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force, la chasteté, la mortification exterieure, l'o. béissance, la contemplation, la constance, le mépris des richesses & des honneurs , & autres semblables , desquelles chacun veut goûter , parce qu'elles sont plus excellentes, plus estimées, & souvent parce qu'elles nous rendent plus illustres & plus considérables, quoique nous ne dussions aimer leur excellence que parce que Dieu les aime davantage, & qu'elles nous donnent le moyen de lui témoigner notre amour plus excellemment.

CHAPITRE X I. Le Bienheureux se résout à voir tomber son

Institut dans son commencement. L

A très - vertueuse Dame que le Bienheureux

choisit pour faire la premiere pierre de son Institut, tomba malade si grievement, que les Médecins désespererent de sa vie.

Le Bienheureux reçue cette nouvelle avec sa tranquillité ordinaire, se résignant aussi-tôt au bon plaisir de Dieu ; & prévoyant bien que cette personne manquant, le reste se disliperoit, & que malaisément trouveroit-il une ame de cette trempe,

sur laquelle il pût fonder l'édifice de la Visitation. Il ne dit autre chose, sinon , Dieu se contentera de notre volonté; il connoît assez notre foiblesse , & que nous n'étions pas assez forts pour faire le

faire le voyage entier. Il ne se fut pas fi-tôt abbattu sous la Providence , que la santé fut renduë à cette personne, de qui la vie étoit désesperée , mais renduë avec tant de vigueur,qu'elle a survêcu à cetre maladie depuis vingthuit ans qu'elle en est relevée, pour avancer l'æuvre

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de Dieu dans l'Institut de la Visitation & l'étendre au point où il est aujourd'hui. Certes, les æuvres de Dieu ne sont pas moins merveilleuses que parfaites.

Il y a de certaines entreprises , disoit notre Bienheureux, que Dieu veut que nous commencions, & que

d'autres achevent. Ainsi David amassa des matériaux pour le Temple qu'édifia son fils Salomon. S. François, S. Dominique, S. Ignace de Loyola soupirerent après le Martyre & le rechercherent par toute sorte de moyens; Dieu pourtant ne les en voulut pas couronner , se contentant de leur volonté. Se remettre fimplement & doucement à la volonté de Dieu lorsqu'échoüent les entreprises qui regardent sa gloire , n'est pas un acte inédiocre de résignacion.

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la

De la sincerité.
Ette maxime lui étoit en horreur ; qu'il faut

aimer comme ayant un jour à hair , & haïr comme ayant un jour à aimer.

Il est vrai , disoit-il, que la seconde partie de cette maxime du monde est plus supportable que premiere ; car il est meilleur de ne haïr que médiocrement & comme pensant à renouier l'amitié, que de nourrir de ces haines implacables & irréconciliables , qui tiennent plûtôt du démon que de l'homme ; car c'est une chose humaine de le couroucer, mais c'est une chose exécrable de ne pouvoir s'appaiser ni pardonner. Haïr donc, comme ayant un jour à aimer , est une espece de disposition à la réconciliation.

Un jour quelqu'un lui demandoit ce qu'il enten

doit par la sincerité: Cela même, répondit-il, que le mot sonne, c'est-à-dire , sans cire.

Me voilà, dit l'autre, aufli sçavant qu'auparavant.

Il poursuivit. Sçavez-vous ce que c'est que du miel sans cire? c'est celui qui est exprimé du rayon, & qui est fort purifié. Il en est de même d'un esprit , quand il est purgé de toute duplicité,

alors on l'appelle fincere, franc; cordial, ouvert & sans porte de derriere.

Les personnes sinceres sont extrêmement propres à l'amitié, qui est l'assaisonnement de toute bonne société. Au contraire, l'homme double d'esprit est

inconstant & flottant en toutes ses voies ; il se défie Genef. 16.82. de chacun, & chacun se défie de lui: vrai Ismaël, de

qui les mains sont contre tous, & les mains de tous contre lui. Sa langue est un rasoir qui tranche des deux côtés ; & lorsqu'il parle de paix, c'est alors qu'il couve quelque malignité.

CHAPITRE XIII.

tro

De la raison & du raisonnement. 'Etoit un de ses mots, que la raison n'étoit pas Quand on proposoit à notre Bienheureux quelqu'affaire, quelque plainte, ou quelque difficulté, il écoutoie fort patiemment & fort attentivement toutes les raisons qu'on lui alléguoit sur ce fait-là ; & comme il abondoit en jugement & en prudence, après les avoir balancées, il sçavoit fort bien distinguer entre celles qui étoient de poids & celles qui ne

quand on s'opiniâtroit à soutenir des avis par des raisons qui sembloient plausibles, mais qui n'a

l'étoient pas.

Er

voient pas assez de force pour appuyer la justice, il disoit quelquefois de fort bonne grace : ce sont là vos raisons, je le vois bien ; mais sçavez-vous bien aussi que toutes les raisons ne sont

pas raisonnables. Er quand on lui difoit que c'étoit accuser la chaleur de n'être

pas

chaude. Il répondoit que la raison & le raisonnement étoient choses différentes ; le raisonnement n'étant que le chemin

pour

arriver à la raison. Après cela , perit à petit il tâchoit de ramener celui qui s'étoit égaré, à la verité qui n'est jamais séparée de la raison, puisque c'est une même chose.

On ne se conduit pas toujours selon le niveau de la droite raison. Les opiniâtres aheurtés à leur propre jugement , ne connoissent pas ceci ; mais les esprits dociles & traitables, quis sapiens & intelliger hæc. Il faut quelque force d'esprit pour bien connoître la propre

foiblesse, & c'est un trait de prudence non commune de se rendre à un meilleur avis

que

ie sien.

CHAPITRE XIV.

De la Justice , & de la Judicature. I

L mettoit une grande différence entre la Justice

& la Judicature ;.& un homme de Justice& un homme de Judicature. Un homme de Justice, c'est un homme juíte & équitable , lequel de quelque condition qu'il soit, rend à un chacun ce qui lui

appartient. L'homme de Judicature, est un Officier ou Magistrat , qui fait profeflion de rendre le droit à un chacun , selon les formes de la Jurisprudence : & c'est grand pitié que l'on puisse dire de ces formalités ,. ce que S. Bernard disoit de ces mauvaises filles

qui avoient suffoqué leur inere ; car ayant été inventées à bon dessein pour rendre à chacun ce qui lui appartient, selon les regles de la droiture & de l'é quité, il est arrivé par la suite des tems & par

la mauvaise subtilité des hommes , qu'au lieu de rendre par là ce qui appartient à chacun, ce sont autant de moyens pour prendre à chacun ce qui est à lui, & faire tomber entre les mains de ceux qui manient les affaires, les biens de ceux qui les débattent, d'où est venu le proverbe, entre deux contendans un troisiéme joüit.

Comme cet ancien Empereur disoit que la quantité des médecines le faisoit mourir ; on peut dire que la multitude des Loix & des formalités suffoque la Justice ; & que ceux qui s'y engagent sont comme le ver à soie, qui se file un tombeau.

Quand on en parloit devant notre Bienheureux, Djal. 93. 15.il avoit coutume de dire ce mot de David : Justitia

conversa est in Judicium, la Justice est changée en Judicature; de ces longues formalités, il disoit

que c'étoient des fauxbourgs beaucoup plus longs que la ville , & des ardens qui conduisent pendant la nuit en des précipices; en un mot, que le territoire de la Judicature étoit une vraie terre de Canaan qui dévoroit ses habitans, & où les renards de Samson mettoient le feu dans toutes les moissons.

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