페이지 이미지
PDF
ePub

CHAPITRE X X I.

Le cas qu'il faisoit de la douceur. O

N lui amena un jeune homme, afin qu'il lui

fît une severe correction : mais il lui parla avec sa douceur ordinaire, & voyant sonendurcisiement, il versa des larmes, disant que ce cour dur & impliable feroit une mauvaise fin.

Comme on lui eût dit que la mere l'avoit maudir : Ha! dit-il, voilà encore le pire, si cette femme est prise au mor , elle aura beau maudire ses malédictions, misérable mere d'un plus malheureux fils.

Il ne fut que trop bon Prophete; car ce jeune garçon périt bien-tôt après par un misérable duel, & Yon corps fut mangé par les chiens & les loups , & fa mere en mourut de regret.

Or , comme quelques-uns le reprenoienc de la trop grande douceur en cette correction. Quevoulez-vous que j'y false, leur disoit-il, j'ai fait « tout ce que j'ai pû pour m'armer d'une colere qui ne péche point, j'ai pris mon cæur à deux mains, ça & n'ai pas eu la force de le lui jetrer à la tête...

Et puis, à vous dire le vrai, je craignois d'épancher en un quart d'heure ce peu de liqueur de « mansuétude que je tâche de recueillir depuis vingt-deux ans, comme une rosée, dans le vale de mon coeur. Les Abeilles sont plusieurs mois à faire peu de miel, que l'homme avale en une bouchée. » Et puis, à quel propos parler , où l'on n'est point «Fech. 32. jh. écouté: Ce jeune homme n'étoit pas capable de .. remontrance; car la lumiere de ses yeux, c'est-ào ' dire , de son jugement, n'étoit point avec lui. Je a

C

[ocr errors]

>> ne lui eusse de rien servi, & je me fusse peut-être, » fait grand tort , & j'eusse imité ceux qui le noyent » avec

ceux qu'ils pensent fauver. Il faut que la cha» rité soit prudente & judicieuse.

CHAPITRE XXII.
On lui demande si les Apôtres alloient

en carose.
'AN 1619.il vint à Paris, accompagnant M. le
L'.

Cardinal de Savoye , qui venoit pour aflifter aux nôces de M. le Prince de Piéniont son frere; qui épousoit Madame , four du Rois Chriftine de France.

Un homme de la Religion demanda à lui parler, & on l'introduisit dans la chambre. Ce perfonnage lui demande en encrant , farts lui faire autre com pliment ni réverence : Est-ce vous que l'on noinme l'Evêque de Geneve ? Monsieur , hul dit notre Prélat, on m'appelle ainsi.

Je voudrois bien fçavoir de vous, que l'on rient par-tout pour un homme Apostolique, fi les Apô. tres alloient en caroffes

Notre Bienheureux, à cet affaut, se trouvai un

peu surpris ; néanmoins s'étant remis, il s'avisa de AN. 8. 27. ce qui est écrit de S. Philippe aux Actes des Apôtres,

qui entra dans le char ou carosse de l'Eunuque de Candace, Reine d'Ethiopie ; ce qui lui donna fujet de repartir, qu'ils alloient en carolfe quand la com. modité & l'occasion s'en présentoient.

L'autre secoüant la têre , je voudrois bien que vous me filliez voir cela dans l'Ecriture ; alors il lui allégua l'exemple que nous venons de marquer. Mais ce carofie, dit l'autre, n'étoit

pas

à lui;

[ocr errors]

CO

& que

mais à l'Eunuque , qui l'invira d'y monter.

Je ne vous ai pas dit qůé ce caroffe für à lui, mais feulement, que quand l'occafion fe présentoit ils alloient en carolle.

Mais dans des caroffes dorés, brodés, & fi riches, que le Roi n'en auroit pas de plus précieux, ni traînés par de plus beaux chevaux, ni conduits

par

des chers mieux couverts ? c'est ce qui ne se lit point , & c'est ce qui me scandalise en vous qui faites le Saint;

l'on tient pour tel. Vraiment voilà de beaux Saints , & qui vont en Paradis bien à leur aise.

Hélas ! Monsieur , lui dit notre Saint , ceux de Geneve qui retiennent le bien de mon Evêché, m'ont coupé l'herbe si courte, que c'est tout ce que je puis faire de vivre pecitement & pauvrement de ce qui me reste. Je n'eus jamais de caroffe à moi, ni le moyen d'en avoir.

Ce carosse fi pompeux & fi magnifique où je vous vois tous les jours n'eft donc pas à vous ?

Non , reprit l'Evêque, & vous avez raison de l'ap: peller majestueux, car il appartient à Sa Majesté ; & Hest du nombre de ceux que le Roi a ordonné pour ceux qui , comme moi, font à la fuite de Meffieurs les Princes de Savoye; vous le pouvez connoître aux livrées du Roi , que porte celui qui le conduit.

Vraiment cela me contente , & je vous en aime davantage. Vous êtes donc pauvre à ce que je vois ?

Je ne me plains point de ma pauvreté , puifque j'ai suffisamment pour vivte honnièrement & sans superfluité ; & quand j'en sentirois les incommodia tés, j'aurois tort de me plaindre d'une chose

que Jesus-Christ a choisie pour son partage durant tout le cours de ses jours, vivant & mourant entre bras de la pauvreté. Au refte, la maison qui m'a donné la naiffince,

[ocr errors][merged small]

étant dans la sujection de la maison de Savoye , j'ai tenu à honneur d'accompagner M. le Cardinal de Savoye en ce voyage , & de me trouver à la célébrité de l'alliance que M. le Prince de Piémont fon frere contracte avec la France, époulant Madame, fæur de Sa Majesté.

Tout ceci contenta de telle sorte ce Protestant, qu'il lui promit de l'avoir désormais en estime, & qu'il se retira avec beaucoup de satisfaction.

CHAPITRE XXIII.

Le Bienheureux accepte le défi d'un Ministre. LE

E Bienheureux prêchant à Grenoble le Carême

& l'Avent , eur un tel concours à son auditoire, non-seulement des Catholiques, mais encore des Protestans de la Confession de Geneve, que les Prê ches étoient déserts.

Un des Ministres, homme turbulent , voyant fon auditoire désert ; après beaucoup d'invectives & de déclamations injurieuses contre le Saint, le menace d'en venir à une conférence reglée, ce que le BienUne personne de mérite,

qui n'étoit

pas

d'avis que le Bienheureux s'y exposấc , lui représenta l'humeur insolente du Ministre, qui avoit une bouche d'enfer , & la langue la plus contagieuse & injurieuse du monde.

Bon, disoit le Bienheureux, voilà justement ce qu'il nous faut.

Et comme cet ami lui représentoir que le Ministre le traiteroic indignement, & n'auroit non plus d'és, gard pour lui que pour un homme de néant.

heureux accepta.

[ocr errors]

: Encore mieux , repliqua le saint Evêque , c'est ce
que je demande : ô que de gloire Dieu tirera de ma
confusion.

Mais , repartoit l'autre, voulez-vous exposer vo-
tre qualité à l'opprobre ?

Notre-Seigneur , reprit le Bienheureux , en a bien souffert d'autres : N'en a-t-il pas été rasfalié ?

0, disoit cet ami , vous débutez de trop haut.

Que vous dirai-je, continua notre Bienheureux, j'espere que Dieu-me fera la grace d'endurer plus d'injures qu'il ne m'en sçauroit dire ; & fi nous fommes bravement humiliés, Dieu sera magnifiquement exalté. Vous verrez des conversations à tas, ensuite de cela, mille tombant à gauche, & dix mille à droite. C'est la pratique de Dieu, de tirer fon honneur de notre humiliation. Les Apôtres ne Act. 5.46. fortoient-ils pas joyeux des assemblées où ils avoient enduré des affronts pour le Nom de Jesus ? Ayons bon courage, Dieu nous aidera. Ceux qui esperent Pfal. 33. 9 en lui ne manquent de rien, & ne sont jamais confondus.

Mais l'ennemi , de peur de perdre en ce jeu , luggera tant de raisons de prudence humaine aux suppôrs du Ministre, qui se déficient de ses forces, qu'ils firent arrêter cette conférence par le Lieutenant de Roi , qui étoit encore alors de leur créance.

CHAPITRE XXIV.
Les égards du Bienheureux pour un Ecclé

siastique qui avoit été fon Précepteur.

E Bienheureux avoir eu dans fa jeunesse un Ec-
L
qu'à sa mort. Il l'avoit conduir en ses études en Sa-

[ocr errors]

it

[ocr errors]
« 이전계속 »