페이지 이미지
PDF
ePub

ceur.

en certains endroits pour le considerer quand il étoit seul retiré en sa chambre, pour voir de quelle façon il se comportoit en l'étude , en la priere, en la lecture , en la méditation, à s'asseoir , à marcher, à se coucher, à se lever , à écrire , bref aux plus menuës contenances, dans lesquelles on se licentie souvent quand on est seul.

Néanmoins je ne l'ai jamais remarqué se dispenser de la plus exacte loi de la modestie ; tel seul qu'en compagnie , tel en compagnie que seul ; une égalité de maintien corporel, lemblable à celle de son

Etant seul, il étoit aussi composé qu'en une grande assemblée. S'il faisoit quelque priere, vous eussiez dit qu'il étoit en la présence des Anges & de tous les Bienheureux. Inmobile comme une colomne, & dans une contenance toute respectueuse.

J'ai même pris garde , le voyant seul, s'il ne croiseroit point les jambes, ou s'il ne mettroit point les genoux l'un sur l'autre, s'il n'appuyeroit point sa tête de son coude. Jamais. Toujours une gravité accompagnée d'une telle douceur , qu'il remplissoit ceux qui le regardoient d'amour & de respect.

Il m'a souvent dit qu'il falloir que notre conversation exterieure ressemblât à l'eau, dont la meilleure est la plus claire , la plus simple & celle qui a moins de goût. Toutefois quoiqu'il n'eût rien de fingulier, je le trouvois si singulier à n'avoir point de singularité , que tout me sembloit singulier en lui.

J'ai toujours retenu ce que me dit un jour à Paris un grand & pieux personnage, que rien ne le faisoic tant souvenir de la conversation de Notre-Seigneur parmi les hommes, que la présence & contenance angélique de ce bienheureux Prélar, duquel on pour

voit dire, qu'il étoit non-seulement revêru, mais tour rempli de Jesus-Christ.

I I.

Сн А р т т R E

De la chasteté du cæur. JE

E ne sçaurois vous dire à quel haut point d'estime

notre Bienheureux metroit la chasteté du cæur. Il disoit

que celle du corps n'étoit que l'écorce, mais que l'autre étoit la moelle: qu'en celle du caur étoit la racine de l'arbre de cette vertu, & les branches & les feuilles en celles du corps.

Il mettoit cette chasteté du cœur dans le renoncement à toute affection illicite. S. Bernard tenoit pour une cuvre plus miraculeuse que de ressusciter les morts, de converser souvent & avec familiarité avec des personnes d'un autre sexe, sans perdre quelque chose de cette chasteté du caur , & quelquefois sans la perdre toute entiere.

Il y a une autre chasteté du cæur , qui consiste en la pureté d'intention. O que cette chasteté & pureté est encore rare ! car pour l'avoir il faut, disoit notre Bienheureux, ne voir

que

Dieu en roures choses , & toutes choses qu'en Dieu. C'est-là un perit rayon du Paradis , où Dieu est toutes choses

en tous.

CHAPITRE III.

[ocr errors]

Son sentiment touchant les Dignités & la

sidence des Evéques. D

Eux grands Papes , Clément VIII. & Paul V.

ont fort estimé notre Bienheureux, & le dernier a pensé plusieurs fois à le faire Cardinal , dont le Bienheureux fut averti.

Un jour, comme je lui en parlois, il me dit: mais en verité à quoi pensez-vous que me pût servir cette qualité pour servir davantage Notre-Seigneur & fon Eglise ? Rome, qui seroit le lieu de ma résidendence, est-ce un poste plus avantageux pour cela que celui où Dieu m'a mis : Y aurois je plus de travail, plus d'ennemis à combattre, plus d’arnes à conduire, plus de sollicitude , plus d'exercices de piété, plus de visites, plus de fonctions pastorales à faire ?

Vous entreriez, lui disois-je , dans la sollicitude de toutes les Eglises ; & de la conduite d'une Eglise particuliere vous passeriez à la conduite de l'Eglise universelle , conjointement avec le Pape & les Cardinaux.

Vous voyez néanmoins, reprit-il , dinaux les plus signalés en sçavoir & en piété de nos jours, quand ils sont Evêques & ont des Diocèses, quittent la résidence de Rome , qui

qui n'est

que

de droit Ecclésiastique , pour se retirer en celle de leurs Bergeries, qui est de droit Divin , à raison du Pastorat , qui les oblige de veiller sur leurs troupeaux , & de paître & conduire les ames qui leur fonc commises.

A ce propos il me raconta une chose mémorable

, que les Car

du grand Cardinal Bellarmin de très heureuse & sainte mémoire. Il fut promû à cette dignité à son insçû & contre son gré par Clement VIII. Il fut aussi pourvû contre son inclination de l'Archevêm ché de Capoüe.

Ausli-tôt qu'il fut sacré, il se prépara pour aller à sa résidence.

Le Pape, c'étoit Paul V. qui vouloir fe serv'r de lui à Rome, & qui le voyoit utilement employé en diverses Congregations de Cardinaux, le manda , pour sçavoir s'il étoit résolu d'aller à Capoüe.

ìl répondit qu'il étoit bien plus résolu à cela, qu'il ne l'avoir été de se faire sacrer ; & que le commandement de la Sainteré l'ayant obligé à se charger de ce fardeau , il étoit raisonnable qu'il le portất ; & qu'il avoit pensé que la Sainteté n'avoit point beloin de lui à Rome, puisqu'elle lui avoit donné la charge de cette Province.

Le Pape lui disant qu'il s'en dispenseroit : Saint Pere , reprit-il, ce n'elt pas ce que j'ai enseigné toute ma vie dans les Ecoles , où j'ai tenu que la résidence des Evêques étoit de droit divin , & par conféquent indispensable.

Au moins, lui dit le Pape , donnez-nous la moitié de l'année. Et durant ce semestre, reprit le Cardinal ,

de quelles mains sera redemandé le sang des ouailles qui périront ?

Au moins trois mois, dit le Pape.

Et le Cardinal répondit , comme des fix. Et de fait il s'en alla à Capoüe , où il fit une résidence continuelle de trois ans, & où il composa , pour se delafser de ses travaux, le beau & riche Commentaire quil a fait sur les Pseaumes ; & le Pape ne le puttirer de-là pour le faire revenir à Rome, qu'en

lui permettant de résigner certe Egliseentre les mains d'un digne Prélar du choix de ce grand Cardinal.

Voilà ce que pensoit de la résidence des Evêques

ce grand homme, qui a été en nos jours une coApoc. 3. 12. lomne en la Maison de Dieu, & qui nous a fourni

de bouclier & d'épée contre les hérelies.

S. Charles Borromée, l'honneur des Evêques & des Cardinaux, a pensé de même, aussi bien que son très-digne successeur Frederic Cardinal Borromée, l'un des plus sçavans & des plus pieux Prélars qui soient en l'Eglise.

Et pour notre Bienheureux, il n'estimoit les dignités, tant de l'Eglise que du fiécle , qu'autant qu'elles donnoient plus ou moins de moyen de servir Dieu , & d'avancer sa gloire.

CHAPITRE IV.
De sa Promotion à l'Evêché de Geneve , &

de fa Consecration.

Rom. S. 4.

O qe

Ue nul, dit l'Apôtre, ne s'ingere dans les charest appellé comme Aaron. Voila l'image de la vocation de notre Bienheureux, lequel s'étant donné à l'Eglise sans autre dessein que d’y servir Dieu , après avoir passé par tous les dégrés de Chanoine, de Curé & de Prevôt ; de Prédicateur , de Confesseur, de Missionnaire ; Dieu , sans que le Bienheureux y pensât, inspira à son prédécesseur de jerter les yeux sur lui.

Jamais le Bienheureux ne lui en parla , ni ne lui en fic parler, directement ou indirectement ; & quand il lui ouvrit son dessein , il ne s'amusa point

à

« 이전계속 »