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étrangères , qui l'ont peuplée , la conformité rigoureuíê de ses lettres avec les plus anciennes des Grecs, ses monumens des tems les plus réculés, où l'on retrouve le fond de la langue Grèque, & les témoignages fans nombre des auteurs, depuis deux mille' ans, ne nous laissent pas la liberté de chercher ailleurs, que dans la Grèce, l'origine immédiate des caractères Latins, Etrusques, Pélafgiques, Arcadiens. N'a-t-on mis en euvre que le Syriaque & l'Hébreu , pour expliquer les tables Eugubines & les inscriptions antiques en lettres Toscanes ?Les ténèbres , qui les envelopoient , fembloient s'épaissir ; à proportion des éforts, qu'on faifoit, pour les dissiper. Ré buté du peu de succès de cette méthode ; s'est-011 araché particulièrement à la langue Grèque } à ses dialectes, ainsi qu'à l'ancien Latin ? Des dificuítés insurmontables se sont aplanies : on a commencé à pénétrer dans des mystères , où tout demeuroit voilé, depuis tanc de siècles. A des traits si frapans , qui ne reconoitra la source des lettres Latines, envisagées fous toutes leurs faces?

II n'est pas aussi facile de se décider fur le nom du premier instituteur des écoles Latines ; qu'il l'est de montrer le païs,. où il avoit puisé la conoissance des lettres. Les uns (a) atribuent cet honneur à Saturne , les autres [è) à Hercule , la plupart (c) à Evandre , d'autres {d) à Nicostrate fa mère, surnommée Carmente , quelques-uns à Mqrcure, plusieurs à Janus. Tacite partage (e) entre Evandre & Démarate la gloire d'avoir enseigné les lettres aux (1) Aborigènes & aux Etrusques.

eu tant d'afaires & de raports^pendant une
si longue fuite de siècles. L'honneurde la
France feroit souhaiter, que le fond de
cette opinion fc trouvât apuyé fur des son -
démens assez solides , pour réunir un jour
tous les fusragcs.L'auteur,qui a fait des re-
cherches si extraordinaires & si nombreu-
ses , réserve aparamment ses plus sortes
preuves pour ladisserration,qu'il nous pro-
met fur la conformité des langues Of-
que & Gauloise. Engagé à faire voir au
public , ijue la langue des O/ces était
met pour mot la langue des Celtes , outre
l'avantage , qu'il prétend en tirer , pour
prouver, que les Romains font d'origine
Celtique; il nous semble , que notre lan-
gue pouroit y gagner beaucoup.Ensuivant

eette veine dans toutes ses branches & rameaux; on parviendrait peutêtre à donner des notions plus justes de la barbarie de nos anciens monumens, bronzes, Jnarbres, manuscrits , diplomés : on remonterait à la source du François : une' langue originairement commune à plusieurs peuples d'Italie & desGaules, nous convaincrait, qu'ils sortent de la même' souche : notre langue paroitroit moins une langue nouvelle quant au fond , que quant à la forme.

i (i) Suivant Denis d'Halicarnasse, liv. 1." • fortifiés par des renforts de Pélafges 8c d'autres Grecs ; ils chassèrent du Latium lesSlculcs, qui passoient pour en avoir été ks premiers habicaas. Sur ljstéjnoignages}

~XJne Ci grande diversité d'opinions en laisse subsister une,' PARTIE qui les réunit toutes. L'Italie , de l'aveu des anciens &: des Sect. Us. modernes, a reçu ses lettres de la Grèce. Des peuplades de Chap. í. Pélaíges & d'Arcadiens , qui se sont suivies, les ont-elles artici,s r* aprises aux nations, qui les avoient précédées en Italie : ou, ce qui pourtant ne paroit pas même probable , ses plus anciens habitans en étoient-ils instruits , lorsque les nouveaux y fondèrent des établissemens ? L'origine des lettres est toujours la même : la Grèce n'en a pas moins l'avantage de lut avoir donné son alphabet, sa littérature, ses sciences & ses loix. Mais les raports de similitude des anciens caractères Grecs &; Latins sont-ils aufli réels., qu'on nous le fait entendreì

II. Que récriture Latine originairement dérivée de celle Ressembfance on ■des Orientaux fùt exactement la même , que celle des an- mêtnc ldentK<-' <Je*

'J _ . ,» lettres Latines les

ciens Grecs ; nous en avons pour garans (a) 1 acite , & \b) pius antiqUes avcc Pline l'Historien. Ils avoient encore fous les yeux une les Grèves du foule de monumens publics , propres-à constater la ressem- memcaScblance primitive des lettres Chèques & Latines. Le premier (Mì AnnaL I,bm n'y apercevois nulle diférence : sormee litteris Latinis, difoit- \b) Lil. 7.<\j*. il, quœ veterrimis Grœcorum. Pline donne pour preuve de leur conformité une table d'airain du premier âge , tranf

}>ortée de Delphe au ( 1 ) Palais de Rome. S'il ne dit pas, que a (z) ressemblance continuoit d'être parfaite 5 c'est que les lettres Latines de son tems, comparées aux anciennes, n'étoient plus tout-à-fait les mêmes. Aussi Tite-Live supose-t-il quelque dissemblance entr'elles ; íoríque parlant de certaines Inscriptions (c) Latines, il fait observer, qu'elles étoient en let- ^ uh. Vn. .tres antiques. Quintilien ajoute, qu'elles n'étoientpas {d) à tous ì- '*>*• Gronw.

<ic Porcius Caton & de Caius Sempro-, nius, les plus favans d'entre les Romains,' & plus encore fur la foi d'Antiochus fils de Xenophane, qui avoit consulté d'anciens monumens ~T le même auteur regarde les Aborigènes, comme des peuples d'Achaïe ou d'Arcadie, qu'il croie Oeriotriens.Quoique originaires du pais de la Grèce, ou les lettres furent le plutôt connues j ils n'en avoient pas la plus légère teinture, avanc l'arivée d'Evandre en Italie, au jugement 4c Deais d'Haliçarn*ssc: puisque c'est pax

V •

ce Prince Arcadien , qu'il leur fait com-
muniquer la conoissance des lettres. Ainsi
quand ies Oenotricns & les Aborigènes
sortirent de Grèce, les lettres étoienr pour
fes habitans un phénomène inoui. Voila
fans doute un préjugé bien fort contre les
prétendues lettres Attiques & Pélafgien-
nes, antérieures à Cadmus.

(1) II étoit dans fa X. région.

(1) Vtitres GrtcM fuijfe ea/dem fene^ qttt nmc funt Latin*.

3M.

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égards conformes à celles de ion tems : nec Jimiles his nojlrls •S i ili earum fopnœ fueruftt : texte qu'il ne faut pas trop presser.

Chap. I. Quelques modernes ont prétendu retrouver récriture des an'article ï. ciens Latins dans les caractères Attiques. Mais où font ces caractères certainement & purement Attiques des premiers ■tems ? Si l'on en montre de quatre à cinq cents ans avant J. C. ils diíèrent peu de récriture Grèque ordinaire du même âge. On avoit beaucoup compté fur les colones Hérodiennes. On en est: revenu, depuis que les uns n'y voient, que des (»; Palugr. lettres [a) Ioniques ; les autres, qu'une inscription du second .Gncp. 141.JÍ1. fì^çig ^ dans laquelW on a , dit-on , mal rendu les anciens caractères Grecs en général, qu'on afectoit d'imiter. S'apuyer fur ces colones , comme fur de bons modèles des anciennes ■ lettres, soit Attiques, soit Ioniques : C'est, selon M. le Président Bouhier , donner dans une insigne méprise , quoique d'après les Scaliger & les Saumaife. Au surplus il faut le consoler du peu de succès des tentatives faites, pour discerner les anciens caractères Attiques des Cadméens. Cetre distinction est au fond peu nécessaire , & probablement ( 1 ) impossible. Peutêtre n'est-on pas mieux autorisé à confondre les chifres Latins avec les Attiques. On ne fauroit pourtant y • méconoitre de vrais raports , une manière de procéder preÊque uniforme , une opoíìtion égale aux chifres des Orientaux & à ceux de la plupart des Grecs.

Mais fans s'atacher à certaine espèce de caractères Grecs, plutôt qu'à toute autre jìl nous fufit de montrer la ressemblance

(i) Si les lettres Attiques font radica-
lement les mêmes, que les Cadméennes;
on sent la principale cause de cette im-
possibilité. Les unes & les autres , il est
▼rai, quoitjue essentiellement semblables,
anroient pu se diversifier ávec le tems : &

; c'est fur quoi nous ne contesterons pas.
Mais tant qu'on n'acordera , -que seize
lettres à l'alphabet Attique; l'impossibili-

'té de le distinguer du'Cadrhécrr poura
bien résister à tous les monumens décou-
verts & à découvrir. Si l'on se contentoit
de ceux , qui précédèrent la permission de
faite usage dans Athènes des lettres Io-

s niquesjcequ'on cherche depuis deux cents
ans, on pouroit peutêtre le trouver fur
íe rrusbtç, de Nouucl , conservé dans le

Cabinet de l'Académic des Belles-lettres. II renferme ces lettres A B A A E X Hfj) IKJ,MNOP|ií TYtX, Mais comment fc persuader , qu'il nc manquât à l'alphabet Attique , que les lettres SÍ'sl? Si d'un autre côté cinq des nouvelles s'y étoient déja glissées ; à quoi bon faire tant de bruit pour trois, qui en étoient exclues ; Pourquoi fixer , comme a fait Eusèbe , l'époque de l'introduction de huit lettres chez les Athéniens à la 94. Olympiade, c'est à-dire 403. avant J.C> Dès l'an 457. avant l lncarnation, ne les cmployoicnt-ils p^s presque toutes, jusque dans les monumens, dressés par Pautorité publique , tel que celui , dont 00 YÍcnt de représenter les lettres ì *

con

des lettres Grèques en général avec les Latines , pour stater l'origine immédiate de ces dernières. Or qu'on jette la vue fur l'alphabet Grec , tel qu'il s'est constamment foutenu , depuis plus de deux mille ans ; n'y reconoit-on pas du premier coup d'oeil ces douze lettres Latines ABEZHIKM N O T Y ? Qu'on cherche ensuite les autres , qui semblent di rérentes ; non fur les monumens Grecs du bas ou du moyen âge ; mais fur ceux de la haute antiquité , bronzes, marbres, médailles : n'y trouve-t-on pas aisément ces autres lettres Latines CDFLQqRSV ; au lieu de celles - ci Tasta^psy, quoique pourtant plus ordinaires? D'ailleurs les anciens P des Latins ne diréroient point de ceux des Grecs. Tels, ou à peu près, on les retrouve encore fur bien des médailles Latines, jusqu'au second siècle. Comme chez les Grecs on voit des Y fans pié j chez les Latins on en • remarque avec un pié , lors même qu'ils ne peuvent être que des V. De part & d'autre on a desC& des r fous cette forme H carée. Si les anciens Latins ne fe servirent point du © : ce •«me nous ne sommes pas à portée de vérifier pleinement ; les Étrusques en firent grand usage. Les Latins mêmes des tems 'postérieurs afectcrent en diverses ocasions de lui donner rang klans leur écriture. Reste le S des Grecs, dont les Romains semblent avoir totalement changé la figure. Avant que la mode eut prévalu de Pemployer, pour rendre les deux consignes , qu'il réunit \ les Grecs exprimoient leur double son tantôt par K S, & tantôt par X S. A leur exemple, après avoir d'abord peint Je même ion par XS, comme le démontre la VII. table Eugubine ; les Latins fe contentèrent de la première de ces deux lettres , pour figurer leur X. Ainsi l'on ne peut souhaiter une plus parfaite ressemblance entre toutes les lettres Grèques (i) & Latines, prises d'après les monumens de la vénérable antiquité.

II. Partie.

Se Ct. III.
Cap. I.
AjCTICK I.

(i) Les râpons des lcrrrcs Grèques & Latines sont si grands; qu'on ne sauroir manquer de palier fans crise des unes-aux •utrcs, quand on tiaite de ícur origine. C'est ce qui nous est arive plus d'une fois «tans notre premier volume , au sujet des lertres Grcques. II s'agit ici des Latines. Si nous ne pouvons éviter de revenu sou

vens sur les Grèques ; nous saisons du
moins ensorte de ne pas nous répètes.
Mais pouroir-on trouver mauvais , qu'oa
traitât plus à fond une matière , qui n'au-
roit été qu'ébauchée ? Qu'on se rapeUe
que récriture est la base & le fondement
de toute littérature , & spécialement d'un
ouvrage dç la nature du nôtre : & l'on

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"Mais , dira-t-on, quoique communément on ne pousse pas

Ssct m "fi loin cette ressemblance ; il n'est peutêtre point aujourdiiì de savant, qui la méconoisse. II en est peu , qui ne remontent: aux lettres des Grecs , pour découvrir l'origine immédiate ,de celles des Latins. La grande dificulté consiste à fixer le nombre (i) & des caractères , dont les uns & les autres firent d'abord usage, &: des additions , qui fìxrent successivement admises dans leur alphabet. C'est-là le seul point susceptible d'éclaircissemens considérables. Au milieu du partage des anciens &: des modernes & de ceux-ci entr'eux; c'est surquoi Ton ne sait à quoi s'en tenir.

Sans prétendre concilier tant de sentimens divers ; nous cssairons de les raprocher, au moyen de quelques nouvelles vues. Mais comme tout le monde n'est pas également au fait de ces disputes ; on ne peut se dispenser d'en retracer une légère idée. Nous remprunterons d'un auteur, plus illustre encore par son savoir, que oar le rang distingué , qu'il tenoit dans le monde : ou plutot, a cet égard, nous nous bornerons à l'expôsition de son système, qui ne peut se soute-, nir , que sur la ruine de tous les autres. Système <îc M. U Quelques travaux qu'aient entrepris Scaliger , Saule président maise, Vossius & plusieurs autres fur l'origine des lettres

fera charmé de voir l'origine de nos let-
tres , débarassée de tant d'opinions con-
traires , qui ne fervoient, qu'à Pobícur-
cir. Qu'on se demande en quel tems , &
de quelles contrées de la Grèce étoient
sortis les Peuples , qui répandirent IXísage
des lettres en Italie : & l'on conviendra de
l'imposlibilité d'en fixer l'époque , fans
avoir déterminé cn quelque façon celle de
l'arivée des colonies, de qui les Grecs re-
lurent leurs premiers caractères.

(i) Cette dificulté fc trouve exposée (a) Ch. J .p. 3 }. avec force par l'auteur (a) du Traité de s incertitude des Sciences, traduit de l'Anglois. » A la vérité , dit il, les lettres La» tines semblent dérivées des Grèques, les »: Grèques des Phéniciennes , & les PhéM niciennes des Hébraïques. On a tâché » de prouver cela , tant par l'histoire, que »? par le raport des lettres , en tournant » les caractères Hébreu à main droite , noue manière décrire. Mais

« comment(i)répondre après-à l'objectioa » suivante ï Cadmus qui aporta les lettres; « Phéniciennes chez les Grecs n'en apor» ta, dit-on , que seize. II en avoit donc » laissé quelques - unes cn ariére. Car » depuis que nous avons eu des écrits ca » Phénicien ou en Hébreu , l'alphabet de "chacune de ces langues a toujours été fi"xe, & de la même étendue qu'il est ì » présent. Ce qui cil: évident par plusieurs » pfeaumes& chapitres chifrés par les Iet» tres de l'alphabet. S'il y avoit plus de » certitude fur l'origine des lettres; il íc» roit moins dificile d'en déterminer le » nombre & d'en fixer la valeur : mais or» » ne fait que décider fur ces deux points j » & les critiques font en grande dispute » à l'égard de quelques lettres , savoir Q. » c'en est ou non «. Ces incertitudes justifient de reste les discussions, auxquelles nous aigus nous lirrer.

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