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Serm. 1. in Cena Domini

cher dans la justice & dans la sainteté, allant de vertu en vertu vers la montagne de perfection,

Il loüoit fort cette pensée de S. Bernard, qui vouloit que ses Religieux attribuassent à l'usage fréquent n. 3. de ce Sacrement de vie toutes les victoires qu'ils remportoient sur les vices , & tour le progrès qu'ils faisoient dans la vertu , disant que c'étoit-là qu'ils puisoient avec joie dans les sources du Sauveur.

Il disoit que ceux qui cherchent des excuses pour se dispenser de communier souvent , ressembloient à ces conviés de la Parabole , qui ne laisserent pas d'irriter contr'eux le Pere de famille , quoique leurs causes de refus paruffent assez recevables.

Les uns disent qu'ils ne sont pas assez parfaits ; & comment le deviendront-ils , s'ils s'éloignent de la source de toute perfection ? D'autres, qu'ils sont trop fragiles, & c'eft ici le pain des forts: D'autres qu'ils font infirmes; & c'est ici le Médecin : D'autres , qu'ils n'en sont pas dignes ; & l'Eglise ne met-elle pas en la bouche des plus Saints ces paroles : Sei- Matz. 8. 8. gneur , je ne suis pas digne que vous entriez en ma maifon : D'autres , qu'ils sont accablés d'affaires; & c'est ịci celui qui crie : Venez à moi vous tous qui êtes tra- Matt.st.28, vaillés & qui êtes surchargés, da je vous foulagerai : D'autres , qu'ils craignent de le recevoir à leur condamnation

; mais ne doivent-ils pas craindre d'être condamnés de ne le pas recevoir : D'autres , que c'est par humilité ; mais souvent fausse humilité, semblable à celle d'Achaz, qui s'oppofoir à la gloire de Dieu, feignant de craindre de le center. Er com- īsaï. 7. 14 ment peut-on apprendre à bien recevoir JesusChrist, sinon en le recevant , comme l'on apprend à bien faire toute chose à force de le faire.

CH A P IT RE X.

La vraie dévotion se r nferme dans les devoirs

de l'état. OTRE Bienheureux avoit coutume de blâmer

un déreglement assez ordinaire parmi les personnes qui font une profeflion particuliere de piété, lesquelles s'appliquent assez souvent aux vertus les moins convenables à leur état , & négligent celles qui y sont plus conformes. Ce déreglement , dit-il, procede du dégoût assez commun que la plûpart des hommes ont des conditions ausquelles ils sont atta chés par devoir.

Comme le relâchement s'introduit peu à peu dans les Cloîtres , quand ceux qui les habitent veulent se contenter des exercices de vertus qui se pratiquent dans la vie séculiere ; il n'arrive gueres moins de trouble dans les familles des particuliers,

quand une dévotion indiscrete & peu judicieuse y veut infacegroduire les exercices du Cloître.

Il y a des personnes qui penfent bien louer une maison de gens du monde, en disant que c'est un vrai Cloître,

que

l'on y vit comme dans un Couvent; sans penser que c'est vouloir cueillir des figues sur des épines, & des raisins sur des ronces.

Ce n'est pas que ces exercices ne soient bons & saints , mais il faut regarder & considerer les circonstances des lieux , des tems , des personnes, des conditions. La charité hors de l'ordre n'est plus charité, c'est un poisson hors de l'eau , & un arbre transplanté en une terre qui ne lui est pas propre.

Il comparoir cette inégalité d'esprit si peu raison

nable , & fi peu judicieuse à ces friands qui veulent qu'on leur serve des cerises fraîches à Noël, & de la glace au mois d'Août, se

pas

de manger chaque chose en la saison. Ces cerveaux ainsi démontés ont plus besoin de purgation que

de raisonnement.

ne

contentant

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Jugement qu'il portoit des vertus.
I

L préferoit celles dont l'usage étoit plus fré

quent, commun & ordinaire, à celles dont les occasions de les mettre en pratique fe rencontroient plus rarement.

2. Il ne vouloit pas que l'on jugeât de la grandeur ou peritesse surnaturelle d'une vertu , par son action exterieure , d'autant qu'une petite en apparence, peut être pratiquée avec beaucoup

avec beaucoup de grace & de charité, & une de plus grand éclat avec un amour de Dieu très-foible, qui est néanmoins la regle & le prix de leur vraie valeur devant Dieu.

3. Il préferoit les vertus les plus universelles à celles qui étoient plus bornées, la charité toujours exceptée. Par exemple, il eftimoit plus l'oraison, qui est le flambeau de toutes les autres; la dévotion, qui consacre toutes nos actions au service de Dieu; l'humilité, qui nous fait avoir un bas sentiment de nous & de nos actions ; la douceur , qui nous fait ceder à tout le monde ; la patience, qui nous fait tout souffrir, que la magnanimité, la magnificence, la libéralité, & parce qu'elles regardent moins d'objets & ont moins d'étenduë.

4. Les vertus éclatantes lui étoient un peu suf

V. Philot,

peétes , parce que , disoit-il, elles donnent par leur éclar une forte prise à la vaine gloire, qui étoit le vrai poison des vertus.

si Il blâmoir ceux qui ne font état des vertus que 3. C. " selon qu'ils les voyent prisées par le vulgaire ; très

mauvais juge d'une telle marchandise. Ainsi préferent-ils l'aumône temporelle à la spirituelle, la haire, le jeûne & les austerités corporelles , à la douceur, à la modestie & à la mortification du cœur , qui néanmoins sont bien plus excellentes.

6. Il reprenoit encore ceux qui ne vouloient s'exercer qu'aux vertus qui étoient de leur goût , fans se soucier de celles qui regardoient plus particulierement leur charge & leur devoir ; servant Dieu à leur mode, non selon la volonté ; abus fi fréquens, que l'on voit une infinité de personnes, même dévotes, s'y laisser entraîner.

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voir comment il entendoit cela , & s'il n'est pas per-
mis de se plaindre en Justice pour avoir raison des ·
corts qui nous sont faits , ou si on ne peut pas se plain-
dre en fes maladies , & dire son mal au Médecin
pour en recevoir du soulagement.
Ce seroit prendre ce mot

ce mot trop à la rigueur que de
lui donner ce sens. Il entendoit parler de plaintes
qui vont à grands pas vers le murmure, & disoit
que pour l'ordinaire ceux qui se plaignent de cette
façon péchoient , parce que notre amour propre a
cela d'injuste , qu'il agrandir toujours les torts qui
nous sont faits , usant de termes exceflifs pour expri-
mer des injures assez légeres , & que nous regarde-
rions comme peu de chose fi nous les avions faites :
à autrui.
Ce n'est
pas qu'il trouvât mauvais

poursuivît tranquillement, paisiblement & sans passion en Justice les outrages qui seroient faits à nos biens à nos corps, à notre honneur. Mais la foiblesse humaine est telle, qu'il est mal-aisé, même à la face de la Justice, de çenir son esprit en bride , & de

que l'on

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