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Vous tinssent pour patient en vous entendant plain-
dre, comme si le grand effer de la patience étoit de
ne se vanger pas ; & non de ne se plaindre point.

Au reste, vous avez ce me semble grand tort,
d'invoquer un fi grand génie que celui de la patien-
ce, sur l'outrage dont vous vous plaignez : c'est un
trop grand second pour un li petit duel, ce seroit
bien assez qu'un peu de modestie & de silence vînt à
votre aide.

Il me renvoya comme cela avec ma courte hon- Isaï. 36. ibs
re', mais fi fortifié de mon terrassement, qu'il me
fembloit au sortir de-là que tous les affronts du
monde ne m'eussent pas arraché une parole de la
bouche.

Il répete la même chose dans une de ses Lettres.
Rien , dit-il, ne nous peut donner une plus gran-
de tranquillité en ce monde que la fréquente con-ro
fidération des afflictions, nécessités, mépris , ca-
lomnies, injures & abjections qui survinrent a No-«
tre-Seigneur, depuis sa naissance jusqu'à la dou-
loureuse mort. Au regard de tant d'amertumes, "
n'avons-nous, pas torç d'appeller adversités, pei-ci
nes & offenses, les menus accidens qui nous arri-ci
vent ; n'avons-nous pas, dis-je, honte de lui de-se
mander de sa patience pour si peu de chose que ce--
la ? Vû qu'une seule petite goute de modestie suffit «
pour paisiblement supporter les affronts que nous *
prétendons nous être faits a.

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Сн A PITRE I І.

Des bonnes inclinations,

OS

I vous ayez, dit notre Bienheureux, de bon

nes inclinations naturelles, souvenez-vous que w ce sont des biens, du maniement desquels il vous » faudra rendre compte. Ayez donc bien soin de les

bien employer au service de celui qui vous les a donnés. Plantez sur ces sauvageons les greffes de w l'éternelle dilection, que Dieu est prêc de vous w donner , fi par une parfaite abnégation de vousw même vous vous disposez à les recevoir.

Il y a des personnes, qui naturellement sont enclines & portées à certaines vertus, comme à la fobriété, modestie , charité, humilité, patience, taciturnité, & semblables, dans lesquelles, pour peu qu'elles les cultivent, elles font un signalé progrès.

Les Philosophes payens se sont rendusillustres en la pratique de plusieurs vertus morales, l'acquisition desquelles écant dans l'étendue de nos forces naturelles', il est en notre pouvoir de nous avancer dans ces habitudes, selon que nous les exerçons par des actes fréquemment réiterés.

Et comme à l'apprentissage de certains arts sert de beaucoup la disposition du corps , aussi

pour

faire progrès dans les vertus acquises & morales, donne

un grand avantage la disposition de l'esprit ; mais Matt.16.26. de quoi serviroit à un Chrétien l'acquisition de tou

tes les vertus morales s'il vient à perdre son ame,
c'est-à-dire , si toutes ces verrus ne sont animées &
vivifiées

par
la

grace & la charité; tout cela , dic l'Apôtre, ne sert de rien pour le Ciel.

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9.81, E82

CHAPITRE II I.
On

peut étre dévot & fort méchant. N

E vous y trompez pas, me disoit-il une fois

on peut être fort dévot & fort méchant. Ceux-là, lui dis-je , ne sont pas dévots, mais hypocrites.

Non, non, reprit-il, je parle de la vraie dévotion.

Comme je ne pouvois développer cette énigme , je le fuppliai de me l'expliquer.

La dévotion de foi & de la nature , me dit-il , n'est qu'une vertu morale & acquise, non divine & infuse; autrement elle seroit théologale, ce qui n'est pas.

C'est donc une vertu subordonnée à celle qu'on S. Thom. i. i. : appelle Religion ; & comme disent quelques-uns,

ce n'est qu'un de ses actes, comme la Religion est

une vertu subordonnée à celle des quatre vertus E Cardinales', qu'on appelle Justice.

Or, vous sçavez que toutes les vertus morales ; & même la foi & l'esperance, qui font des vertus Théologales, sont compatibles avec le péché mortel , & alors elles sont toutes informes & mortes lorsqu'elles sont privées de la charité, qui est leur forme , leur ame & leur vie.

Que si on peut avoir la foi jusqu'au point de transporter les montagnes sans avoir la charité ; li on peut être vrai Prophete & méchant homme , com- t. Cor. 13. me ont été Saül, Balaam & Caiphe ; si l'on peut faire des miracles, comme l'on tient que Judas en a fait , & erre méchant comme lui; si l'on peut donner tous ses biens aux pauvres & souffrir le martyre du

feu , sans avoir la charité, beaucoup plus aisément pourra-t-on être dévot & fort dévor, & méchant & fort méchant, puisque la dévotion est une vertu de sa nature moins estimée

que
celles

que nous venons de marquer.

Vous ne devez donc point trouver écrange , si je vous ai dit que l'on peut être fort dévot & fort méchant, puisque l'on peut avoir la foi, la miséricorde, la patience & la constance jusqu'aux degrés que j'ai marqués , & être avec cela attaqué & gâté de plusieurs vices capitaux , comme de l'orgueil, de l'envie , de la haine , de l'intempérance & autres semblables.

Quel est donc le vrai dévot, lui dis-je ?

Il reprit : Je vous dis qu'avec ces vices on peut être vrai dévot & avoir la vraie dévotion , quoique morte.

Je repartis : la dévotion morte est-elle une vraie dévotion ?

Oui, vraie , comme un corps mort est vrai corps, quoiqu'il soit privé de son ame.

Mais, lui dis-je , ce vrai corps n'est pas un vrai

Ce n'est pas, répondit-il, un vrai homme entier & parfait, mais c'est le vrai corps d'un homme & le corps d'un vrai homme, mais mort; ainsi la dévotion sans la charité, est une vraie dévotion , mais morte. Elle est vraie dévotion morte & informe, mais non pas vraie dévotion vivante & formée.

Par la charité l'homme est bon , & par la dévoțion dévot. Perdant la charicé, il perd la premiere qualité, pour prendre celle de mauvais, & non pas la seconde ; c'est pourquoi je vous ai dit

que

l'on pouvoit être dévot & méchant , d'autant que par le péché mortel on ne perd pas toutes les habitudes

homme,

acquises, ni même la foi & l’esperance, si ce n'est par les actes formes d'infidelité & de désespoir.

Notre Bienheureux enseigne la même chose dans le premier Chapitre de l'introduction.

CHAPITRE IV.

De la dévotion & de la vacation.

2

LI

'UNE des grandes maximes de notre Bienheu-
reux étoit

que la dévorion , qui non-seulement contrevenoir, mais qui n'étoit pas conforme à la légitime vacation d'un chacun, évoir fans doute une fausse dévotion. Il alloit plus loin , & prétendoit qu'elle étoit convenable à toute vacation , & qu'elle étoit comme la liqueur qni prend la forme du vase où elle est mise.

Mais qu'est ce qu'être dévot en fa vacation ? C'eft faire tous les devoirs & offices ausquels nous sommes obligés par notre condition avec ferveur, activité & allégresse, pour l'honneur & l'amour de Dieu & avec rapport à sa gloire. Ce culte regarde l'acte de Religion ; cette vivacité & promptitude, & cer amour de la dévotion, la charité. Agir ainsi, c'est être parfaitement dévot en sa vacation , & servir Dieu par amour en la maniere qu'il desire. C'est être selon son caur , & marcher selon ses volontés.

S. Thomas , après S. Augustin , marque trois classes de ceux qui sont en la dévotion qui est animée art. 9o. de la charité, les commençans , les profitans & les parfaits.

Les premiers sont ceux qui s'abstiennent du péché , repoussent les tentations & pratiquent les mortifications interieures & exterieures , & les

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