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M E L IN D E. Eh, mon Dieu ! de quoi pourroientelles étre vaines ? La nature leur a donné de grands défauts, & elles ne doivent qu'à vous feule ce qu'elles ont de bien.

LA FÉ E. Cependant j'en suis parfaitement contente depuis deux mois ; j'ai trouvé le moyen de les réduire & de les punir.

M E LIND E.
Comment ?....

LA FÉ E. Je leur ait fait croire que je les avois rendues hideufes, & par mon art je leur ai fafciné les yeux de maniere qu'en fe regardant dans un miroir, & en fe voyant l'une & l'autre, elles se trouvent affreuses : j'ai donné le mot à tout ce qui les entoure; on leur a répété à chaque instant les premiers jours qu'elles étoient laides à faire peur : d'abord elles ont beaucoup pleuré; la cadette, fur-tout , Iphife, paroisloit inconsolable. Je les ai confolées, je leur ai dit que le seul parti qu'elles eussent à prendre étoit de faire oublier leur difformité par leurs bonnes qualités, leurs vertus & leurs talents; elles m'ont cru, &... Mais paix , j'entends du bruit, ce font elles sûrement qui vous cherchent; je vous laifle ensemble : adieu, n'oubliez pas de les bien confirmer dans leur erreur.

(Elle sort.)

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SCENE II. MÉLINDE, CÉNIE, IPHESE. Ces deux dernieres restent à la porte en se

cachant le visage.

M E L IN DE
Les

ES pauvres petites. n'osent approcher elles craignent que leurs figures ne me faffent horreur.

€ E N I E en pleurant.
Allons, må four , il faut bien qu'elle
nous voye.-

I PĦI SE.
Avancez la premiere.

C EN IB.
Je n'ofe.

ME CIN DE part.
Feignons de ne les pas connoître. (Haut.)
Mes enfants ne viennent point', je vais les
aller chercher...'

CENIE.
Entendez-vous, Iphife?...

I PHISE.
Je vois que la Fée ne l'aura pas préve
mue sur notre malheur.

C E N I E.
Elle nous regarde & ne nous connoit pas.

I PHIS E.
Comment le pourroit-elle, dans l'état
où nous fommes ?...

.

CE N I E.
Cruelle Fée!...
MELINDE s'approchant en leur adrefant

la parole.
Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?

(Iphise & Cénie s'approchent d'elle en pleurant toutes deux.

M E LIND E. Voilà deux étranges figures...

CENIE à Iphise.
Voyez-vous l'effroi que nous lui causons ?

I 2 H I s E.
Nous fommes bien à plaindre.

CE NIE. Ah! je n'ai jamais été fi fâchée d'être affreufe.

M E L IN D E.
Mais de grace ,-Mesdemoiselles , dites-
moi à qui vous en avez ?
IPHÍSE & Cenie se jettant à ses pieds
Ah, Maman!...

M E L IN DE.
Qu'entends-je ?

CE N I E.
Oui, nous fommes vos enfants.

M E L'IND E.
Vous! grands Dieux!...

I PHIS E. Maman, daignez nous reconnoître; malgré notre affreux changement, nos cours font toujours les mêmes.

Mİ EL Î N D E les relevant.. · Il suffit : je vous plains d'un malheur qui cependant est fort supportable, & croyez

que je ne vous en aimerai pas moins.

I P H I SE.
Quelle bonté charmante!

CE N I E.
Eh bien ! me voilà consolée.

M E L IN D E. Embrassez-moi , mes chers enfants ; foyez aimables , douces, honnêtes , & vous n'aurez pas befoin des charmes frivoles qui vous manquent.

CENIE. Maman , je suis Cénie.

I PHIS E en foupirani. Et moi, Iphife.

M E L IN D E. Je vous avois distinguées l'une & l'autre par le son de voix.

CEN I E. La Fée ne vous avoit donc rien dit?

MELIND E. Elle m'avoit caché votre laideur ; elle m'avoit seulement appris que vous lui aviez donné les plus grands sujets de mécontentement; mais que depuis deux mois, elle étoit charmée de vous.

I P H İ Š E. On s'accoutume à tout : moi, j'ai pris mon parti fur ma figure; le temps que je paflois à ma toilette, je l'employe å lire, à jouer du clavecin,

M E LIND E. C'est un parti qu'il faudroit prendre quand vous seriez la beauté même.

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CENIE. Nous nous répétons toute la journée que nous n'avons perdu qu'un peu plutôt ce que nous devions nécessairement perdre un jour, & que nous y aurons ĝiagné des réflexions & une instruction que nous n'aucions peut-être jamais eue lans cela.

MELIND E.
C'est penser à merveilles.

I PHIS E. Il est bien plus doux de plaire par les charmes de fon caractere & de fon esprit, que par ceux de fa figure; & fi avec celle que j'ai , j'y puis parvenir, j'en serai plus flattée que fi j'étois encore jolie.

M E LIND E. Encore jolie!... Réellement , Iphise , vous croyez avoir été jolie ?...

I PHIS E. Je puis dire à préfent ce que j'en pensois; c'est comme si je parlois d'une autre perfonne.

M E LIND E.
Eh bien ?

IP H I s E. Eh bien, Maman, sans être réguliere , j'étois fort agréable, & véritablement jolie.

MEL IN D E. Eh bien, mon enfant , vous êtes dans l'erreur, vous n'étiez point laide, mais vous aviez une figure infiniment médiocre.

I PHIS E. Vous dites cela pour diminuer més regrets, Maman, vous êtes bien bonne...

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