau que l'on voit auprès de ce pilier , pendant qu'un autre bourreau leur apporte deux petits enfans don

reaux

eft chargé, & dont l'un tend les bras à. famere, qui monte avec empressement les degrés du palais pour le suivre,mais qui en est empêchée par un soldat qui met sa pertuisane au-devant d'elle.

Sur ces mêmes degrés est une mere qui embrasse & qui baise son enfant expirant entre les bras ; elle est comme pậméę, & ne sçait où elle va, ni ce qui l'environne; de sorte que sa fuiyanţe, qui est derriere elle , est contrainte de la retirer d'entre les armes des soldats, pour éviter leur insolence. Auprès de çes femmes & au milieu du tableau se yoit une dame de qualiçé, dont le désespoir ne lui permet plus de chercher de secours ni de côté, nį d'autre ; ses bras , sa tête , ses yeux, tout son corps fe porţent avec violence du côté du ciel, comme pour demander vengeance de l'ouvrage qu'on lui fait, & de la douleur qui l'accable. Le reste de ce côté est occupé par différentes actions vio. lenges des meres qui défendent & veu

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