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Ainsi de Marius Sylla devint jaloux,

César de mon aïeul, Marc-Antoine de vous;

Ainsi la liberté ne peut plus être utile

Qu'à former les fureurs d'une guerre civile,

Lorsque, par un désordre à l'univers fatal,

L'un ne veut point de maître, et l'autre point d'égal.

Seigneur, pour sauver Rome, il faut qu'elle s'unisse En la main d'un bon chef à qui tout obéisse. Si vous aimez encore à la favoriser, Otez-lui les moyens de se plus diviser. Sylla, quittant la place enfin bien usurpée, N'a fait qu'ouvrir le champ à César et Pompée, Que le malheur des temps ne nous eût pas fait voir S'il eût dans sa famille assuré son pouvoir. Qu'a fait du grand César le cruel parricide, Qu'élever contre vous Antoine avec Lépide, Qui n'eussent pas détruit Rome par les Romains Si César eût laissé l'empire entre vos mains? Vous la replongerez, en quittant cet empire, Dans les maux dont à peine encore elle respire; Et de ce peu, seigneur, qui lui reste de sang Une guerre nouvelle épuisera son flanc.

Que l'amour du pays, que la pitié vous touche; Votre Rome à genoux vous parle par ma bouche. Considérez le prix que vous^avez coûté: Non pas qu'elle vous croie avoir trop acheté; Des maux qu'elle a-soufferts elle est trop bien payée; Mais une juste peur tient son ame effrayée,

Si, jaloux de son heur et las de commander,'
Vous lui rendez un bien qu'elle ne peut garder,
S'il lui faut à ce prix en acheter un autre,
Si vous ne préférez son intérêt au vôtre,
Si ce funeste don la met au désespoir,
Je n'ose dire ici ce que j'ose prévoir.
Conservez-vous, seigneur, en lui laissant un maître
Sous qui son vrai bonheur commence de renaître;
Et, pour mieux assurer le bien commun de tous,
Donnez un successeur qui soit digne de vous.

AUGUSTE.

N'en délibérons plus, cette pitié l'emporte:

Mon repos m'est bien cher, mais Rome est la plus forte;

Et, quelque grand malheur qui m'en puisse arriver,

Je consens à me perdre afin de la sauver.

Pour ma tranquillité mon cœur en vain soupire.

Cinna, par vos conseils je retiendrai l'empire;

Mais je le retiendrai pour vous en faire part.

Je vois trop que vos cœurs n'ont point pour moi de fard,

Et que chacun de vous, dans l'avis qu'il me donne,

Regarde seulement l'état et ma personne.

Votre amour en tous deux fait ce combat d'esprits,

Et vous allez tous deux en recevoir le prix.

Maxime, je vous fais gouverneur de Sicile:
Allez donner mes lois à ce terroir fertile;
Songez que c'est pour moi que vous gouvernerez,
Et que je répondrai de ce que vous ferez.

Pour épouse, Cinna, je vous donne Émilie;

Vous savez qu'elle tient la place de Julie,

Et que, si nos malheurs et la nécessité

M'ont fait traiter son pere avec sevérité,

Mon épargne depuis en sa faveur ouverte

Doit avoir adouci l'aigreur de cette perte.

Voyez-la de ma part, tâchez de la gagner:

Vous n'êtes point pour elle un homme à dédaigner;

De l'offre de vos vœux elle sera ravie.

Adieu ; j'en veux porter la nouvelle à Livie.

SCENE II.

CINNA, MAXIME.

MAXIME.

Quel est votre dessein après ces beaux discours?

CINNA.

Le même que j'avois, et que j'aurai toujours.

MAXIME.

Un chef de conjurés flatte la tyrannie!

CINNA.

Un chef de conjurés la veut voir impunie!

MAXIME.

Je veux voir Rome libre.

CINNA.

Et vous pouvez juger Que je veux l'affranchir ensemble et la venger. Octave aura donc vu ses fureurs assouvies,

Pillé jusqu'aux autels, sacrifié nos vies,

Rempli les champs d'horreur, comblé Rome de morts,

Et sera quitte après pour l'effet d'un remords!

Quand le ciel par nos mains à le punir s'apprête,

Un lâche repentir garantira sa tête!

C'est trop semer d'appas, et c'est trop inviter,

Par son impunité, quelque autre à l'imiter.

Vengeons nos citoyens, et que sa peine étonne

Quiconque après sa mort aspire à la couronne;

Que le peuple aux tyrans ne soit plus exposé:

S'il eût puni Sylla, César eût moins osé.

MAXIME.

Mais la mort de César, que vous trouvez si juste,
A servi de prétexte aux cruautés d'Auguste:
Voulant nous affranchir, Brute s'est abusé;
S'il n'eût puni César, Auguste eût moins osé.

CINNA.

La faute de Cassie, et ses terreurs paniques,
Ont fait rentrer l'état sous des lois tyranniques;
Mais nous ne verrons point de pareils accidents
Lorsque Rome suivra des chefs moins imprudents.

MAXIME.

Nous sommes encor loin de mettre en évidence
Si nous nous conduirons avec plus de prudence:
Cependant c'en est peu que de n'accepter pas
Le bonheur qu'on recherche au péril du trépas.

... CINNA.

C'en est encor bien moins alors qu'on s'imagine

Guérir un mal si grand sans couper la racine.
Employer la douceur à cette guérison,
C'est, en fermant la plaie, y verser du poison.

MAXIME.

Vous la voulez sanglante, et la rendez- douteuse.

CINNA.

Vous la voulez sans peine, et la rendez honteuse.

MAXIME.

Pour sortir de ses fers jamais on ne rougit.

CINNA. _

On en sort lâchement si la vertu n'agit.

| MAXIME.

Jamais la liberté ne cesse d'être aimable;

Et c'est toujours pour Rome un bien inestimable.

CINNA.

Ce ne peut être un bien qu'elle daigne estimer,

Quand il vient d'une main lasse de l'opprimer.

Elle a le cœur trop bon pour se voir avec joie

Le rebut du tyran dont elle fut la proie;

Et tout ce que la gloire a de vrais partisans

Le hait trop puissamment pour aimer ses présents.

MAXIME.

Donc pour vous Émilie est un objet de haine?

CINNA.

La recevoir de lui me seroit une gêne.

Mais, quand j'aurai vengé Rome des maux soufferts,

Je saurai le braver jusque dans les enfers:

Oui, quand par son trépas je l'aurai méritée,

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